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Des mondes de musiques

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ETHNOTEST VIIII

Jambes en l'air

Epistémologix

La Renaissance, ça trucule un max. Lisez Brantôme : à l'époque, la principale préoccupation des hommes, c'est de "mettre l'andouille en saloir", comme ils disent en se rigolant et se gabelant. Les femmes, semble-t-il, sont d'accord. On a même l'impression qu'elles n'attendent que ça.

 

Les prélim, c'est la danse. Bon, le branle, d'accord, on peut danser ça tout seul chez soi. Mais le reste – y compris le branle gay, dit aussi "branle pour tous", c'est fait pour dénouer l'aiguillette à la bête. Façon hétéro, plutôt, mais pas que. Et guère catholique pour autant : vade hétéro, Satanas !

L'église n'apprécie pas forcément, vous pensez bien. Bon, les jésuites font la part des choses, comme toujours, on a droit au "branle des ermites" pourvu qu'on garde les mains dans ses manches. Mais il y a les austères, les calvinistes, les ligueurs et autres intégristes, peu enclins à la concession. Ceux-là décident de réagir. Alors les voilà qui mandatent un chanoine pour revisiter les répertoires et rééduquer les danseurs. Cet homme pieux nous nous pond un bréviaire, l'Orchésographie, où l'on voit se trémousser pudiquement des bacheliers et des damoiselles très comme il faut. Ça tend vers le bal des debs – où la lubricité n'a pas accès -, mais ça nous donne une image totalement fausse de la Renaissance.

A preuve certain manuel de danse du XVIème siècle, inédit parce que censuré, dont quelques fragments rescapés de l'autodafé sont quand même assez parlants – à la ponctuation et à l'orthographe près. Jugez-en par vous-même à travers cette phrase que j'en extrais pour vous :

"Si l'occasion vous fait désirer quelque grue, levez hardiment la femelle. Lorsque la fente est prête sous votre corps, commencez le dit mouvement, en veillant à vous maintenir ferme et droit. Ainsi peut-on fauter avec une grue sans que nul y trouve à redire". Pas très féministe, j'en conviens, mais ça a le mérite d'être clair.

J'ai tenté d'en nourrir mon enseignement dans mes ateliers de stage. Le public se montrait réservé. Certaines filles surtout. J'ai dû renoncer.

Du coup, j'ai repris mes études de lettres, trop tôt abandonnées. J'ai potassé Rabelais, Ronsard, Montaigne, confronté les éditions modernes et les fac similés. Et là, j'ai découvert deux trucs qui m'avaient échappé. Le premier, c'est qu'un v, surtout entre deux voyelles, s'orthographie u. Par exemple gavotte s'écrit gauotte.

Et le second truc, c'est que la lettre s, en ce temps-là s'écrit comme un f. Les éditions modernes m'avaient abusé. Et internet encore plus.

Alors j'ai rouvert mon manuel de danses cochonnes et j'ai déchiffré autrement les phrases rescapées de l'autodafé. Il fallait lire :

"Si l'occasion vous fait désirer quelque grêve, levez hardiment la semelle, lors que la sentez prête sous votre corps. Commencez le dit mouvement, en veillant à vous maintenir ferme et droit. Ainsi peut-on sauter une grêve sans que nul y trouve à redire".

Certains seront sans doute rassurés ; d'autres un peu déçus. En tous cas, une chose est sûre : c'est cette lecture-là qui est la bonne. Et sans mes études littéraires, je n'en aurais jamais rien fu – pardon, su.