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Des mondes de musiques

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CHRISTINE LAFFONT - FRANÇOIS ROSSEEL

Deux passionnés au service de la musique vivante

Gérard Viel

Depuis 19 années le festival Het Lindeboom organisé par la municipalité de Loon-Plage et consacré à 100% aux musiques traditionnelles est un évènement à part dans le paysage français. Le projet artistique est porté par deux élus : Christine Laffont et François Rosseel, et l’équipe municipale a fait le choix politique de la gratuité des concerts, sans pour autant lésiner sur la qualité et la diversité artistique, les conditions techniques misent à dispositions des musiciens, les conditions d’accueil du public et tout en privilégiant la convialité et les relations humaines.

 

Un retour en arrière sur Het Lindeboom festival, comment est né cette idée d’un festival de musique trad. revisitée et porté à 100% par une collectivité locale ?

 François ROSSEEL : En 2001, le site du parc Galamé existait et la collectivité souhaitait en faire un lieu touristique important du littoral dunkerquois. Entre bois et ferme traditionnelle, le site était idéal à un évènement familial et convivial. La ville de Loon-Plage, de son côté, souhaitait un évènement culturel important qui puisse être tant un temps festif qu’une découverte musicale. Tout naturellement, le lieu nous a paru idéal pour être un écrin aux musiques traditionnelles qui, dans notre esprit, célèbrent le vivre ensemble et la convivialité.

 Christine LAFFONT : Et c'est donc tout naturellement que François et moi, nous sommes lancés dans l'aventure...Mais le maire de Loon-Plage, nous donnant carte blanche pour organiser un tel évènement, nous avait précisé qu'il ne voulait pas de quelque chose d'éphémère et qu'il nous fallait bien réfléchir pour que cela dure dans le temps. Qu'à cela ne tienne...aujourd'hui, 19ème édition, nous pouvons dire que l'objectif est atteint. Het Lindeboom Festival est bien là et encore pour de nombreuses années, et ce, pour le plus grand bonheur de tous.

 Comment être vous devenus en charge de la directio, artistique de Het Lindeboom ?

 C.F : Dès le départ, François et moi avons travaillé en parfaite collaboration et harmonie. Lui, plus porté sur la musique bretonne et flamande et moi par les sonorités de l'Occitanie où j'avais grandi. Et très vite, nous avons agrandi notre champ de recherche, curieux de tout, allant découvrir des groupes dans d'autres festivals, cherchant des pépites à travers le monde...

 F.R : Christine et moi sommes passionnés depuis longue date et, à titre personnel, la musique traditionnelle a bercé mon adolescence et toute ma période étudiante.

Nous étions alors tous deux élus de la ville de Loon-Plage et très naturellement, puisqu’il s’agissait de quelque chose de très nouveau pour une ville d’un peu plus de 6.000 habitants, nous avons-nous même pris en charge la programmation que, depuis, nous n’avons jamais abandonnée tant la réflexion autour de la construction d’une programmation est passionnante et enrichissante.

 Comment avez-vous vécu depuis votre édition 2019 et quels sont les critères de décisions qui ont permis de relancer Het Lindeboom en 2021 ?

 C.F : Nous ne pouvions pas envisager de passer un nouvel été sans festival à Loon-Plage, et même si l'avenir restait sombre et compliqué, nous avons très vite imaginé toutes sortes de scénarios possibles pour nous adapter aux contraintes qui ne cessaient de changer. Nous avons même voulu programmer des groupes à l'internationale comme nous le faisions" avant "car il n'est pas interdit de rêver...malheureusement, les contraintes étant trop fortes, il y a eu des annulations, aussi douloureuses pour les groupes que pour nous...mais nous avions au moins essayé...

 F.R : Nous avons vécu une édition 2019 exceptionnelle avec de superbes rencontres artistiques ; notre programmation 2020 était faite et nous travaillions déjà sur la communication lorsque la pandémie a frappé le monde entier. Très vite, nous avons dû annuler l’édition 2020 et cette décision a été un crève-cœur, puis comme beaucoup de programmateurs nous sommes restés à l’affut des décisions gouvernementales et des évolutions de la pandémie. Dès l’automne 2020, en réalité, nous posions avec optimisme des jalons pour cette 19ème édition reportée en 2021 qui nous voulions différente de celle prévue en 2020, comme pour conjurer le sort. Les annonces de la ministre de la Culture de février indiquant que les festivals assis jusqu’à 5.000 personnes pourraient avoir lieu nous ont convaincu de redoubler nos efforts pour que l’édition 2020 ait lieu, coûte que coûte. C’était notre envie mais également une volonté forte de la Ville de Loon-Plage et de son maire, Éric ROMMEL qui nous a assuré du soutien financier de la collectivité.

