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Des mondes de musiques

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Les sous-titres, c’est à double tranchant.

Les sous-titres, c’est à double tranchant. D’un côté ils permettent de saisir ce que la bande son rend inintelligible. Mais d’un autre côté, déchiffrer les sous-titres – qui s’affichent volontiers en blanc sur blanc -, c’est perdre de vue l’image. Vous ne savez plus si le gars qui cause, c’est Delon ou Depardieu. Autant lire un bouquin. Ou au contraire se taper du muet. Si vous parvenez à avoir un œil sur l’image et un autre sur le texte, vous constatez que le sous-titre dit souvent autre chose que la bande son. Dans Cartouche, par exemple, Claudia Cardinale dit à Belmondo ; “je t’aime, Cartouche“. Et Belmondo répond : “normal“. J’ai revu le film en Allemagne. On entend “ich liebe dich, Cartouche“. Réponse de Bébel : “das will ich aber hoffen ! “ Linguistiquement, ça fait un peu tour de Bébel. Mais sémantiquement, c’est acceptable. Sauf que visuellement, Belmondo continue de parler après que sa bouche se soit refermée. Ça fait ventriloque. Ça enrichit le personnage. Tant mieux.

Moi, je rêve d’un film parlant français et sous-titré en français. D’abord parce que beaucoup d’acteurs nous grommellent des borborygmes inidentifiables, par souci de se démarquer de toute diction théâtrale. D’où la nécessité des sous-titres. Exemple : vous entendez “elle vient d’écorcher sa mère“. Et vous lisez : “elle vit encore chez sa mère“. Variante : “son mec la ramone beaucoup“. Sous-titre : “son mec la ramène beaucoup“. Variante : “elle a cessé de pétasser son tas d’margarine“. Sous-titre : “elle a cessé de potasser son Trad Magazine“. Et quand vous lisez que BB ne connaît plus personne en Harley Davidson, vous aviez cru comprendre qu’elle ne connaissait plus personne à part les Davidson. Et c’est comme ça qu’on finit par prendre Vadim pour Bergman. Ce qui est dommage. Au moins pour l’un des deux.

 Mais surtout, le sous-titrage en français d’un film parlant français aurait un autre avantage : ça permettrait d’entendre ce que dit le mec, tout en lisant ce qu’il pense en le disant (ça marche aussi si le mec est une nana). Parce que les gens disent souvent le contraire de ce qu’ils pensent. Ça s’appelle mentir. C’est très vilain. Par exemple, quand un politicien vous dit : “je n’ai aucune ambition personnelle, à chaque jour suffit sa peine, laissez-nous travailler, nous avons suffisamment à faire avec le bilan catastrophique que nous a laissé l’opposition. Cela dit, s’il s’avérait que le pays avait besoin de moi, je pourrais céder à l’amicale pression de mon entourage“. Là, chaque phrase aurait besoin d’un sous-titre. Ou quand un danseur de ballet contemporain vous dit qu’il adore la danse traditionnelle. Un tel éclairage réciproque du son et du sens, ça aurait sûrement plu à Brecht. Malheureusement ce génial auteur n’est plus en état de nous sous-titrer quoi que ce soit.

Vous me direz : le Moyen Âge s’est complu à la chanson de geste. D’accord, mais ça ne l’a pas empêché de joindre le geste à la parole. Enlevez le texte, qu’est-ce qui reste de la Chanson de Roland ? Même pas le son du cor. La chanson de geste y perd toute sa saveur. Sauf Guillaume d’Orange, mais là, comme le titre l’indique, c’est plutôt une chanson de zeste.

Notre revivalisme manque de sous-titres. Comment deviner qu’un Celte, c’est un gars qui passe ses vacances à Perros-Guirec ? Que Brocéliande, s’appelle en réalité Paimpont ? Que tradition vivante signifie revivalisme, compétence notoriété et que faire de la recherche, c’est cliquer sur Wikipédia ? Autant de cas où l’on gagne à couper le son. Ou à se boucher les oreilles. Pour ouvrir l’œil. Cela dit, le sous-titre a un grave inconvénient : il suppose qu’on sait lire. A l’heure actuelle, c’est pas gagné. Raison pour laquelle sans doute tout le cinéma qu’on se fait se veut en VO. Alors qu’il ne l’est pas.