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Des mondes de musiques

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Ethnotest

Etranger au Paradis

Epistemologix

I had a dream! J’arrivais au Paradis et – vous savez comment c’est là-haut – on me mettait un bracelet arc-en-ciel pour montrer que j’avais payé mon entrée

Parce qu’il y a des anges qui contrôlent. J’avais un badge épinglé sur mon corps glorieux, avec mon nom dessus : Epistémologix. Les presbytes le déchiffraient de loin, ce qui leur permettait de m’éviter à temps, les myopes m’identifiaient trop tard, ce qui les obligeait à me simuler quelque amitié. Je repérai facilement Fra Angelico, son carnet de croquis à la main, et diverses personnalités que j’avais côtoyées de leur vivant et du mien. Mais d’autre aussi, que je me serais attendu à retrouver dans un au-delà beaucoup plus chauffé.

L’accueil des bienheureux s’accompagnait d’un bal d’ouverture, où les mixers permettaient à chacun de rencontrer tout le monde. Les anges musiciens étaient déjà en train de s’accorder, on entendait des instruments de musique, mais aussi du piano. Tout cela confluait vers un heptatonique défectif qui excluait d’emblée les dissonances du diabolus in musica. J’avais pour partenaire Angelina Jolie, délaissée par un Brad Pitt qui avait préféré suivre Roselyne Bachelot dans un atelier clandestin de danses traditionnelles d’Alsace. Ebloui, j’entrai dans le game, bien décidé à enjoy, avant de quitter le bal pour le buffet, qui avait de quoi satisfaire les goûts les plus contrastés : mouton hallal, veau kascher, velouté de lentilles au soja, j’en passe et des (souvent) meilleures.

Mon assiette de steak tartare à la main, je déambulais sur des nuages roses parsemés d’écriteaux : « n’oubliez pas d’apporter votre bonne humeur ! » ; « respectez le sommeil de ceux qui dorment » ; « laissez les toilettes dans l’état où vous auriez souhaité les trouver en arrivant », toutes directives que je m’appliquai scrupuleusement à satisfaire, trop reconnaissant d’entendre en stéréo la musique des sphères célestes que m’offrait Angelina, qui n’avait jamais si bien porté son nom.

D’où vient alors que je me sentis soudain étreint d’un sentiment de malaise ? N’étais-je pas entouré de bienheureux ? Les divines compos et les saints faux pas n’abolissaient-ils pas les errements élitistes justement condamnés par les facebouquinistes d’ici-bas ? Je n’avais là que des prochains.

Oui, mais non. Tous ces élus avaient un je ne sais quoi qui m’empêchait d’allélouiller totalement au sein de leur bienpensance. C’était sympa, mais j’avoue qu’en mon absence je m’y serais ennuyé. Et je compris soudain que ce qui manquait à cette souriante assemblée, c’était les réprouvés. Ils étaient forcément ailleurs. Il fallait que je trouve où.

Et c’est là que je m’éveillais, trempé de sueur, subitement conscient que Dieu avait cessé de croire en lui. Qu’il fallait le faire à sa place. Et que le Paradis désormais, c’était les autres.