Aller au contenu
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies notamment pour réaliser des statistiques de visites afin d’optimiser la fonctionnalité du site.
Des mondes de musiques

 En lisant avec gourmandise les articles de 5planètes.com, vous pouvez écouter Canal Breizh, en cliquant sur le logo.

 

 

 

 


PUBLICITÉ

Banjo sans frontière

Itinéraire d’un banjoïste old-time.

Propos recueillis par Philippe Krümm

 

Youra chez Constance lors de sa tournée en Bretagne. Photo Philippe Krümm

J’avais envie de me distinguer avec un titre du genre : « Youra Marcus Thaï la route ! »

Mais il faut dire que la barre avait été placée très haute.

Dans un quotidien Breton ils avaient titré : « Du banjo ? Hip hip hip Youra ! »

- Pour la plus grande joie de notre banjoïste, qui se rappela qu’il avait environ 8 ans, quand on lui avait fait pour la première fois -

À l’occasion de sa venue à Paris, à la mission Bretonne, pour une soirée hommage à deux musiciens historiques, fondateurs du revivalisme folk en France : John Wright et Jean-François Dutertre, suivi d’une tournée en Bretagne, rencontre lors de son concert « Chez Constance » à Plougrescant avec Youra Marcus. Un musicien pour le moins original et un personnage à la vie riche d’anecdotes.

Un « historique » comme on a l’habitude de dire dans le milieu du Trad’ !

C'était comment cette soirée des "vieux folkeux" en hommage à John Wright et Jean-François Dutertre ?

John Wright au festival de Malataverne photo DR

C'était bien. Il y a eu bien des d’anecdotes drôles. On n’était pas dans la nostalgie. C’était particulier, il y en avait deux en moins et pas des moindres…

Jean-François Dutertre - Photo Dominique Lemaire

Youra, parisien de naissance. À 8 ans Il fait 6 mois de guitare flamenco, avec comme professeur Pedro Soler « Ce qui fut un vrai plaisir. À cette époque Pedro était étudiant en architecture. Le soir il jouait dans le même cabaret que celui ou se produisait ma mère.

C’est dans cette salle qu’elle avait rencontré « Rambling » Jack Elliot, Derroll Adams, Alex Campbell… ». C’est là que l’histoire commence.

Tu allais parfois dans ce cabaret écouter Eléonore Farewell, ta mère ?

« Les mercredis soirs, car le lendemain il n’y avait pas école. Elle présentait un spectacle avec une lanterne magique à double foyer qu’elle avait trafiqué avec des rhéostats. C’était toute une installation. Elle peignait sur verre, sur des plaques photo qu’elle avait préalablement décapées. Chaque foyer était éclairé par une lampe à miroirs, montée sur pivot. Elle pouvait diriger le flux lumineux et en plus avec les rhéostats faire des fondus enchainés. Avec sa lanterne magique elle illustrait des poèmes. Le mercredi j’étais préposé à être son assistant. C’était à la Contrescarpe.

Jack Elliot est venu jouer avec Alex Campbell et tout ce petit monde se retrouvait souvent à la maison.

Et le banjo arrive quand dans ta vie ?

J’avais depuis 8/10 ans déjà le banjo dans l’oreille. Ma mère est partie deux fois aux Etats-Unis dans les années 61/62. Elle a ramenée une centaine de 33tours de chez Folkways, chez qui elle avait même un contrat. Chant du monde n’avait pas été intéressé pas son travail. J’écoutais donc des classiques américains, mais aussi beaucoup de musique old-time.

L’anglais n’est pas un problème pour toi ?

Non, ma grand-mère était anglaise. Je passais un tiers de mon temps en Angleterre, mais je faisais ma scolarité en France.

A 16 ans ma maman m’a acheté un banjo, au grand désespoir de mon papa qui m’aurait bien vu me diriger vers une autre carrière.

Un des premiers endroits ou j’ai joué en public fut l’église américaine de Paris ou il y avait le premier Hootenannies en France sous la houlette du Pasteur Michael Brown.

Un jour un gars monte sur scène et annonce qu’il va jouer une chanson d’Alex Campbell. Je vais le voir après son passage « Tu connais Alex «  Oui ! oui ! » « Et Derroll Adams » « Oui ! Il est à Bruxelles »

Je vais voir mon papa « s’il te plait peux tu m’emmener à Bruxelles en vacances » Ce fut fait. Mais bon, Derroll n’était plus à Bruxelles mais à Anvers. Bref ! Je l’ai quand même retrouvé et je me suis installé chez lui !

Je suis quand même rentré à Paris, car il fallait que je finisse officiellement mes études. Mais je suis retourné chez Derroll aux vacances d’après et un an plus tard j’arrêtais l’école. « Maman je ne veux plus aller au lycée. Je veux être banjoïste » « Bien sur mon chéri ». Rire

Dés que je le pouvais, j’allais chez Derroll. Il a vécu toute sa vie à Anvers.

J’avais découvert la musique des Appalaches par les disques, mais là je rentre dans la musique de Derroll. Il m’enseigne tout et en plus je côtoie un personnage qui m’apprend encore plus.

Youra Marcus à l'Anniversaire du Folk Club le Bourdon à Paris en 1990 . Photo Dominique Lemaire

À la fin de sa vie il était « célèbre » aussi pour ses tatouages ? Et toi tu l’as suivi ? Tu es tatoué ?

 Rires ! Non je suis craintif comme personne.

Il voulait absolument que je fasse comme lui. Il buvait beaucoup et en plus quand il avait un peu de sous, il m’emmenait sur le port d’Anvers, dans des boutiques de tatouage vraiment sauvages. Il adorait les couleurs, qui entre parenthèse, paraît-il, sont des poisons. On le piquait. Ça pissait le sang. On lui mettait une espèce de coton.

Le tatoueur s’excusait : « Désolé, si cela fait trop mal, j’arrête ! » « Mais non ! » Répondait Derroll en frappant son tatouage avec la main. « Ça ne fait pas mal »

Il faisait son gros costaud, mais moi, après, je le ramenais à la maison en piteuse état, car en sortant il gémissait et ne pouvait plus bouger le bras. J’avais 16/17 ans. C’est de grands souvenirs. Rires

Quelle est ta technique au banjo ?

Au début j’apprends le frailing, le style le plus courant, en écoutant et rencontrant des gens. J’avais également trouvé la méthode « Art Rosenbaum’s Old time banjo book ». Et puis à Paris il y a Philippe « Phil » Fromont qui joue du banjo. Lui aussi m’apprend des trucs.

Ton premier Banjo ?

C’était un Framus long neck.

Pete Seeger et son banjo "long neck"

Un long neck car c’était comme celui de Pete Seeger. Même si je n’étais pas un fan de Seeger, ce genre de banjo, ça avait vraiment de la gueule. Rires

Je n’ai pas joué très longtemps avec le Framus

Après j’ai trouvé un banjo Harmony en bakélite.

Il était plus confortable à jouer, mais il avait vraiment un « son poubelle ».

J’ai trouvé mon premier banjo ancien et anglais chez Alain Vian, le fameux antiquaire en instruments de musiques de la rue Grégoire de Tour à Paris.

Jusqu'au moment où je « rencontre » c’était en 70, Mon Clifford Essex.

Je l’ai Trouvé par hasard dans un magasin de guitares électriques.

Son prix : 30 livres. C’était une belle somme à l’époque. Il était là, à Londres, dans une vitrine, la peau éclatée… Je n’y connaissais rien. Je ne savais pas ce que c’était comme marque. Il y avait juste écrit « Paragon » sur le haut du manche.

Mais ça a été un vrai coup de cœur, alors que je ne pouvais même pas l’écouter, puisque la peau était fendue. Je suis retourné immédiatement demander les 30 livres à ma grand-mère. Elle m’a donc offert ce banjo avec lequel je joue toujours.

Tes aventures continues ?

