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Des mondes de musiques

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ETHNOTEST XIII

Festiballet

Epistémologix

Le ballet classique, vous aimez ? Ah bon. Moi je trouve ça prout-prout, élitiste et tutu-la-praline. C'est vrai, quoi, ça évanesce, ça s'alanguit, ça trottine entre deux poses.

Les nanas y ont plus de chignon que de poitrine et les mecs n'ont pas l'air de le regretter. Le pire, c'est que pour arriver à un spectacle aussi blaireau, il a fallu des années de travail ! Et de privations ! Voilà des gens qi ont évité la cuisine au beurre, taquiné les sucres lents, remplacé le Clos Vougeot par du Vittel, fait chambre à part pour être plus sûr. Pas vécu, quoi. Parce que la vie, excusez-moi, c'est pas ça.

L'art et le travail, j'ai rien contre, notez. Mais le plaisir, y a ça aussi qu'il faut voir. On a perdu la dimension festive. C'est la faute à une bourgeoisie coincée. Avec mes copains, on n'a rien de coincé, on se kiffe la fête, la vraie, celle où on s'éclate en gueulant ouais ! super ! Géant ! Wouaouh !, en vociférant et en balançant les canettes de Kro à côté des poubelles. On se fend la gueule, on se déflagre grave, on s'emmerde trop pas. On transgresse des tabous dont on n'a rien à péter. On retrouve le chaos originel. La Bête joyeuse. Le village gaulois. La vie, quoi.

Le plaisir c'est vital, parce que c'est sexe, quelque part. Je sais qu'en disant ça je vais choquer les vieux cons, mais j'en ai rien à battre. Et là, on voit que le christianisme nous a fait beaucoup de mal. J'attaque pas, notez, chacun pense ce qu'il veut. Mais je constate. On nous a culpabilisé le plaisir. Or le plaisir, c'est naturel. Et le contraire du naturel, c'est quoi ? C'est le culturel.

Alors moi, je pense qu'il faut réagir. Faire évoluer le ballet classique, puisque personne ne s'en occupe. Mes potes et moi, on s'en occupe avec une bonne dose d'humour décalé. Parce que l'humour, c'est notre ADN. On organise des festibals classiques. Sur les tracts on met "ballet vivant" ; ou "danser classique aujourd'hui" ; ou "le ballet dans tous ses états". C'est endiablé, échevelé, ça guinche jubilatoire. Télérama trouve ça pimpant, déjanté, complètement foutraque. A couper le souffle ! On croule sous les f. Et puis ça n'a rien d'élitiste : les pas, on les fait comme on sent, on pose les pompes où on veut, on prend son pied sans en tendre la pointe. Ça dépend si on a envie ou pas. Du coup, la notion de faux pas n'a plus aucune raison d'être, voyez ? Je ne vous raconte pas l'ambiance ! C'est géant ! D'autant que dans nos festiballets, n'importe qui peut enseigner ! Pas d'ostracisme, pas de racisme, pas de jugement sur personne ! En plus on ne danse que sur des compos, vu que qu'en ballet classique on met les pas qu'on veut sur une musique qu'est pas faite pour ça. Et vice versa.

Alors évidemment, ça fait grincer des dents aux puristes. Aux élitistes. Aux tutu-la-pral. "C'est pas du ballet", ils hurlent, "vous n'y connaissez rien !"Nous on est mort de rire à voir leur tronche de peine à jouir. Des rétractés latéraux, ces guignols ! Des déboîtés sagittaux ! Parce que le ballet, excusez-moi, mais c'est d'abord de la danse. Et la danse, c'est la fête. C'est endiablé, échevelé, et c'est pour tout le monde. Même ceux qui savent pas. On n'en est plus à Nijinsky, machin, prout prout. Le ballet, ça évolue, c'est pas le musée. Et qui c'est qui fait évoluer la tradition du ballet ? Moi et mes potes.

Récemment on a fait une démo. Dans le public, il y avait tous les ayatollahs, les nostalgiques du classique à papy, Ludmilla Tcherninskaïa, Igor Kinoupine, Jean Dusautier, Claire Doutreval, tout ça. Congestionnés, qu'ils étaient ! On a eu droit à un déferlement de haine. Moi, vous me connaissez, j'ai choisi de ne pas répondre. Le dialogue, je me méfie. Il y en a, des fois, qui argumentent. Alors je préfère dialoguer seulement avec les gens qui pensent comme moi. Parce que la polémique, non merci !