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Des mondes de musiques

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Ethnotest

Regards croisés sur la danse

Epistemologix

Ludmilla Tcherninskaya est une jeune ballerine. Vieux Dauba est un ancien berger de la Grande Lande.

Pour Tcherninskaya, le pas du rondeau part de l’articulation coxofémorale. Pour vieux Dauba, il naît de la musique.

Pour Tcherninskaya, le lieu de la danse, c’est le corps. Pour vieux Dauba, c’est la cour de la métairie.

Pour Tcherninskaya, le geste est la raison d’être de la danse. Pour vieux Dauba, c’est la danse qui est la raison d’être du geste.

Pour Tcherninskaya, la musique s’ajoute à la danse. Pour vieux Dauba, la musique fait partie de la danse.

Pour Tcherninskaya, la danse est un art. Pour vieux Dauba, elle est la vie.

Vieux Dauba admire beaucoup Tcherninskaya. Il le dit parce qu’il le pense, n’étant pas capable de faire ce qu’elle fait. Tcherninskaya déclare admirer beaucoup vieux Dauba, mais elle ne pense pas ce qu’elle dit, s’estimant capable de faire ce qu’il fait. De sorte que vieux Dauba est conscient de ne pouvoir rien apporter à Tcherninskaya. Alors que Tcherninskaya est persuadée qu’elle a tout à apporter à vieux Dauba.

 Tcherninskaya fait gentiment observer à vieux Dauba que lui aussi, quoi qu’il n’en dise rien, danse avec son corps. Vieux Dauba en convient, mais fait remarquer que c’est également avec son corps qu’il parle, rit, chique et baise. Tout comme Tcherninskaya. A ceci près que Tcherninskaya ne chique pas. Elle préfère l’eau minérale. Pas vieux Dauba. Quant à la baise, ça ne nous regarde pas. Disons seulement que la plupart des ballerines sont d’une chasteté sourcilleuse. Ce qui est tout à leur honneur. Alors que vieux Dauba, quand il était un Dauba plus jeune, il ne pensait qu’à ça.

Tcherninskaya a des ancêtres russes, mais elle est née à Versailles et a étudié la danse à Paris sous la direction de Claire Dorval. Vieux Dauba est né dans la Grande Lande et n’a pas fait d’études. Quand Tcherninskaya prend la parole, vieux Dauba comprend tous les mots. Mais pas forcément ce que Tcherninskaya veut communiquer à travers eux. Car lui s’exprime mieux dans le « parler noir » gascon, dialecte que Tcherninskaya n’entend pas et dans lequel elle voit un patois. Ils n’ont donc pas la même langue maternelle.

Les mots clés de la danse, pour Tcherninskaya, c’est le corps et la matière. Pour vieux Dauba, c’est les pas, la musique et la relation aux autres danseurs. “ Danser “n’a donc pas le même sens pour elle et pour lui. Ils ne parlent pas la même danse maternelle et ne peuvent s’entendre que sur des malentendus. Ce qu’ils font.

Tcherninskaya est plus diserte que vieux Dauba, mais elle est aussi plus verbeuse. Son discours a plus de son que de sens aux oreilles de vieux Dauba. Il se demande parfois jusqu’à quel point elle-même comprend ce qu’elle dit. Car il y a quelque flou dans les acceptions. Vieux Dauba quant à lui ne sait pas trop que dire de sa danse. Sur le corps et la matière, il cherche ses mots et de deux choisit toujours le moindre. Face à une incantation qui peut aller jusqu’à la logorrhée, il paraît un peu constipé. De sorte que la matière chez lui est moins abondante.