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Des mondes de musiques

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ETHNOTEST

Le médecin imaginaire et le malade malgré lui

Epistémologix

Folkine : - Voici le docteur Conservatorius qui va vous examiner, monsieur Dutrad.

Dutrad : - Enfin ! Faites-le entrer !

Conservatorius : - In aegrotantibus ignorantis sanandis licet eo facilius impressionem facere, quod formulam mecum habeo : fadosolrélamisi. Vous êtes en do, mon ami.

Dutrad (un peu inquiet) : - C'est possible, si vous le dites, docteur.

Conservatorius : - C'est certain. Je m'en vais vous confectionner un clystère de ma composition et si tout se passe bien, vous devriez être en ré avant la fin de la semaine.

Dutrad : - Et c'est mieux, d'être en ré ?

Conservatorius : - Dans votre cas, oui. Mais il va falloir suivre mes prescriptions. Voyez-vous, votre fa n'a pas de dièse.

Dutrad : - Ah ?

Conservatorius : - Eh non !

Dutrad : - Et moi qui n'en savais rien !

Conservatorius : - Ça ne m'étonne pas. Voyons, qui vous soignait jusqu'ici ?

Dutrad : - Le docteur Ethnologus.

Conservatorius : - Diagnosticus ?

Dutrad : - Hein ?

Conservatorius : - Quel était son diagnostic ?

Dutrad : - Mélodie vénérienne. A tonalité fluctuante.

Conservatorius : - Remedium ?

Dutrad : - Comment ?

Conservatorius : - Quel remède a-t-il préconisé ?

Dutrad : - Se désaltérer le plus possible.

Conservatorius : - Ignorantus, ignoranta, ignorantum ! Se désaltérer est la pire chose qu'on puisse vous conseiller. Quoi, pas de dièse sous la glande pinéale ? Nul bémol dans les bourses ?

Dutrad : - Ma foi non, que je sache. Dois-je me désaltérer plus souvent ?

Conservatorius : - Gardez-vous en bien ! C'est d'altération que vous avez besoin. Nous allons nous en occuper. Il n'y a pas encore lieu de s'inquiéter. Vous manquez de dièse, voilà tout.

Dutrad : - Ce n'est pas naturel alors ?

Conservatorius : - Au contraire, ça l'est trop. C'est parce que votre fa est naturel qu'il n'a pas de dièse.

Dutrad : - Et c'est grave ?

Conservatorius : - Parbleu ! (da veniam). Si nous n'intervenons pas, votre tierce inférieure va s'atrophier, devenir mineure dès le passage en ré et elle se verra alors oppressée par le haut d'une sixte majeure.

Dutrad : - Diable !

Conservatorius : - Je ne vous le fais pas dire. Laissez-moi prendre votre tessiture et vous palper le plagal. Pas de quarte ?

Dutrad : - J'y joue rarement.

Conservatorius : - Quid de la quinte ?

Dutrad : - Je tousse parfois, quand j'ai trop fumé.

Conservatorius : - Mieux vaut être fumeux que fumeur, crede Roberto ! Bon, tout cela n'est pas trop grave. Une bonne saignée en plus de mon clystère et il n'y paraitra plus. Vous avez le bon tempérament, mais vous devez vous méfier des modes, qui …

Dutrad : - Oui, elles sont éphémères…

Conservatorius : -.. Qui, dicebam, ne sont pas de bon ton, ut ita dicam. Apprenez, mon ami, que la santé n'est légitime que si elle se conforme à la prescription médicale. Faute de quoi elle n'est qu'une forme larvée de la maladie. La santé est un état précaire qui ne présage rien de bon. Et qui bien souvent laisse ignorer au patient qu'il est souffrant. Le rôle du médecin, c'est alors de lui révéler le mal qui l'habite, afin qu'il puisse à sa guise en guérir ou en mourir. Sachez donc que tout malade confié à nos soins qui s'obstine à ne pas guérir ou qui, pire encore, s'avise de défuncter, commet une faute grave et se rend coupable d'un crime impardonnable envers la natura rerum telle que nous l'avons définie et rendue légale, ergo légitime (il sort).

Dutrad : - Eh bien, que voilà donc un médecin fort savant ! Mais qui me laisse quelque peu altéré…

Folkine : - Je vous trouve bien plaisant d'écouter un tel charlatan ! Je ne connais certes pas le latin, mais je m'en vais vous désaltérer, moi ! Et si l'on vous chasse le fa naturel, vous allez le voir revenir au galop.