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Des mondes de musiques

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ETHNOTEST XI

Quand on n'a que l'humour…

L'invité de l'émission dit :" - merci de m'avoir reçu."

Le modérateur lui répond :" - poil au cul."

Le public trouve que le modérateur a de l'humour.

Parce que le public, c'est comme les touristes : c'est pas vous, c'est pas moi, c'est les autres. Le Bidochons ; les Barbies ; les baudruchons de la bobosphère ; les nymphes du smart-faune ; ceux qui nous chromosomatisent du BZH ; ceux qui "voilà" ; ceux qui "c'est juste magique" ; ceux qui "c'est un rêve de gosse qui se réalise" ; des qui vous ghostent la culture ; bref, des gens dont les itinéraires imaginaires ont pour GPS "suivez le beauf". Appelons-les Concon la franchouille.

Deux choses caractérisent Concon la franchouille : 1) il est "mort de rire" aux spectacles de Bigard ; 2) il en conclut que Bigard est un humoriste.

Or l'humour n'a rien à voir avec le comique (vous me direz : Bigard non plus). L'humour relève de l'esprit. Celui de Wilde, Churchill ou Bernard. Il y côtoie l'ironie. Celle de Voltaire, Chamfort ou Rostand. Toutes ces personnes sont spirituelles, même si elles ne le sont pas de la même façon.

L'humour, c'est par exemple de paraître acquiescer à des dysfonctionnements ; l'ironie, c'est de les dénoncer. L'humour feint le sérieux ; l'ironie choisit la dérision. La pente naturelle de l'humour, c'est l'objectivité scientifique ; celle de l'ironie, c'est l'agression. L'humour s'accommode de l'understatement ; l'ironie est menacée par l'outrance. L'humour s'exerce volontiers aux dépens du locuteur lui-même ; l'ironie disqualifie l'interlocuteur. L'humour a plus souvent un accent britannique que l'ironie, plus à son aise en français.

Je vous donne un exemple des deux. Imaginez un prof qui commente sa copie à un cancre. Avec ironie, ça donnerait :

"cher monsieur, au lieu de dire n'importe quoi sur à peu près tout, vous gagneriez à vous informer un peu sur ce que vous venez nous expliquer sans l'avoir compris. Avant de contester l'œuvre de Lévi Strauss, vous auriez dû commencer par la lire. Ou vous la faire lire par quelqu'un de plus cultivé, dans l'hypothèse où vos études se seraient arrêtées trop tôt. On a le droit d'être limité intellectuellement – pauvreté n'est pas vice -, mais pas celui d'imposer doctement, son ignorance à un auditoire mieux informé".

Et si le prof préfère l'humour:

"dear sir, c'est avec un grand intérêt que j'ai pris connaissance de votre travail, qui m'a beaucoup apporté. A l'heure actuelle, trop de disciples de Lévi Strauss demeurent prisonniers de la lecture de son œuvre, démarche à laquelle vous proposez une alternative bien venue. Je tiens à saluer votre indépendance d'esprit, qui vous conduit à donner aux notions un sens inédit, ouvrant à l'ethnologie des perspectives auxquelles l'auteur de Tristes tropiques n'avait pas su accéder, ce qui permet de vous découvrir à la fois en tant que chercheur et en tant qu'objet d'étude. Soyez-en remercié".

Pour épingler les démissions intellectuelles du revivalisme, vous avez donc le choix entre trois démarches. Si vous aimez le comique à la Bigard, parlez-nous de bites, de nibards ou de quelque chose dont le nom se termine en u. Si vous êtes porté à l'ironie, soyez cinglant, rhabillez –nous Concon pour l'hiver et comptez vos amis. Et si vous préférez l'humour, acquiescez avec componction, au risque qu'on prenne votre acquiescement pour ce qu'il n'est pas : un acquiescement. Mais là, il faut faire confiance au lecteur, ce semblable, ce frère. C'est ce que fait Epistémologix.