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Des mondes de musiques

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Duo Jean-Luc Gueneau / Gilles Poutoux

François Saddi

Qu’il fait bon danser au son de ces 2 musiciens "historiques" parmi les tous meilleurs de leurs instruments. On a pu les croiser sur les scènes de France et d’ailleurs depuis bien longtemps, souvenez-vous de Fubu dans les années 80…

Leurs parcours personnels sont aussi riches que variés, c’est depuis 2 ans dans un duo dédié aux musiques du Centre que l’on peut les entendre, notamment sur ce très beau Cd sorti au début de l’été 2017 chez AEPEM : ″Chemin de la Bergaudière″ (voir sa chronique CLIC )… Donnons-leur la parole.

Photo : Catherine Caunac

Jean-Luc, Gilles, quelques mots tout d’abord sur vos itinéraires respectifs ?

Jean-Luc : J’ai rencontré en 1970 Alain et Bernadette Egrelon, joueurs de vielle du bourbonnais qui se sont installés dans mon village de la Nièvre, Brinon sur Beuvron. Bernadette me forme oralement à la vielle sur du répertoire bourbonnais, berrichon et Nivernais/Morvan, et je rejoins leur groupe folklorique : Les Saboteux du Beuvron. En 1979 je rencontre Gilles Poutoux, joueur d’accordéon diatonique au festival de St Chartier dans L’Indre. Quelques mois plus tard je monte à Paris pour trouver du travail, je revois Gilles à Crosne dans l’Essonne. Il me propose de faire partie du groupe Fubu qui jouait principalement des musiques d’Auvergne et du Bourbonnais. J’ai joué dans le groupe de 1981 à 1988, nous avons enregistré 2 vinyles, 1 cassette et 1 CD. En 1988 Michel Lecam et François Saddi me proposent de rejoindre le groupe folk Maluzerne. Nous tournerons 4, 5 ans ensemble en France et à l’étranger. En 1989 nous montons le groupe de folk-rock Le Gop ! avec Michel Lecam, Vincent Leutreau, Olivier Legallo et Richard Dilly. Nous enregistrerons 3 CD, et tournerons en France et à l’étranger pendant 18 ans. En 2005 je suis invité à jouer à St Chartier à la carte Blanche de Philippe Bruneau, grand joueur d’accordéon québécois. Nous y participerons en trio avec Gilles Poutoux et François Lazarevitch. En 2008 je monte un duo d’électro folk, LEG avec Olivier Legallo.

Depuis 2008, je joue également dans le groupe de bal pour enfants Balapat’, avec François Saddi, Vincent Picard, Jean Paul Sanson et Frédéric Neyhousser. Nous enregistrerons 2CD. Depuis 2013, nous jouons en duo avec Gilles, nous avons enregistré en 2017 le disque ″Chemin de la Bergaudière″. Je joue également depuis 2016 dans Mind the Gop ( folk rock), avec Richard Dilly, Thierry Verdes et Jacques Sacrez. Je suis aussi professeur de vielle au Centre de Musique de Ris-Orangis depuis 2018.

Gilles : J’ai rencontré l’instrument un peu par hasard en 1976 mais c’est à la fête de l’Huma que j’entends Michel Sikiotakis et Thierry Mirebeau dans le stand de la ville de Vigneux. On sympathise et Michel me propose de rejoindre le groupe Fubu. Très content, j’accepte et me voilà, c’est parti pour animer de nombreux bals (répertoire du centre France) dans les années 80. Je quitte le groupe en 1983 et m’installe en Provence où je me découvre une nouvelle passion pour la pétanque. Je délaisse donc la musique pendant plusieurs années jusqu’à ma rencontre avec Patrice Gabet, violoniste du groupe Aksak. Je découvre et pratique avec lui la musique traditionnelle irlandaise. C’est lors d’un Festival à Ris-Orangis en 1988 que je rencontre Vincent Blin (violoniste expert et spécialisé en musique irlandaise, Bluegrass et Old Time). Le courant et la complicité musicale passent immédiatement entre nous. J’apprends très rapidement les morceaux que Vincent me donne à travailler sur cassette. En 1992 on enregistre un premier CD "More Power to your Elbow", influencés par les styles des musiciens du Comté de Clare (Paddy Canny, Patrick Kelly, Martin Hayes…). C’est avec Jean-Christophe Lequerré, accordéoniste, pianiste accompagnateur et joueur de bouzouki, que je forme un duo alors que Vincent Blin est contraint d’arrêter de jouer suite à une maladie de la main.

