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Des mondes de musiques

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Ethnotest

Le fan-dingo

Epistémologix

Dans un Rapport sur la danse traditionnelle – dont l’auteur gagne à rester méconnu, – je lis que le fandango, “on le trouve au Pays basque espagnol et français“.

 

Déjà, côté formulation, c’est maladroit. Il faudrait dire : “on le trouve au Pays basque, tant sur le versant nord que sur le versant sud“. En plus, ça fait bizarre de dire “espagnol et français“, plutôt que “français et espagnol“ : on a l’impression que l’Espagne aurait comme une priorité. Mais c’est surtout sur le fond qu’on s’indigne. Qu’est-ce que c’est que cet ostracisme chauvin ? Le fandango, ça se danse partout. En Bourbonnais notamment. Surtout l’été. A Paris, du côté de Brétigny, Ris-Orangis – un peu moins sur les quais de Seine. A Brest, vers le quartier Saint-Marc ou à Saint-Pierre Quilbignon. Ça fait fureur en Italie, le fandango, à Milan, Turin, Vialfrè, Savone, Brescia, Padoue, Vérone. En Allemagne, de Freiburg à Berlin, en passant par Wangen et Stuttgart. Ça se danse à Boston, ça se danse à Tokyo. Arrêtez-moi si je me trompe. Et allez voir sur place : le fandango, on le trouve partout, c’est un fait, c’est acté, point.

Alors d’où vient cet aveuglement du Rapport sur la danse traditionnelle, dont l’ignorance confine à la mauvaise foi ? Il est dû à une posture passéiste idéologiquement réductrice : il consiste à occulter l’évolution d’une tradition vivante, qui a diffusé le fandango de par sa vitalité pérenne, le métissant parfois à la polka, à la gigouillette ou à une gestique animalière inspirée des tressautements de la grenouille spinale. L’idéologue passéiste refuse d’envisager cette évolution traditionnelle du fandango, décidant arbitrairement de l’arrêter à un moment reculé de son histoire, considéré comme seul légitime.

Tant qu’à faire, on pourrait pousser l’absurdité plus loin. Revenir encore plus en arrière. On dirait alors que le fandango est une danse du versant sud du Pays basque. Une danse espagnole, quoi, comme la jota ou la muneira. Qu’en fin de tradition, on la voit gagner le Labourd. Puis une partie de la Basse Navarre, plus tard. Donc le versant nord du Pays basque, mais en épargnant la Soule, curieusement. Avant aujourd’hui. Un peu comme la Sardane, qui joue les touristes en Roussillon, versant nord de la Catalogne. Au point que le prochain Rapport sur la danse traditionnelle risque de prendre la Sardane pour une danse catalane.

Parce que de deux choses l’une : soit on situe la danse traditionnelle dans des contextes disparus ; soit on considère que la pratique actuelle continue d’être traditionnelle. Il faut choisir, mes lapins. On ne peut pas avoir un peu du beurre et un peu de l’argent du beurre, au gré d’un go between complaisant qui vous privatise la tartine nutritive pendant que vous revendez du hamburger aux gogos du Macdo. Ni s’infantiliser en gamin doté d’un “sixième sens“ qui lui fait voir bien vivants des gens qui sont morts, alors que les adultes, eux, les fleurissent au cimetière.