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Des mondes de musiques

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Ethnotest

Liturgies pour 30 deniers

Epistemologix

Noël s'en vient, chantons noël ! Et laissez venir à nous les petits enfants !

Pour les filles (rayon rose), nous avons des robes de princesse, des froufrous, de quoi se maquiller et de poupées plus âgées qu'elles, qui ont des seins et de longues jambes fuselées. Aux garçons (rayon bleu), nous proposons des kalachnikoffs, des revolvers, des grenades, des uniformes de marines ou de légionnaires. Et tout cela a pour bande sonore Des anges dans nos campagnes, Douce nuit, sainte nuit, Il est né le divin enfant.

Car le vingt-et-unième siècle doit être religieux ou n'être pas. Et comme l'humanité se partage en hommes (des vrais) et en femmes (féminines), il faut bien éduquer les garçons à la violence et les filles à la nunucherie. Raison pour laquelle les marchands, jadis chassés du temple par un dangereux illuminé, reviennent y mettre un peu d'ordre en nous psalmodiant leur plain chant revivaliste à la pompe-moi-le neume.

Ce temple est le nôtre. A l'entrée, une crèche – car il n'y avait pas de place pour eux au conservatoire -, où un nouveau né de la dernière pluie est encadré d'un côté par la jument de Michau (Michaow en grégorien), de l'autre par un veau d'or issu de l'élevage hors sol. Ni famille, ni ancêtres. On a renoncé au père, dont la légitimité n'était pas suffisamment établie, et à la mère, soupçonnée de s'être laissée pigeonner par un esprit qu'on ne percevait nulle part. Devant l'humble berceau se pressent des moutons, conduits par quelques bergers à tête de gourous et des déguisés régionaux qui arborent le sourire fusionnel de Lou ravi. Des rois mirages apportent l'or, l'encens, la myrrhe, la clave et le groove, escortés par leur suite de journalistes, d'organisateurs de festivals, de ministres, de farandoleurs d' en dro ou de gavottes. Et d'un raton laveur.

Le sermon ne surprend personne et chacun s'endort, condition sine qua non pour accéder aux itinéraires rêvés, aux carrefours inventés et aux traditions imaginaires. A l'harmonium celtique (récemment reconstitué), un pianiste traditionnel nous interprète un cercle cistercien de sa composition, prometteur d'indulgences à quiconque envisagerait de le danser. Il y a plusieurs quêtes. Puis viennent le mémento des vivants, où l'on pense surtout à la tradition, et le mémento des morts, où l'on prie pour le folk. On reste assis pour le cantique Deus examinator (DE dans le missel officiel), avant de se lever pour une page de publicité :

"Depuis que j'ai remplacé ma croix gammée par un triskell, je ne souffre plus de festnausée" ; "vous qui êtes sans papiers, essayez l'oralité !" ; "grâce au ballet contemporain, plus besoin de béarnaise pour mon Ossau bucco". Vous pouvez vous rasseoir. Afin de célébrer la résurrection de la sainte tradition, ouvrons notre Smartphone à la page trad et chantons tous ensemble, Face book est mon berger, qui remplace désormais dans notre liturgie l'obsolète Plus près de toi, mon vieux des anciens collecteurs.

Pour la sainte communion, vous avancerez par l'allée centrale ; ceux qui en reviendront emprunteront les bas côtés. Dévots et bigotes sont autorisés à communier plusieurs fois (sans modération). Ceux qui cultivent la nature divine sous les deux espèces voudront bien se présenter au contrôle antidopage.

En sortant, ne manquez pas d'admirer le striptyque représentant dans leur plus simple appareil l'intelligence, la culture et la critique – que nous vénérons sans les connaître -, ainsi que le chemin de croix d'Epistémologix, dont la crucifixion sera bientôt soumise à referendum, en espérant que le cérémonial du vendredi saint nous permettra enfin d'imposer urbi et orbi le port du voile intégral, seul à même de dissimuler notre vrai visage et de mettre nos consensus à l'abri de toute révélation. Oremus fratres. Amen