En décembre 70, je pars aux Etats-Unis voir Mary Rhoads. Mais on s’est raté.

J’ai donné mon banjo à refretter à un soi-disant luthier américain. Il me l’a tout bousillé. J’étais vraiment malheureux. En rentrant, je passe par Londres et je vais voir le magasin historique de Clifford Essex. Il ne produisait plus de banjo depuis la guerre, mais peut être pouvait il me conseiller pour la restauration.

Je tombe sur un petit bonhomme, un italien. Le gars regarde le banjo. Il est catastrophé, mais « Bon ! On peut, peut être faire quelque chose ».

Il enlève le résonateur et il voit le numéro. Là il me regarde troublé : « C’est moi qui l’ai construit quand j’étais apprenti ». L’homme était très âgé. C’était le premier instrument qu’il avait fabriqué et le dernier qu’il allait réparer. Après, il prit sa retraite.

Il m’a fait un travail merveilleux.

Tout le manche a été refait. Il l’a reverni. Il avait changé toutes les pièces usées. Je me suis retrouvé avec un banjo comme neuf, pour une bouchée de pain. Je vis avec depuis presque 50 ans !

Pas de Clifford pour ta tournée française ?

Pour cette tournée (En Bretagne avec Robin Manuel) j’ai amené mon banjo « Windsor », beaucoup plus petit et léger. C’est pour être certain de le garder avec moi dans l’avion. Il est impensable qu’un de mes instruments parte en soute. Avec celui la, je suis certain de pouvoir le prendre avec moi en cabine alors que pour mon Clifford Essex, cela dépend de la compagnie. Je n’ai pas voulu prendre le risque.

Dés le début, en musique, tu hésites entre l’Américain et le Français ?

Non. Très vite pour moi il y a les deux.

Au commencement il y a le hootenannies de Lionel Rocheman au Centre Américain du boulevard Raspail à Paris ou tout le monde va.

Là tout est mélangé. C’est folk, mais il a aussi de la chanson française. Chacun a le droit à trois morceaux.

Il y a eu aussi le hootenannies de l’église américaine.

Et puis ce sont créés les deux « folk club » : le Bourdon pour les francophones et le TMS (Traditional Moutain Sound) pour les américains (rires)

Je devais être un des seuls qui faisait les deux, parce que c’était quand même un peu la guerre à l’époque entre ces deux courants, entre les américanophiles et les francophiles. « L’amour » était réciproque. Rires

Ton premier groupe ?

Gabriel Yacoub et Youra Marcus ( Autoharpe)

New Ragged compagny !

Avec Gabriel Yacoub : Guitare, Chant- Philippe « Phil » Fromont violon et banjo de temps en temps et moi même banjo.

Et autoharpe ?

Oui. C’est vrai il y a même eu des photos compromettantes. On a certainement été le premier groupe de old-time en France.

C’est Hugues Auffray qui avait popularisé l’autoharpe entre autre à l’Olympia 1964 avec son skiffle group ?

 Oui, il a fait un beau boulot, entre autre en traduisant les chansons de Dylan. Graeme Allwright lui traduisait Leonard Cohen.

Le skiffle était déjà bien populaire en Angleterre depuis les années 50.

Avec Gabriel on ne fait que de l’américain, de la copie quasi conforme de New Lost City Ramblers.

On joue un an. Après je rejoins le Wandering. Le groupe de Bill Deraime qui chantait en anglais à l’époque.

Bill Deraime photo DR

Avec Alain Dubest au banjo bluegrass, et moi à la guitare ou au deuxième banjo. On a même fait des duos : banjo bluegrass/banjo old-time. J’aimais bien.

Après ça a été toutes les tournées avec le Bourdon et le folk-song-international

Pour le old-time et le banjo dans la musique française il y avait Dominique Maroutian et moi. Dominique racontait des histoires en s’accompagnant du banjo.

