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Des mondes de musiques

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ETHNOTEST XV

Fest-nozée

Epistemologix

Les festou noz actuels, j' n'y vais guère, mais on me dit que c'est super. Thierry et ses copains sont enthousiastes : c'est sympa, convivial, chaleureux. Pas de drague, pas de bagarres. Chacun apporte sa bonne humeur. Les danses, c'est collectif, ça envoûte. Et puis y a pas besoin de savoir danser, tout le monde s'en tape, on apprend sur place, c'est pas très compliqué. En plus, c'est free style.

Mais attention, ajoute Thierry, pas question de faire n'importe quoi ! Faut sentir les codes. Lui, il a suivi des stages et depuis, il enseigne. Il explique à ses élèves que le style, on s'en fout. Parce que le style, ça se sent. Or chacun sent différemment. Et ça a toujours été comme ça, dans la tradition. C'est pour ça qu'on a des styles différents. Les pas aussi, c'est personnel. C'est pour ça qu'il y a 864 danses différentes en Bretagne. Dont certaines sont très proches de leurs cousines irlandaises, écossaises et galloises. Voire galiciennes. Ça aussi, Thierry le sent, même s'il est moins à l'aise pour le démontrer.

Thierry, il aime bien le plinn : c'est une polka où on tourne sur soi, recule pour changer de partenaire, va au centre, on s'éclate quoi. Il y a aussi les grandes farandoles du costa roat, de landreau, lanterdreau et Larry dee. Là, tu croises tout le monde, un petit coucou en passant et puis voilà, quoi ! Juste après t'as le nez sur le mur, tu peux reprendre ta tronche normale. La musique ça cogne, mais Thierry préfère le kâne ar diskâne (ar, en breton, c'est l'article). Parce que pendant que les mecs chantent enlacés sur un podium, tu peux parler avec tes voisins, faire connaissance, il se passe plein de choses très chouettes. De toute façon les chanteurs, ils font ça en breton, alors les Irlandais, les Ecossais, les Galiciens, pas de problème, c'est des Celtes, ils comprennent très bien, mais pas toi. Les vieux du pays pas forcément non plus, d'ailleurs. Parce que le breton, c'est comme la danse : ça évolue. Landreau, par exemple, a évolué en cercle circassien, un truc déjanté qu'a rien d'un cercle, ça se fait en ligne, mais qui prouve bien la parenté entre les danses celtes. Même si le cercle circassien est anglais. Et puis la scottish, ça vient d'Ecosse. La bourrée aussi, c'est celte, mais depuis moins longtemps.

Thierry, il est tombé là-dedans avant d'avoir su marcher. Dès 2003 ! C'est d'ailleurs pour ça qu'il se fait appeler Thierrig. Il est né à Clermont-Ferrand, l'un des hauts lieux du fest noz. Ses parents lui ont toujours parlé français. Entre eux aussi ils parlaient français. Mais Thierrig, lui, instinctivement, il parsème la conversation d'expressions bretonnes : demat, evel just, kov ha kov, kenavo. Parce qu'il ne trouve pas spontanément le terme français, voyez ? L'atavisme, quoi. Le chromosome BZH. Quant il chante, il joue sur des quarts de ton, c'est modal, il dit. Et côté diapason, il est en 392, comme tous les Celtes.. Thierrig, il estime que fest noz, ça se prononce fecht noz. Mais vu qu'il est de Clermont-Ferrand, je me méfie. Je lui ai demandé pourquoi on n'écrivait pas fest nozh. Il trouve que ça fait intello comme question (je l'ai retirée aussitôt). En tous cas, fest noz, ça veut dire "fête de nuit". Parce que les paysans dansaient la nuit. Et le jour ils remettaient ça, en changeant seulement le nom : ça devenait fest deiz. Entre les deux, il y avait les travaux. Tout comme aujourd'hui : nous aussi, on bosse dans les intervalles. Rien de changé. Bon, t'as les intellos qui disent que le fest noz traditionnel, c'était pas ça du tout. Laisse béton, il fait, Thierrig, on s'en tape. On est là pour se défouler, arrête ! Pour s'éclater. Le fest noz, c'est la fête, la soupape. Et en plus, si, justement, c'est exactement comme autrefois. Même sans savoir comment c'était autrefois (parce qu'on s'en tape). Faut voir que si ça a évolué, c'est parce que chacun s'exprime comme il veut et que c'était déjà le cas chez les paysans. Sauf qu'on n'est plus au dix-neuvième siècle, on s'exprime en mecs de maintenant. L'important, c'est que ça reste breton. Et là, Thierry et ses potes – Erig, Jutta (on l'appelle Channig) et Marion (on dit plutôt Morgane) -, ils sont unanimes : que c'est breton, le fest noz, ça se ressent, c'est tout. Point barre. On sent profondément qu'à travers tout ça, c'est l'âme d'un peuple qui chante en nous. D'une race, dit Thierry, mais j'ai peur qu'on pense qu'il est de droite. Alors que s'il y a un gars qui ne fait pas de politique, c'est bien Thierry. En tous cas le FN (au sens de fest noz), c'est du celte pur jus.

Là, Thierry, il a fait le concours de plinn. Il a gagné, parce qu'il a bien pigé le saut de pie à pieds joints, genoux très fléchis. Les puristes disent que c'était pas du tout ça, le plinn. Et alors ? Ça a évolué. Il y a plinn l'ancien et plinn le jeune.

Moi, le fest noz, je le connais grâce à Thierry, Eric, Jutta et Marion. Et aussi Horohito et Craig, qui sont tombés dedans aussi, mais un peu plus loin. Dès l'âge de huit ans, dis donc ! En 2001 .! Vu que je les aime bien, je me réjouis de leur enthousiasme. Oui, mais non. Le fest noz, moi, je n'y vais guère. J'ai essayé, notez, mais je trouve que ça danse moche. Et que c'est assez ringard, pour tout dire. Un peu scout. Je m'y emmerde, soyons francs. Je préfère le hip hop. Alors j'attends que ça se passe et qu'on retrouve un jour une danse de qualité. Bretonne ou pas, mais de qualité. Qu'on classe l'affaire, quoi. Mais pas forcément au patrimoine de l'humanité. Parce que l'humanité, elle mérite mieux, je trouve.