 Est-ce que la situation sanitaire va modifier artistiquement, en pratique pour le public et financièrement votre festival 2021 ?

 F.R : S’agissant de la programmation, la situation sanitaire n’a rien changé et avons gardé la même volonté de programmation métissée autours des musiques traditionnelles, un métissage d’influences musicales mais également de répertoires.

En revanche, la situation sanitaire va évidemment transformer l’évènement pour cette 19ème édition. Habituellement, la programmation musicale s’articule autour d’une grande scène pour les concerts du soir et le bal du dimanche après-midi et de deux scènes plus petites pour une programmation plus intimiste et plus régionale. Cette année, nous montons deux grandes scènes pour que les groupes programmés le soir puissent jouer deux fois, un soir après l’autre, devant des jauges plus réduites en raison des contraintes sanitaires ; une façon d’éviter les frustrations des festivaliers qui ne pourraient pas voir le groupe qu’ils souhaitent et pourraient ainsi « se rattraper » le lendemain. Une scène éphémère, plus intime et plus régionale, à laquelle nous tenons beaucoup sera également montée uniquement pour les temps du samedi et dimanche après-midi. En revanche, la belle après-midi de bal du dimanche ne pourra pas être organisée cette année pour des raisons sanitaires. Sur le plan financier, bien sûr, le budget est lourdement impacté puisque les contraintes de sécurité, de contrôle de jauges et la nécessité de programmer deux fois la plupart des groupes sur deux scènes différentes représentent une charge importante. Pour notre festival, c’est un impact estimé à 25 % du budget global mais la ville de Loon-Plage assume ce surcoût pour un festival qu’elle a toujours voulu gratuit. Par ailleurs, les partenaires privés et publics du festival, malgré la crise qu’ils ont connue ont souhaité, dans la mesure de leur capacité, continuer à soutenir l’évènement.

Comment avez-vous travaillé pour votre projet artistique Het Lindeboom 2021 ?

 F.R: Nous avons tout d’abord voulu repartir d’une page blanche après l’annulation de l’édition 2020. Nous voulions revivre la construction de la programmation et nous laisser surprendre par des envies nouvelles. Bien sûr des groupes imaginés en 2020 sont invités en 2021 mais pour l’essentiel la programmation est renouvelée. Comme chaque année, notre souci est de mélanger les publics en mariant sur la même soirée des influences et des territoires différents afin d’aiguiser les curiosités des festivaliers. C’est ainsi que l’univers tout en sensibilité de Ma Petite dans sa création Le moulin des Roses côtoiera l’énergie scénique impressionnante de Prima Nocta ou encore que les béarnais d’Esta croiseront Flairck ou les « tauliers » de Mes Souliers sont Rouges…

 C.L: Après l'annulation du festival 2020, nous voulions vraiment que 2021 soit un bijou ciselé, pour oublier les frustrations du manque de spectacle vivant, comme un grand ciel bleu après l'orage. Nous y avons mis tout notre cœur, reprenant avec plaisir des groupes initialement prévus en 2020 comme le précisait François mais aussi en nous mettant en quête de nouveautés, de nouveaux coups de cœur à partager avec le public.

 Comment pourriez-vous définir votre programmation 2021 ?

 F.R : Nous sommes très fiers de cette programmation qui a été difficile, semée d’embûches avec des annulations pour cause de quarantaines imposées ou de manque de visibilité des groupes. Finalement, elle nous semble dans l’esprit de ce que nous avons toujours voulu et fait sur ce festival : une programmation métissée mais avec une identité forte, conviviale et festive mais d’une grande qualité artistique … sans aucunement être élitiste !

 C.L : Je crois que c'est la 1ère fois que nous avons autant galéré, souffert. Voir abandonner des groupes qui nous tenaient à cœur, ou d'autres que nous loupons plusieurs fois en suivant pour des raisons de calendrier et maintenant de crise sanitaire, c'est désolant...Cette édition me fait l'effet d'un accouchement qui se présente mal, difficile, et qui, au bout du compte donne naissance à quelque chose de magique, de merveilleux. Quand toute la programmation a enfin été validée, nous nous sommes dit avec François que nous tenions là une belle édition en perspective, Noël en plein mois de juillet, où tels des enfants découvrant leurs cadeaux, la joie et l'émotion seront au rendez-vous.