 

 Claude Lefebvre et Dominique Maroutian à la soirée Hommage à John Wright et Jean-François Dutertre photo Dominique Lemaire

J’ai commencé à jouer avec Catherine Perrier. La « papesse » respectée des musiques françaises et qui est aujourd’hui la mémoire vivante de cette musique. Elle se souvient de tout.

Youra, Catherine Perrier et Derroll...photo DR

J’ai donc commencé à mettre du banjo dans les chansons trad. française avec sa bénédiction.

Mais des que je pouvais. Que j’avais des sous. J’allais voir Derroll Adams. J’ai passé beaucoup de temps chez lui. Il m’a vraiment adopté.

Tu as beaucoup voyagé ?

En 1972, je suis aller vivre un an à Gand en Belgique avec Patrick Desaunay. On avait monté un duo.

A mon retour n’ayant plus les moyens de vivre à Paris

J’avais le projet de m’installer en Ardèche et je me suis installé en Bretagne. (rires)

Toutes mes affaires étaient déjà en Ardèche. Je suis remonté à Paris car je ne trouvais toujours pas une maison décente. Je tombe sur Patrick Molard et Christie Gibbons qui venait de s’épouser. Lui retournait en Bretagne pour diriger l’école de musique de Douarnenez… Si j’ai bonne mémoire. « Oh ! Tu pars en camion ? Tu ne veux pas m’emmener » De toute façon je n’avais pas vraiment de lieu ou aller. J’étais à Douarnenez depuis deux jours quand un gars vient me voir «  Il parait que tu cherches une maison ? » « Oui ! En Ardèche » « À bon, parce qu’il y en a une à 12 km de Douarnenez « 

Je me suis dit « On va passer l’hiver là et après on verra bien » et j’y suis resté 20 ans !

On monte un groupe « Termaji » avec Patrick et Christie. Suite à la sortie d’un 33T on va tourner pendant presque deux ans. Dan ar Bras nous rejoint de temps, à d’autres c’est Dominique Molard aux percussions. Mais la base, c’est le trio.

Après je vis toujours en Bretagne, mais je rejoins la Chiffonnie. J’y remplace Patrick Desaunay. Il y a Serge Desaunay : accordéon, Hal Collomb : voix et Diane Holmes-Brown à la vielle. C’est particulier car Hal et Diane habite dans la Drome, Serge dans le limousin et moi au fin fond du pays bigouden. Pour les répétitions c’est un petit peu compliqué (rires)

Alors on fait une semaine de répétition et on part en tournée trois mois.

Tu composes ?

Un petit peu. Je n’ai pas écrit beaucoup car je n’ai pas eu cette nécessité. J’ai assez de beau répertoire autour de moi.

Mon premier morceau ce doit être en 1975 : « La petite femme en vert de quimper », que je continue à jouer. Elle était bien jolie. Elle dansait fort bien les danses Bretonnes. Je suis devenu un fan de festnoz. J’étais un très bon danseur. Ça m’ennuyait profondément de jouer pour la danse, mais danser m’a bien plu. J’aime vraiment danser. Surtout à cette époque.

Les années 70, dans un folk club, Youra méne la danse. Photo Dominique Lemaire

Puis après cette longue parenthèse bretonne ce fut Anger, les pays de la Loire

Après, il y a eu aussi différentes formations avec entre autre Yves Rouchaville, Michel Billard, Line Even et beaucoup de solos…

Je saute dans le temps… Je me retrouve dans le nord, à Roubaix auprès de mon camarade Gérald Ryckeboer.

Je le connaissais depuis fort longtemps mais on n’avait jamais joué ensemble. Et ce duo n’est pas notre idée. C’est celle de Dominique Bommel, producteur multi tout, qui connaissait très bien Gerald. Il était programmateur au festival de cornemuses de Berg. Il nous contacte en nous proposant de monter un duo qu’il programmerait au festival !

On se regarde avec Gerald, et on ce dit « essayons donc Dominique nous offre de belles conditions, dont des répétitions payées. Ce duo nous a vraiment plu. Notre premier concert fut donc 1998 au festival de Berg. On a continué à jouer ensemble. On a même sorti un cd chez Bémol, le label de Bommel.

