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Des mondes de musiques

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A peine fini et ça recommence déjà…

Etienne Bours

On pensait être tranquilles ; l’été replié et avec lui la danse infernale des festivals. Mais non voyons, il faut se préparer au retour des beaux jours et aux rassemblement surhumains gonflés de superlatifs et de consommations abruties.

C’est ainsi que les Vieilles charrues, décidément bien vieilles, vieillissantes, sénilisantes…, ont annoncé il y a quelques jours la venue de la Dion (Céline pour les intimes) lors de la prochaine édition. Et PAF, en neuf minutes, 55.000 places furent vendues pour la diva. Un sold out sur le temps de cuire trois œufs à la coque. Chapeau. Quelle audace, quel culot, quel génie de la programmation, quelle identité pour un festival rock, folk, urbain… Et on s’en ira dire que certains confondent politique et populisme.

 

« Rien ne va plus dans ce monde » crient des poignées de jeunes face aux nouvelles armées urbaines de nos chefs d’état, quitte à s’en prendre plein la gueule. Rien ne va plus, tout s’emballe, consommons, consommons et dans consommons, il y a sommons !! Il est temps en effet de sommer ceux qui nous assomment, de crier qu’on peut peut-être écouter les musiques autrement, qu’on peut certainement aborder les expressions musicales du monde de manière moins grotesque.

Spectateurs aux vieilles Charrues Photo DR

Cette année, en Bretagne, les artistes qui ont le plus tourné furent, une fois de plus, le duo Pain et Saucisses et le groupe Moules Frites. Il suffisait de consulter Ouest France ou le Télégramme chaque matin pour tomber sur l’annonce d’un fest noz commençant par l’un de ces deux noms. Eventuellement, quelques lignes plus bas, à condition de lire jusqu’au bout, le lecteur attentif pouvait déceler le nom d’un vrai groupe ou d’un bon duo de sonneurs. En tout cas, la leçon nous apprend que le plus important c’est le ventre qui passe bien avant les oreilles et le petit esprit. Bouffons mes frères et si l’un ou l’autre musicien s’épuise à meubler nos mastications, nous lui prêterons peut-être une oreille. Notons que les mêmes canards ne lésinaient pas lorsqu’il s’agissait de se faire l’écho des plus grands rassemblements. Des pages et des pages, au jour le jour, sur l’Enferceltique de Lorient ou les Vieilles Charrues déjà citées. Il est bien connu qu’il faut parler de ce dont tout le monde parle. Sinon bonjour le lecteur…

Festival interceltique photo DR

Notons aussi, quand même, que certaines analyses apparaissaient heureusement au fil des pages. Pas de vraies critiques mais des chiffres, des études (notamment une interview d’Emmanuel Négrier, chercheur qui se spécialise dans le domaine), des dossiers. On note une bonne santé générale des plus gros. Le Bout du Monde à Crozon est complet plusieurs jours avant l’ouverture du site : 60.000 personnes. C’est un peu comme le reste du monde, les plus gros, les plus riches, les plus liés au grand marché sont ceux qui se portent le mieux.

Un tableau publié dans Ouest France mérite d’être retenu. Il nous donne quelques chiffres pour une quinzaine de festivals. Les Vieilles Charrues puisqu’on en parle : 17 millions d’euros de budget, pas la moindre subvention !!! 44 euros pour un pass d’une journée. Pas mal quand même. En d’autres termes si vous claquez du fric pour aller écouter la dame Céline, vous n’avez pas nécessairement déjà payé en versant vos impôts (enfin, on peut rêver !). Le Bout du Monde : 1,9 million de budget, 1,70% de subventions, 37 euros le pass d’un jour. Le monstre de Lorient : 6,6 millions de budget (pas si gros le monstre), 23% de subventions et entrées gratuites ( ?). Les Francofolies de La Rochelle ? 6 millions de budget, 17% de subventions et un pass d’un jour à 53 euros. Accrochez-vous, à festival hard budget hard : le Hellfest de Clisson a un budget de 25 millions, des subventions pour 0,06% et un pass d’un jour coûte la modique somme de 109 euros. Dire que de plus en plus de Français vivent avec moins de 1000 euros par mois !! Encore un ou deux. Le Chant de marin à Paimpol : 2,2 million de budget, 10% en subvention et un pass d’un jour pour 25 euros. Le Jazz sous les pommiers à Coutance en est à 2,4 millions de budget, 24% en subventions et le pass d’une journée entre 12 et 30 euros. On peut continuer mais on ne trouvera pas de miracle, à moins de considérer la gratuité comme un don de dieu ; on peut alors signaler que le Binic Folk Blues est également gratuit avec un budget de 600.000 euros et 15% de subventions.

Festival Chant de marin de Paimpol photo DR

En fait, rien ne différencie la consommation musicale de celle de la vie quotidienne. On continue à fréquenter les grandes surfaces qui s’alimentent toutes essentiellement auprès des mêmes trois ou quatre centrales d’achat. Et si l’une ou l’autre semble soudainement vous proposer des produits locaux ou du bio, c’est un effet de mode qui ne signifie pas, malheureusement, que toute la chaîne de production et de distribution est exempte d’exploitations et d’injustices.

Il faut donc s’armer de patience et de prudence. Il faut chercher le bon choix, retrouver les dimensions humaines abordables. En Bretagne toujours, les Arts à la Pointe organisent des expositions et des concerts en divers lieux autour du Cap Sizun. Sorte de festival itinérant, éclaté en divers lieux, les Arts à la Pointe vous proposent une série de rendez-vous sur quelques semaines. Un exemple. La Chapelle St They à la Pointe du Van était le lieu d’un concert d’Ablaye Cissoko et Volker Goetze. Ecrin de charme, un soir d’été : le soleil descend dans l’océan en prenant son temps, l’île de Sein brille encore au large, les phares de Tevennec et de la Vieille (qui n’est pas charrue, seuls les flots se chargent de charruer en ces lieux) entament leur danse nocturne. La chapelle est pleine d’un public respectueux, la porte est ouverte, le chant et la kora d’Ablaye Cissoko se mêlent au vent léger.

La Chapelle St They à la Pointe du Van - Photo Christine Breuls

Volker Goetze & Ablaye Cissoko - Photo DR

On peut rester à l’extérieur, sous le charme total d’un spectacle complet auquel la trompette de Volker Goetze vient ajouter des accents que ne renierait pas l’autre côté de cet immense océan. L’Afrique est ici, ce Sénégal qui alimentait jadis le commerce triangulaire, l’Allemagne vient souffler une possible paix européenne (le public est un subtil mélange d’Allemands et de Français), le Finisterre nous rappelle que nous sommes au bout du monde. Au propre, au figuré ? Et la musique est bien celle que nous avons le droit d’appeler « musique du monde ». Comme quoi, c’est encore possible !!

OUF !