Puis, vient une période d’une quinzaine d’années durant laquelle j’approfondis mes sources d’intérêt pour le jeu de Joe Derrane, Philippe Bruneau, Paul Brock et John Kimmel. En effet, j’ai été très sensible alors aux finesses improbables et aux remarquables possibilités que recèle le mélodéon du québécois Philippe Bruneau. Je multiplie mes rencontres, ce qui m’amène dans diverses directions, comme à l’association ″Atelier de la danse populaire″ (l'ADP) pour laquelle je suis musicien accompagnateur pour la danse. Je participe également, aux côtés de Agnès Haack professeur de danse irlandaise, à la formation des élèves de l'Opéra de Paris. J’enregistre avec l’ensemble ″Les Musiciens de Saint-Julien″ fondé par François Lazarevitch, avec Anne-Lise Foy, Basile Bremaud et Dominique Paris. En 2005, Au Festival de St Chartier, je participe à un concert aux côtés de Philippe Bruneau, et de nombreux autres musiciens. Je participe à de nombreux enregistrements, notamment avec La Société Fraternelle des Cornemuses du Centre, avec François Lazarevitch, ″Danses des Bergers danses des Loups″, et avec Carré de Deux pour 4 Cd. En 2006 j’écris une méthode ″Musique-accordéon, méthode de jeu″ publiée par l’association AEPEM dans laquelle je rassemble et décris ce que trente années de pratique musicale et de rencontres m’ont appris.

Je n’abandonne pas pour autant la musique Irlandaise et crée alors le ″Rolling Notes Ceili Band″. Chemin faisant, je retrouve Vincent Blin et pour fêter ça, on enregistre notre 2ème CD. Je reviens ensuite à mes premiers amours avec le mélodéon et enregistre le disque ″Comme par enchantement″, de la musique traditionnelle irlandaise avec Michael Tubridy (flûte), Rachel Goodwin (piano) et Marc Pollier (uilleann pipes). Après une absence forcée due à des soucis de santé, je retrouve depuis peu Vincent avec qui je partage toujours la même complicité musicale et le plaisir de jouer ensemble. En 2017 j'ai réalisé, avec Jean-Michel Corgeron (qui en a fait les partitions et tablatures), 2 recueils avec CD de musique irlandaise pour accordéon diatonique intitulés Kyrielle 1 et 2.

Comment vous êtes vous rencontrés, puis croisés et recroisés tout au long de ces années ?

Gilles : Je me souviens, c’était en 1979 au festival de Saint Chartier, Jean-Luc y animait le stand de Monsieur Ponsard. J’ai été interpellé par son jeu qui se différenciait de ce que j’avais l’habitude d’entendre à l’époque. Je suis allé lui dire que j’aimais beaucoup sa façon de jouer de la vielle, j’ai dû lui dire aussi que je trouvais son instrument mal réglé et qu’il y gagnerait à soigner un peu ses réglages. Jean Luc l’a bien pris, il n’y a rien d’étonnant quand on connait sa gentillesse… J’habitais alors à Crosne en région parisienne et je faisais parti du groupe Fubu. Dés l’arrivée de Jean-Luc dans la région, je lui ai proposé de faire partie du groupe, il a immédiatement accepté.

Comment est né ce projet de duo ?

Jean-Luc : Nous aimons bien jouer ensemble et nous sommes d’accord sur la façon de jouer la musique traditionnelle. Cela s’est fait naturellement. J’ai proposé de jouer de la musique du Nivernais/Morvan mais nous sommes ouverts à d’autres musiques. L’idée était de créer, pour le plaisir, un duo vielle à roue/Mélodéon, qui soit capable de faire danser les gens le mieux possible.

Gilles : Avec l’AEPEM, J’avais le projet d’enregistrer un CD de répertoire Français en invitant plusieurs musiciens dont Jean-Luc faisait partie. Nous avons commencé d’enregistrer chez Jacques Lanfranchi trois suites d’airs dont la fameuse ″Montée des bois de Vaux″. Malheureusement des problèmes d’épaules sont venus interrompre ce projet pour lequel je n’ai pas donné suite. Après plusieurs années de soins, mon moral en avait pris un sacré coup et j’avais perdu toute envie de jouer de la musique. Nous sommes restés en contact avec Jean-Luc et, grâce à lui et ses encouragements, j’ai repris goût à la pratique de l’instrument. Mon projet initial s’est alors transformé en un duo vielle/mélodéon qui me semblait plus simple à mettre en œuvre. Quelle bonne idée nous avons eu !

Vous privilégiez l’unisson (et quel unisson), une grande sobriété de jeu ainsi que des tempi retenus, pouvez-vous nous en expliquer les raisons ?

Gilles : Effectivement, nous jouons à l’unisson, nous sommes complices de l’interprétation d’un air, unis par le son. Notre priorité, c’est des tempos mesurés. On reste totalement indifférents à la frénésie actuelle qui pousse à l’accélération. Il va de soi que nos choix s’inscrivent dans une certaine conception de la musique qui est un parti pris esthétique. C’est facile de jouer avec Jean-Luc, on a la même conception de la musique, pas d’arrangements alambiqués, il suffit de décider du répertoire (et ce n’est pas ce qui manque…). Pas besoin donc, de répétition puisqu’on sait comment va être joué par l’autre l’air qui a été retenu. Comme on dit, ″on est sur la même longueur d’onde″, il n’y a jamais de mauvaises surprises.