Quelques années plus tard le trio se retrouve : Youra, Dominique et Gerald photo DR

Une belle aventure jusqu’au moment ou je n’avais plus de concert. La situation était de plus en plus difficile. Donc je pars.

J’étais délégué général du SFA (Syndicat professionnel des artistes dramatiques, chorégraphiques, lyriques, de variété, de cirque, des marionnettistes et des artistes traditionnels.) un militantisme essentiel, mais gênant pour certains organisateurs. À un moment cela ce paye et j’ai payé. J’ai passé trois ans sans un concert ! J’ai payé cher. Je ne rentrerai pas dans les détails.

54 ans. RMI à l’horizon. Un peu de sous quand même car j’avais touché des subsides de la vente d’une maison de ma mère.

Je ne savais vraiment pas quoi faire. Peu de temps avant j’avais été faire un voyage en Thaïlande. J’avais une correspondante là-bas. Une étudiante à qui je donnais des cours d’anglais par correspondance. C’était marrant. Elle me demandait pourquoi je ne venais pas les visiter. Je suis dans la merde. Je n’ai pas pris de vacances depuis des années. Aller je pars!

J’arrive à Bangkok. Elle n’était pas là. Ma vie est faite de rendez-vous ratés et de pépins de santé juste avant quelque chose de très important. Rires

Je regarde la carte. Je vois la mer. Donc je me dis là je n’y vais pas, car c’est là que sont les touristes. Et je découvre l’endroit ou finalement je installerai quelques tannées plus tard. Mais dans un premier temps je reviens en France.

Je ne veux pas rester en France. Je ne veux plus aller en Belgique, ni en Europe car ce n’est pas pareil que la France mais presque partout pareil. Rires

Si je veux rebondir, il faut vraiment que je fasse une rupture. L’idéal ce serait la planète Mars.

Je réalise qu’en Thaïlande je n’ai rien compris. Qu’est ce qu’il s’y passe ? Comment les gens fonctionnent ? Et donc je débarque la bas avec un petit capital. J’y suis depuis 11ans

Et que fais tu ?

J’ai les banjos. Mais je ne me produits pas en public car il y a une législation du travail extrêmement stricte avec permis de travail obligatoire. Depuis plus de deux ans la dictature militaire contrôle vraiment tout, alors si tu es pris, c’est une amende : ça ce n’est pas très cher à payer mais c’est aussi la tôle Thaï et ça c’est nettement moins drôle puis reconduite à la frontière. Et si tu n’as pas de quoi payer ton billet tu moisi dans une prison et dans la Centre de détention de l’immigration jusqu'à temps d’avoir l’argent pour rentrer. Et après interdit de séjour pour 5 ans. Je n’ai pas risqué. Je joue à la maison et dans celles des autres. J’ai joué deux fois en public. Maintenant je suis enseignant, ce qui est un statut important la bas. Je suis le seul francophone qui parle couramment anglais, et depuis 11 ans, je suis bien connu et quand l’immigration ou la police a besoin d’un traducteur il m’appelle. Ce qui pour moi est plutôt rigolo.

Je connais donc le patron de l’immigration qui m’a dit : « Tu ne crains rien de nous. Mais si tu joues et que tu es dénoncé, on sera obligé d’intervenir » Je n’ai jamais tenté ma chance. Rires

La sérénité Du Maitre chez lui en Thaïlande photo DR

Tu as été tout de suite professeur d’anglais ?

Ah ! ah ! Non ce serait trop simple.

J’ai d’abord ouvert un restaurant qui s’est planté. Comme pour tous les étrangers qui tentent de monter des affaires là-bas.

Puis, j’ai monté une Guest house sur le Mékong et voilà un coup d’état militaire qui a provoqué une panique en Europe.

Alors que celui la était plutôt soft, c’était en 2008, j’ai eu plein de mails me demandant si j’allais bien.

