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Des mondes de musiques

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Ethnotest

Les mots sans les choses

Epistemologix

Dans les médias, tout entretien passe par des étapes obligées, de formulation immuable et qui structurent une connivence entre le journaliste et son invité.

Le premier pas, qui revient au journaliste, consiste à proposer diverses fautes de français. Par exemple : “ - monsieur Machin, ne m’en voulez pas de poser la question, mais est-ce que la littérature est-elle encore possible aujourd’hui ? Comment vous répondez à cette question ? “. La réponse commence généralement par “écoutez“. Exemple : “ - écoutez, je suis heureux que vous me posiez la question“. Quand le journaliste reprend la parole, c’est pour dire “alors justement“. Exemple : “ – alors justement, comment vous définissez la littérature ?“. Réponse : “ – écoutez, tout dépend de ce qu’on entend par là“. Question : “ – alors justement, qu’est-ce que doit-on entendre par là ?“.

C’est ça l’essentiel du dialogue. Le reste n’est que tissu conjonctif. Flatulence explétive. Surimi éphelcystique. Excédent de bagage. C’est-à-dire, dans le meilleur des cas, un remplissage jalonné par “en fait“, “voilà“, “après“, “clairement“. Dans le pire, par “c’est juste magique“, “c’est génial“, “j’adore“ et “j’étais mort de rire“ – à noter que ce dont on parle n’est jamais magique, jamais génial, qu’on n’adore que dalle et que le comique présumé (systématiquement rebaptisé “humour“) est rien moins qu’évident.

Bref, on touille du vide.

Sur France culture, d’accord, quand on vous parle des contractions aneurales chez les sélaciens, il y a moins de vide à touiller. Et quand c’est le cas, on ne fait pas ça avec des doigts sales. On sort l’argenterie : on remplace “quelque part“ par “ d’une certaine manière“, “je crois“ par “me semble-t-il“ et “ disons“ par “ j’allais presque dire“.

En tous cas, la conclusion, c’est toujours “monsieur Machin, merci“, à quoi Machin répond “merci à vous“. Donc merci de me remercier. Exeunt “je vous en prie“, “il n’y a pas de quoi“, voire “de rien“, sortis d’usage médiatique. Parce que hors des médias, on répond à “merci“ par “pas de souci“.

A travers tout ça, le langage devient un trousseau de clés qui n’ont plus de serrures à ouvrir. Des passepartouts qui ne mènent nulle part. A noter que la déconnection de l’encéphale débranche aussi le cœur : à “je t’aime“, on répond mécaniquement “je t’aime aussi“ (en américain “I love You too“ – en anglais je ne sais pas). Ça sort tout seul, il n’y a pas de plan B.

Ce qui est génial là-dedans, - moi j’adore, c’est juste magique -, c’est que moins on a de mots, moins on a à dire ; et que par suite, plus on parle et moins on pense. Du coup on échappe à l’élitisme culturel prout-prout. Les mots prennent le sens que leur octroie notre démission intellectuelle, ce qui permet de dialoguer avec tous ceux qui ne les comprennent pas : on opine du bonnet d’âne quand une journaliste nous informe que “Bernard Tapie a détourné des millions à son détriment“ et que “c’était sans compter avec la justice“. Et on récidive quand Macron nous assène qu’il faut “en tirer les conséquences“ et que “c’est de cela dont nous parlons“. Après quoi il n’y a plus qu’à rappeler à Finkielkraut qu’on est en France. Donc chez nous. Ce qui suggère que pas lui. Même s’il reste l’un des derniers à parler la langue. Parce qu’en fait le problème, c’est que voilà... Après, chacun en pense ce qu’il veut, c’est clairement une problématique de liberté, quelque part. Foin de l’intolérance ! L’intolérant, c’est le type qui ne pense pas comme moi. Donc qui pense. Mais comme la plupart des gens pensent comme moi, puisque je pense comme eux, les intolérants de ce type sont en voie de disparition et vous ne prendrez aucun risque en les attaquant sur Facebook : ils n’en auront pas connaissance. Vous avez donc peu de chances de les rencontrer.