Photo : Catherine Renard

Quelques mots sur le swing ? Sur votre style de jeu ?

Gilles : Déjà il faut s’entendre sur la définition de ce qu’est le swing et pour en parler régulièrement avec différentes personnes, je m’aperçois que les points de vue sont partagés. Pour ma part, le swing met en œuvre plusieurs choses (sans rentrer ici dans les détails, c’est trop complexe) : Globalement, selon moi, le swing demande un rythme inégal, des accents répartis à différents endroits, et une dynamique variable.

J’entends beaucoup parler de styles. Je ne pense pas ″style″ quand je joue, ma façon de concevoir la production d’une note est indifféremment la même, que je joue une scottish auvergnate, un Hornpipe, ou une bourrée du Morvan… Je joue toujours de la même façon, quel que soit le répertoire que j’aborde. On peut dire que je suis en quête perpétuelle de la belle note. Si un style existe quand je joue, c’est le mien, c’est ma façon de jouer.

Jean-Luc a la sienne, bien personnelle également. J’apprécie particulièrement sa manière faussement simple de jouer. Son style efficace est sans esbroufe. Jean-Luc à la volonté d’être efficace avant tout, il n’a pas le désir de créer quoi que ce soit, et encore moins l’envie de se lancer dans des improvisations qui nous semblent inutiles ou des arrangements tarabiscotés. Un jeu tout entier consacré au mouvement de la danse. C’est bien pour cette raison que nos jeux peuvent cohabiter pour le plaisir des danseurs. En tout cas, on l’espère…

Quid du répertoire ? Vous centrez votre travail sur les musiques du Morvan et du Nivernais, tout en l’ouvrant à d’autres traditions ainsi qu’à quelques compositions… ?

Jean Luc : Nous jouons principalement des musiques du Nivernais et du Morvan. Toutefois nous sommes ouverts à d’autres régions. Sur notre Cd, nous jouons 2 scottishs du Sud-Ouest. Nous jouons aussi 2 compositions de notre ami Thierry Mirebeau, une valse et une scottish. Ce qui est important, c’est que les mélodies nous plaisent et que l’on se dise que l’on peut en faire quelque chose de joli et dansable. D’autre part nous ne sommes pas des grands fans des compositions actuelles. Nous ne sommes pas non plus des grands compositeurs. Le répertoire des musiques traditionnelles est très riche et très important, donc nous avons largement de quoi y puiser.

Gilles, tu as choisi d’utiliser un Mélodéon pour le CD plutôt qu’un accordéon diatonique ″classique″, peux-tu expliquer ce choix ?

J’ai plutôt le sentiment d’aller à contre-courant de la mouvance actuelle. L’évolution de l’accordéon montre qu’on est déjà passé par là : Du 1 rang au 2 rangs, puis au 3 rangs pour arriver à l’accordéon chromatique qui élargit évidement les possibilités de jeu et les possibilités mélodiques. J’ai choisi comme instrument le mélodéon, car bien qu’il me restreigne par son unique rangée de boutons dans le choix de mon répertoire, il m’offre un potentiel sonore supérieur à l’accordéon. Son timbre, sa richesse de son, ainsi que son expression dynamique de jeu m’apporte beaucoup plus de plaisir que l’accordéon diatonique multi rang. En effet, j’ai été sensibilisé aux finesses improbables et aux remarquables possibilités que recèle le mélodéon par Philippe Bruneau qui m’a servi de modèle alors qu’il jouait un autre répertoire.

Photo : Alain Caunac

Jean-Luc, pourquoi avez-vous choisi pour ce Cd ce titre si particulier, à quoi fait-il référence ?

Nous avons donné le titre de ″Chemin de la Bergaudière″ à notre CD. C’est un petit chemin qui mène à une rivière, Le Beuvron. Il démarre de la maison où j’ai passé mon enfance, dans la Nièvre à Brinon sur Beuvron. C’et là que j’ai appris à jouer de la vielle à roue debout pour m’entraîner et pouvoir défiler avec mon groupe folklorique. Le titre est un petit hommage à la Nièvre, mes débuts... Ce nom de ″Chemin de la Bergaudière″ est très joli !

Vous multipliez les bals ces derniers temps, avez-vous des projets pour l’année ou les années à venir ?

Bien sûr on a toujours des projets pour les années à venir, mais comme on dit, ″si dieu nous prête vie″. Nous sommes tous deux en retraite et il est beaucoup plus difficile de se projeter dans l’avenir que quand on avait 30 ans. .. On se dit qu’on verrait bien. Pour l’instant on fait des bals, on va dans des festivals avec plaisir et on a l’intention de continuer tant qu’on peut le faire et tant que le public aime ça, en jouant le mieux possible !

https://www.facebook.com/GueneauPoutoux/