Alors que le dernier coup d’état qui était franchement méchant, n’a pas ou peu fait de remous. Mais celui de 2008 a eu pour conséquences, vu sa médiatisation en occident, que les touristes ont disparus. 80% de touristes en moins, alors que ce coup d’état était « cool ». Le dernier n’était vraiment « gentil », mais il est passé inaperçu.

Donc après l’abandon de la guest house Je retourne dans la ville ou j’étais avant. Je n’avais plus beaucoup d’économie et plus vraiment le moral non plus. J’avais même fait un pré-booking pour rentrer sous 15 jours, car là encore, je ne me voyais pas d’avenir ici.

C’était cuit.  C’était fini.

C’est alors qu’une femme que je connaissais et qui avait une école privée m’a proposé de faire une heure de remplacement comme prof d’anglais à des profs Thaï. Ce fut assez drôle, car personne ne savait que j’allais partir. Puis on m’a proposé un deuxième cours et à la fin le directeur est venu me voir. Un petit thaï qui parlait très peu anglais. Il m’a fait comprendre, en cherchant ses mots, que des lundi, il m’embauchait. Il m’a fait aussi comprendre que je devais me couper les cheveux. Cela voulait dire que c’était pour un boulot sérieux (Rires) Et cela fait 8 ans que j’y travaille.

C’est une école primaire gigantesque aux conditions Thaï : 50 gamins par classe.

Je vis depuis 3 ans dans une petite maison bien sympa, dans un quartier agréable.

Tant qu’ils me gardent, j’y reste. J’ai 65 ans, mais il n’y a pas d’âge légal de la retraite pour les étrangers.

Tout le monde m’aime bien, même vieux. Rires

Si je perds ce boulot, j’ai une semaine pour quitter le pays. On verra bien. La vie continue

J’ai amener mes cd et mes livres, pas tout ce que j’avais, mes vinyles c’est Gérald qui les garde depuis 11 ans, mais la semaine prochaine, c’est certain, il commence la numérisation. Ah ah ! Il était temps. Je l’adore !

 

 

Concert chez Constance à Plougrescant photo DR

Dans ta tournée bretonne tu joues avec un jeune guitariste : Arthur Manuel ?

Oui ! J’ai connu son père quand j’étais en Bretagne. Il avait 14 ans, je crois. Je connais toute la famille l’oncle c’est Ronan Manuel le journaliste.

Ils ont gardé un sacré souvenir de moi et quand je suis venu pour la soirée hommage à John et Jean-François.

 Ils m’ont proposé une tournée. Il s’occupe de moi impeccablement.

 

Arthur comment connais tu ce répertoire ?

J’écoute ce répertoire dans ma famille depuis longtemps. Des bretons qui aiment la musique américaine. J’écoute ce genre depuis ma plus tendre enfance et on avait un disque de Youra.

J’ai été l’élève d’Yves Rouchaville qui avait joué avec Youra. Il a terminé de me faire aimer ce répertoire.

Avec mon père on s’est dit « Et si on lui organise des concerts. Une petite tournée en Bretagne. Il va bien venir ? »

On lui a proposé. Il a accepté. Je n’ai pas été déçu. C’est vraiment un bonheur pour moi cette petite semaine avec Youra.

C’est étonnant d’accompagner sur la route un monsieur que l’on écoutait tout petit et surtout de se retrouver a jouer avec lui.

Youra : je suis : banjo canal historique

Arthur : Je joue de la guitare. Je chante un brin, surtout en anglais et un peu de trad. français. Je joue dans quelques formations folk blues et d’autres plus traditionnelles irlandaises ou bretonnes. On essaye de monter différents projets.

Je suis très flat picking

Youra et Arthur en tournée en Bretagne

Youra : La guitare c’est fini pour moi. J’ai arrêté à la mort de Derroll. En 2000.

Youra tu te souviens du jour de la mort de Derroll ?

On était en enregistrement en Suisse avec Gérald. Dany la femme de Derroll m’avait appelé. Il était hospitalisé dans un état grave.

