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Des mondes de musiques

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Ethnotest

Une tradition particulièrement riche : le Hurepoix

Epistémologix

La première enquête sur la tradition populaire en Hurepoix (on disait alors « folklore »), remonte à 1895. 

On la doit à Hippolyte Fournial, postier de son métier. Le résultat en est décevant : « en Hurepoix », se désole le chercheur, « les anciens branles locaux ont depuis longtemps laissé la place aux quadrilles, valses ou polkas, et la fraîche et naïve chanson des champs n’a pas résisté à l’envahissement des fades gaudrioles citadines ». L’ouvrage de Fournial (14 volumes) est passé inaperçu de ses contemporains. Sans doute parce que son auteur n’était pas universitaire.

En 1912, Gustave Laridon, professeur au Collège de France, lance en Hurepoix une enquête par questionnaire. La moisson est incomparablement plus riche. On y trouve des quadrilles, valses et polkas, mais aussi A la claire fontaine, Auprès de ma blonde, Isabeau se promène, et surtout une intéressante Mort de Roland à Roncevaux, toutes chansons totalement identiques aux versions publiées par Maurice Bouchor, et dont nous savons qu’elles nous livrent la version originelle. Ce qui donne une idée de l’archaïsme du Hurepoix.

 Cette collecte donne lieu à l’édition de 78 tours, où l’on entend tout ce répertoire interprété par le baryton Igor Kinoupine, accompagné au piano par mademoiselle Sigogneau. La critique est enthousiaste : «  Quelle sève populaire a bien pu porter jusqu'à nous ces antiques cantilènes, demeurées miraculeusement à l’abri des bouleversements de la modernité ? » (Le Patriote). Ou encore : «  Cent fois bravo, pour avoir su mettre au goût de notre temps ces chansons d’un autre âge ! La diction et le vibrato de Kinoupine, soutenu par le toucher tout en nuance de Sigogneau, révèle que la patine des ans n’a rien enlevé de leur actualité à ces oeuvres éternelles « (L’Appel des Gaules).

En 1937, le groupe folklorique Les Gais Lurons du Hurepoix connaît un véritable triomphe à l’exposition universelle. A leur programme, une gigouillette d’adoration du soleil, un branle de fécondité de Vaucresson et une stupéfiante complainte sur la mort de Roland à Ronceveaux, sans nul doute composée par les armées de Charlemagne, et interprétée sur scène par une chorale.

La critique est enthousiaste : « Quelle bonne idée, cette chorale, qui nous change enfin des interprétations bourgeoises avec piano et baryton de salon » (Le Cri du peuple).

Il faudra attendre les années 70 pour voir le groupe folklorique La Moulinette reprendre la collecte (on disait alors « collectage »), pour satisfaire à sa quête identitaire de racines. On leur doit un 33 tours dont les meilleures plages sont incontestablement Auprès de ma blonde, Isabeau se promène, et une intéressante version de La blanche biche, totalement identique à la version originelle publiée par Henri Davenson. Le tout accompagné à l’épinette des Vosges , au cromorne et à l’accordéon diatonique. Mais surtout, en dépit des Cassandre qui voulaient qu’il n’y eût plus rien en cette région, la collecte a permis de retrouver le souvenir d’anciennes danses locales traditionnelles, telles que le quadrille, la polka ou la gigouillette, sans oublier des oeuvres plus récentes comme Le Déserteur, Toi l’Auvergnat et A la Bastille, qui sont sans nul doute le folklore de demain en Hurepoix.

La critique est enthousiaste : «  Quelle bouffée d’air frais que cet album truffé de vitamines, qui, loin de la poussière des musées, revisite avec rigueur et exigence, entre coup de gueule et coup de cœur, entre griffure et caresse, un répertoire trop longtemps émasculé par les harmonisations des chorales. Les voix sont pelucheuses à souhait - un peu nasales, comme toujours chez les chanteurs traditionnels - et l’épinette fait merveille, mêlant son onctuosité aux morsures du cromorne. Magnifique et indispensable ! A consommer d'urgence et sans modération !» (quatre f dans Boborama).

Le groupe des Passeurs de rêve reprend le flambeau en 2002. La tradition hurepolicienne, ses membres la connaissent sur le bout des doigts : ils sont tombés dedans quand ils étaient petits et ont fait de longues études sur le sujet. Leur répertoire inclut le Cercle circassien, un endro et des bourrées à deux et trois temps. Aux pièces traditionnelles, ils mêlent des morceaux de leur propre composition ( J’ai la hure qui poisse ), à quoi s’ajoute des chansons occultées par les chercheurs du passé ( Et glou et glou  ,  La petite Huguette ) et un blues (équivalent hurepolicien de la gwerz). Le tout sur fond de sampleur, djembé et clapodium à claviers. Une remarque intéressante sur la jaquette de leur dernier CD Fest-noz vivant en Hurepoix : « Les chanteurs traditionnels du Hurepoix chantent encore selon un diapason en 415, recourent à une gamme non tempérée, et la quasi totalité du répertoire est résolument modale ».

Standing ovation chez les journalistes : « Bien loin du folklore soixante-huitard et de ses baba-cool attardés, les Passeurs de rêve nous livrent ici la quintessence jubilatoire d’une tradition hurepolicienne (= du Hurepoix) trop longtemps méconnue. Leur CD (déjà 200 000 exemplaires vendus) mêle aux pièces traditionnelles des morceaux de leur propre composition, preuve s’il en était besoin, de la vitalité de leur tradition, n’en déplaise aux puristes nostalgiques de la poussière des musées. Le sampleur fait merveille, associé aux sonorités si particulières du clapodium à claviers. Superbe ! A couper le souffle » (quatre f dans Boborama).

 

Pour en savoir plus

Le Hurepoix fut jadis célèbre pour ses mariniers de la Bièvre, ses dalleurs, ses tanneurs, ses égoutiers et ses pompiers. De nos jours, seul le pompier reste d’actualité (surtout aux abords des autoroutes).

Au plan de l’organologie, on retrouve la trace du triangle dans la région de Roquencourt. Sa disparition subite oblige à rapprocher cet instrument de son cousin des Bermudes (lire à ce sujet le beau livre de J.E. Strauss-Berger, Les idiophones bermudo-hurepoliciens).