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Des mondes de musiques

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Festival d'art de Huy (Belgique)

Musiques et Voix du Monde 2019

Etienne Bours Festival d'art de Huy (Belgique)

Curieux quand même cette idée d’écrire sur ce qui est vu, au lieu d’écrire sur ce qui est à voir. A moins d’avoir vu ce qui est à voir et d’inviter le curieux à suivre la piste. Lorsqu’il s’agit de parler d’un festival qui vient de vivre son édition annuelle, l’attente sera longue avant la réédition mais certains artistes vus pourraient être à voir en d’autres lieux, sur d’autres pistes. A vous de voir !

Huy est le nom d’une petite ville en bord de Meuse en Belgique. Grande place digne de ce nom, petite place bien dissimulée derrière sa grande sœur, ruelles anciennes pavées de bonnes sensations, ancien fort qui domine le fleuve… la ville a plus d’un écrin pour proposer des événements dignes de porter le nom de festival. Y compris cette petite église que d’anciens adorateurs de Dieu édifièrent à saint Mengold, patron de la ville. Le lieu, aujourd’hui désacralisé, a trouvé une nouvelle spiritualité grâce aux concerts qui s’y donnent en ce festival. Organisation peu banale qui mérite un mot d’explication. Ici point de chapiteau, point de foule bigarrée entassée dans un camping pendant trois jours qui s’étirent comme autant de nuits de 48 heures, pas la moindre star à l’horizon, pas de sono fracassante, pas de files au bar ou aux points de vente nourriture. Le lieu est petit, convivial, concentré, et n’accueille guère plus de quelque chose comme 180 personnes à chaque concert. Le tout réparti sur cinq jours avec deux concerts par soirée et quelques animations ou autres événements (concerts compris) organisés durant la journée, soit seize rencontres en tout pour cette dernière édition. Festival atypique en d’autres termes. On s’y rend pour écouter de la musique, voire pour rencontrer des musiciens et chanteurs qui partagent le pavé de la petite place avec le public avant ou après le concert. Etonnant, non ? Si ! enfin Huy puisque voilà un festival où l’on ne se rend pas pour faire la fête, selon l’expression consacrée depuis quelques années, voire quelques décennies. On s’y rend pour la musique. Musique que l’on connaît déjà ou, bien souvent, que l’on a envie de découvrir. Les musiciens qui s’y sont produits ne s’y trompent pas, ils ne demandent qu’à revenir. Tant l’écoute est attentive, tant l’ambiance est bonne, tant le concept est rare. Au fond, tout est dit. Préparez vos agendas pour le mois d’août de l’année prochaine et allez donc à Huy.

Manu Hermia, Ariane Cohen, Jefferson Louvat, Laila Amezian, Didier Laloy, Stephan Pougin, Robbe Kieckens, Jacques Stotzem, Sylvain Barou et Maryam Chemirani
Puis les 2 oud: Tristan Driessens et Karim Baggili

Quelques arguments en plus ? Soit mais juste quelques exemples des concerts que nous avons la chance d’y voir et entendre ces derniers jours. La palme revient sans hésiter au projet de Keyvan Chemirani intitulé Hâl. Il a réuni son frère Bijan, sa sœur Maryam et le flûtiste, bien plus que flûtiste, Sylvain Barou pour un voyage d’est en ouest. Percussions, saz, santur, flûtes, duduk… et la formidable maîtrise vocale de Maryam Chemirani – et quand je dis maîtrise, je veux dire ouverture, émotion et humble retenue – le tout pour suivre un périple d’Iran en Inde en passant par les traditions de Bretagne, Irlande ou Ecosse. Sans jamais donner l’impression de vouloir à tout prix créer un métissage à la mode. Tout simplement une juste envolée humaine par-delà les frontières. A voir et revoir.

Maryam Chemirani, