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Des mondes de musiques

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ETHNOTEST

De la bonne conjugaison du verbe réussir

Épistemologix

Certain négociant allemand, qui se piquait de culture française, demanda un jour à un grammairien renommé avec quel auxiliaire le verbe réussir se devait conjuguer au parfait.

Adhuc sub judice, répondit le savant, nam certant grammatici. Et de lui conseiller de lire les deux caractères qui suivent, dont on dit que notre homme demeura si fort étonné que, laissant là les affaires, il se retira dans une assoss à but non lucratif.

Dorante, quand il pète, trouve que cela sent bon et pense en combler qui l’approche. Aimant ce qu’il dit faire, on croit aimer ce qu’il fait et nul ne lui fait grief de ne point faire ce qu’il dit. Entouré de bélîtres à sa dévotion, Dorante se présente comme docteur en musique traditionnelle et chacun lui en donne acte. Bien que ses endro soient des scottishes, ses bourrées d’Auvergne des valses, ses berrichonnes des polkas, son assurance lui vaut une réputation de compétence et ses barbarismes passent pour idiomatismes dans les salons de Télérama. Aimant mieux dire du mal de lui-même que de n’en point parler, Dorante fait peu de cas de son mérite, rappelant sans insister sa formation intra-utérine, son enfance bercée de tradition, ses longues études exigeantes et post-utérines. Si l’on ne lui doit ni endro, ni bourrée, ce n’est pas, sachez-le, qu’il n’ait pas le talent d’en faire : c’est qu’il se plaît à considérer qu’il n’est de tradition vivante que dans l’évolution. Dorante a l’ignorance évolutive. Mais comme il n’ignore pas tout du rock, du rap et de la techno, il en compose maint clystère qu’il prescrit à ses pratiques, auquel il mêle comme en se jouant des infusions de simples auxquelles chacun reconnaît une saveur bulgare ou laponne, puisque lui-même les présente comme telles. Ces potions sont favorablement accueillies de petits maîtres familiers par ailleurs de Disneyland et qui ne se remuent point de voir enfiler des culottes à une souris. Sur scène, où il est fort demandé, Dorante administre à son art des saignées qui le soulagent d’un excès d’humeurs mélodiques, et qu’il nomme compos et impros. Son pouvoir de suggestion est extrême et l’on voit les gens de sa suite inspirer à fond chaque fois qu’il pète. Pour gagner à sa gloire les récalcitrants de la bronche, Dorante appelle le concours de mille autres séductions, précipitant les tempi et rouant de coups les temps forts, comme si eux fussent laquais et lui Rohan. Peu enclins à écouter ce qu’ils n’entendent point, ses administrés se travaillent de frapper dans leurs mains en rythme et cette surdité est si active et contagieuse, qu’elle assure à Dorante une compagnie de plus en plus nombreuse, tant il est vrai que plus c’est de la merde, plus il y paraît de mouches. Et puisque son renom le flatte de faire ce qu’il dit qu’il fait, il n’est de bouche en ville qui ne s’occupe de l’en louer, et plus on le loue, plus il est apprécié. A l’abri du besoin, il vend la musique qu’il croit jouer à des gens qui croient l’entendre et s’étonne d’autant moins d’être reconnu de tous qu’il s’estime lui-même plus que tout autre. Dorante a réussi. 

Cléante est plus curieux d’autrui que de lui-même. Etant homme, il n’a cure de paraître en sa virilité, mais se plaît d’autant plus dans le commerce des femmes. De toutes ses maîtresses, la musique traditionnelle est sur toute autre l’objet de ses soins. Moins occupé de l’expliquer que de la comprendre, il se veut à l’écoute de sa différence, n’attend point d’elle qu’elle change de coiffure ou s’habille selon la mode du moment, l’estime plus naturelle d’être moins maquillée et se retient de péter quand il l’étreint, doutant que ses effluves lui conviennent. L’agrément qu’il en a le tient éloigné de la cour et du monde, et le mène à l‘écart de la scène, où, partant, il est peu demandé. L’étendue de sa modestie limite celle de sa notoriété , car son peu d’équipage et ses moindres laquais le recommandent médiocrement auprès des petits maîtres. Il tient table à demeure pour des amis plus sûrs d’être moins nombreux et que leurs goûts communs dispensent de frapper dans leurs mains quand ils en font partage. Epargné par les mouches, Cléante s’estime comblé de ce que l’amour lui donne, raison pourquoi il comble de retour quiconque l’approche. Cléante est réussi.