Je lui avait dis que dés l’enregistrement terminé, je viendrai le voir. On fini le montage. On s’installe dans les fauteuils du studio avec l’ingénieur du son et Gerald. Whisky… Cigares. On déguste, en écoutant l’enregistrement. Le téléphone sonne. Derroll venait de mourir. Il avait attendu la fin de l’enregistrement. C’est vraiment le ressenti que j’ai eu à ce moment.

J’ai sauté dans ma voiture…

Il était né en 25. Une sa vie très dense. Il a même été banni d’Angleterre par un juge pour juron sur scène !

C’est déjà incroyable d’avoir pu le côtoyer si longtemps. Imagine ! En 70 avant le festival de Lambesc, il était tombé dans un coma éthylique. J’étais avec Dany, sa femme, le docteur avait dit « S’il s’en sort, il s’en sortira idiot ! » La suite a prouvée qu’il est revenu parmi nous et pas vraiment idiot !

Il a quitté les Usa dans les années 50. Les américains le connaissaient un peu. Mais beaucoup plus maintenant car aujourd’hui, il est rentré dans la légende.

 Une légende avec d'autres légendes

 

En 2002, Youra participera au concert (au Danemark) et à l’album « Tribute to Derroll Adams », avec Donovan, Arlo Guthrie, Rambling Jack Elliott, Dolly Parton, Hans Theessink, Ralph McTell, Happy Traum, Allan Taylor, Tucker Zimmerman…

 

Quelques questions supplémentaires:

En quelques mots, comment définirais tu le style de Derroll Adams ? 

Une musique qui raconte des histoires et une voix avec un grave très particulier.

Pour toi quel est son plus beau morceau ?

Dans ceux qu’il a écrit : The Valley

 

Oregon est également une de ses plus belles musiques.

Pourquoi le old-time n’a jamais accroché en France ?

En France, il n’y en a jamais vraiment eu. Le bluegrass a immédiatement tout écrasé. Rires

À mon sens le old-time c’est abscons, trop modal, alors que le bluegrass c’est très harmonisé, plus facile d’accès.

Si tu avais quelques enregistrements d’artistes « old-time » à nous faire écouter ?

Derroll Adams évidemment, mais aussi Roscoe Holcomb

Buell Kazee… Ce dernier, quand il est devenu pasteur n’a plus touché son banjo, car c’était l’instrument du diable. Mais quand il a pris sa retraite de l’église, il a recommencé à jouer du banjo et ce qui est très étonnant, c’est qu’il avait avec son banjo un beau style ancien, qui tournait magnifiquement, mais il chantait avec une voix « d’opéra ». En tant que pasteur, il avait appris à chanter classique !

 

 

 

Petite Biographie :

Youra Marcus est un maître du banjo Old time, clawhammer, et pionnier du folk américain en France dans les années 1970.

Sa rencontre avec le folksinger-banjoiste américain Derroll Adams, dont il deviendra l’élève, est déterminante.

Ils tourneront ensemble, régulièrement, de 1972 à 1990.

Youra joue successivement avec Gabriel Yacoub et Phil Fromont (New ragged company, 1er groupe d’Old time music en France), Bill Deraime (The Wandering), John Wright & Catherine Perrier.

Après un séjour de 2 ans en Belgique en compagnie du guitariste et compositeur Patrick Desaunay, il s’installe en Bretagne en 1974 et crée le groupe Termaji avec Patrick Molard et Cristi Gibbons dans un répertoire américano-irlando-breton.

Il est à cette époque un habitué des folk-clubs et cafés-concerts bretons…

Il rejoint le groupe la Chiffonie (Hal Collomb, Serge Desaunay, Diane Holmes Brown) en 1977 dans un répertoire de chansons francophones.

Durant les années 1980 il est accompagné par le guitariste quimpérois Yves Rouchaville.

Il crée également un autre duo avec Gérald Ryckeboer. Ils enregistrent un disque de répertoire traditionnel et compositions contemporaines autour du banjo 5 cordes.

 

Site : Derroll Adams

Site : Youra Marcus