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Des mondes de musiques

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ETHNOTEST

TRISSOTIN, sorcier moderne. Ou Omne ignotum pro magnifico.

Épistémologix

- Mikhaïl Baralipton, bonjour, vous êtes…

- Bonjour

- Vous êtes le principal représentant de l’ethnologie polysubjectale dépréhensive, ces termes un peu barbares ne disent sans doute pas grand chose à nos auditeurs…

- Comme je les comprends…

- Alors, pouvez-vous nous éclairer un peu ? Pourquoi polysubjectale et pourquoi dépréhensive ?

- Eh bien, commençons par polysubjectal. L’enjeu au départ était de se démarquer de l’approche strictement mono-objectale d’un Lewandovsky, reprise aux Etats-Unis par des gens comme P.J. Lewis, T. Burrows ou W. Kern, dont l’ambiguïté au niveau des repères éditionnels d’inter-réception revient à réserver la notion d’ « ethnème » aux seules cultures non grammaticalisées, ce qui évidemment fausse d’entrée de jeu toute quête d’une possible intertextualité autre que diachronique. Tout cela débouche sur l’idée d’un a-parté postulatoire auquel plus personne ne souscrit aujourd’hui.

- Oui, vous faites allusion au beau livre de Strauss-Berger, Ecrité et oraliture.

- Exactement . Là où je ne suivrai pas Strauss-Berger, c’est dans sa proposition d’un primat surrectif pré-syntagmatique, sur lequel il va construire sa fameuse notion de proxénation dérivaire. Là, je suis plus réservé. Il me semble que sub cuta, on nous réintroduit en contrebande un diffusionisme évolutif dont l’auteur lui-même dénonce l’insuffisance.

- Et pourquoi dépréhensive alors ?

- Mais tout simplement parce que l’appréhension de l’ethnème suppose en amont une dépréhension radicale, la fameuse « radikale Ab-sage » de Breitmeyer, en prenant le terme à la fois au sens de renoncement et de désinscription. Sans méconnaître l’ambiguïté absagen-absägen, sur laquelle s’est construit maint discours plus ethnofuge qu’ethnopète. Si vous me permettez un jeu de mots un peu trivial, je dirai que Strauss-Berger ethnopète parfois plus haut que son QI.

- Ha ha, le mot est amusant. Un peu inattendu dans la bouche d’un chercheur, peut-être…

-Vous savez, les chercheurs sont des gens comme tout le monde, nous aimons rire et plaisanter, il ne faut pas se représenter les chercheurs comme des êtres austères, au parler rébarbatif.

- Non, bien sûr. Donc désinscription plutôt que non écriture ?

           - Voilà. Disons, pour ne pas être pédant, que désinscription renvoie plus à la différence spécifique qu’au trait pertinent et que sa légitimité reste donc à apprécier dans une perspective de remise en cause de l’outil même qui actualise le regard dont le chercheur constitue son objet, tout en le niant comme tel, puisque au fond, ce qu’on décrypte ici, c’est le code proprement dit, donc l’outil du décodage, ce qui ajourne et dissuade du même coup l’émergence du logos, au sens anthropologique du terme. Il y a donc là comme une mise en sous-sol, pourrait-on dire, de l’ethnème au sens strict. Ou pour dire les choses plus simplement, il y a là comme un évincement anticipo-propiciatoire qui risque rapidement, en effaçant les repères postulés, de devenir réflectif, sans qu’on s’en soit expliqué à aucun moment.

- Mais n’est-ce pas un peu ce que disait déjà Beaufroment-Durepaire au siècle dernier ?

- Si vous voulez, Beaufroment est un précurseur, mais il est dans son temps. Son beau livre, Les Tropiques rassérénés a eu le mérite de mettre en évidence les fameuses « parentés de la structure », à travers « le dit et le tu » et leur glissement vers l’ « inter-dit et le vous », mais enfin…

- Tenez, là, page 154, je lis : « l’entrage décocté ne saurait oncques faire l’économie de bouter en usance une émabulation divergetée, sans remibier peu ou prou maint postulable occlusif à quarton d’ose d’imblémation, dont il appert de façon aussi irréfragable que nodosique que l’émantrose n’est qu’abulée, sauf à ardiller à troche de part, et vice versa ».

- Oui, bon, vous savez, il faut faire la part des choses, il y a du canular chez Beaufroment, de la provocation, moi personnellement j’adore, je trouve cela tout-à-fait merveilleux, mais enfin ce genre de littérature fait quand même problème aujourd’hui.

- En quoi ?

- Eh bien, mais c’est du verbiage ! Concrètement, qu’est-ce que cela veut dire ?