 Quel regard portez-vous personnellement sur la situation culturelle dans notre pays ?

 C/L : J'ai ressenti une véritable injustice vis à vis de la culture qui a été abandonnée, reléguée au rang des choses "non essentielles", alors qu'elle est un élément vital de toute société et à plus forte raison dans les moments difficiles. Nous avons au fil des années noué des liens très fort avec certains artistes que nous retrouvons régulièrement sur le Het Lindeboom Festival et pour la plupart, ce fut une période noire. Je pense que tous les acteurs de la culture étaient prêts à fournir des efforts pour s'adapter, pour pouvoir exister et jouer dans le respect des conditions liées à cette crise, mais les pouvoirs publics les ont ignorés et laissés sur le bord de la route. Il me semble que cela fait une éternité que nous n'avons plus vibré ensemble dans nos cinémas, nos théâtres, en concert, dans les rues...Het Lindeboom 2021, à Loon-Plage sera l'édition des retrouvailles. Celles du public de Galamé et des artistes invités qui ont été longtemps privés de cet échange, de cette communion avec un public en demande, en manque cruel de spectacle vivant.

 F.R : La culture a été la grande victime de cette pandémie. Les acteurs de la culture ont été lourdement touchés et les contacts que nous avons eu avec les artistes, les agents, les professionnels du spectacle vivant ont souvent révélé des situations de profonde détresse. Bien sûr des systèmes d’aide ont été mis en place mais ils ont été bien insuffisants et nombreux sont ceux qui sont passé « au travers des trous de la raquette ». La souffrance psychologique des acteurs du secteur ne pouvait par ailleurs avoir pour réponse qu’une reprise de l’activité.  Les pouvoirs publics ne se sont malheureusement pas assez mobilisés pour le monde de la culture et du spectacle vivant, ce qui révèle en réalité qu’ils considèrent cette nourriture essentielle comme secondaire aux temps de crise. C’est aussi la raison pour laquelle nous avons voulu jouer coûte que coûte, car nous avons le soutien financier de la ville de Loon-Plage et que nous savons que d’autres festivals, qui ont un modèle économique différent, devront à nouveau, la mort dans l’âme, annuler leur édition 2021 au détriment du public mais également des artistes et professionnels du spectacle.

 Quel est votre coup de cœur personnel dans la programmation de cette année ?

 F.R : Voilà une question bien difficile pour un programmateur ! Chaque groupe, chaque artiste a été invité car nous aimons son univers et qu’à notre avis il a sa place à ce jour et à ce moment du festival. Bref, ce sont tous des coups de cœur. Si vous me forcez à faire un choix, j’avoue être sous le charme de l’univers de Perrine Vrignault et tout simplement fan de ce qu’elle a créé avec Ma Petite sur le Moulin des Roses. Malheureusement, ils ne joueront qu’une fois car nos calendriers ont eu du mal à se croiser mais ce sera à n’en pas douter un moment très fort de cette 19ème édition.

 C.L: Ah la question piège, à laquelle on a du mal à répondre ! Tous les groupes sont des coups de cœur, mais je vais jouer le jeu et si vous me le permettez, j'en choisirai deux : ModKozMik et Esta. Ces deux groupes, en plus de leurs concerts respectifs, vont animer un atelier de chant et langue régionale : en breton pour ModKozMik et en béarnais pour Esta. Ces langues régionales qui ont souvent été interdites, méprisées, représentent pourtant tous nos terroirs, toute notre diversité, la richesse de notre patrimoine et je suis heureuse de voir que maintenant, un peu partout naissent des écoles où on enseigne ces langues régionales. Continuer à les faire vivre et les transmettre aux jeunes générations, c'est quelque chose qui me touche beaucoup.

SOCKS IN THE FRYING PAN

CHRISTINE LAFFONT / DIRECTRICE ARTISTIQUE FESTIVAM HET-LINDEBOOM DE LOON-PLAGE

 

 

FRANÇOIS ROOSSEL / DIRECTEUR ARTISTIQUE HET-LINDBOOM FESTIVAL DE LOON-PLAGE