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Des mondes de musiques

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Ethnotest

L’authentoc

Epistemologix

Je voue un amour inconditionnel aux mélodies traditionnelles de divers pays.

J’ai dans la tête un bagage considérable d’airs hongrois ou écossais, par exemple. Ce qui me les a fait découvrir au départ, c’est les ballets hongrois de Timar, avec leurs improvisations chorégraphiées ; et les pipe bands qui accompagnent le highland fling ou la danse d’épées.

Pour alimenter ma curiosité amoureuse, j’ai acheté des disques : Zoltan Varga, “le chant de la puszta“ ; ou Calum Kennedy, “la voix d’or des Highlands“.

Et puis voilà que je découvre les enregistrements de terrain de Bela Bartok et ceux de Hamish Henderson. Et là, je suis un peu déçu. D’abord, parce que ne trouve pas ça forcément beau. Ensuite, parce que ça ne correspond pas bien à l’idée que je m’étais fait de la musique hongroise ou écossaise. A tel endroit, on aimerait mieux que la mélodie fasse ceci plutôt que cela. Or elle fait cela. C’est dommage, je trouve. C’est moins dépaysant. On a envie de corriger.

Alors on corrige. Oh pas beaucoup : juste une note par ci, une finale par là. Après quoi on chante ça à des copains, sans leur dire qu’on a truandé, simplement pour leur montrer combien ces musiques traditionnelles sont belles. Les copains apprécient, ils s’extasient sur ces mélodies ethniques. D’autant plus que pour les chanter, je prends une voix particulière, au goût sauvage hors sol, qui correspond bien à l’idée qu’ils se font du chanteur traditionnel. Parce que eux aussi, ils ont vu les ballets de Timar et entendu Varga. Et pour l’Ecosse, ils ont surtout River Dance et ses métastases : c’est irlandais, donc celte, donc écossais quelque part. De sorte qu’en fait, je leur pygmalionne du faux trad. J’en fais un miroir où nous nous contemplons ensemble. Un selfie, en quelque sorte.

Parce que le trad, c’est mieux quand c’est pas traditionnel. Quand ça commence à nous ressembler plus. Et à terme, on a cette publicité récente de Gaz de France : une voix lisse et sans vibrato qui fait des mélismes. Donc une voix hors sol au goût sauvage. Donc trad, quelque part. Notre trad à nous.

Quand on en cause, je me réfère toujours à Bartok et Henderson. Je prétends que je m’en suis nourri, ça me donne une sacrée plus-value de crédibilité. D’ailleurs je fais bien voir que j’ai tous leurs enregistrements dans ma discothèque. Sauf que, soyons franc : je les écoute moins que je ne m’écoute. Ça me permet de m’entendre. Avec tout le monde.

Bien sûr, il y aurait une alternative à mon imposture et je la vois très bien. Ce serait de renoncer à l’imagerie. D’en faire table rase, pour repartir de Bartok et Henderson. De me rééduquer. En cherchant à comprendre ce que ces musiques-là sont pour elles-mêmes. Au risque d’acquiescer à quelque chose qui n’est pas moi. Si je fais ça, je vais devenir un connaisseur (prononcer “un puriste“). Ça va me marginaliser. Me couper d’autrui. On ironisera sur mon élitisme.

Du coup je préfère en rester à l’imagerie. Elle convient à tout le monde, nourrit les communions, les partages, la bonne entente. Tout en validant mon passeport exotique, lequel me donne droit d’entrée et permis de séjour dans les rêves de mes semblables. Ça permet d’exister en tant que soi-même. Donc ça gaze. Mais de France.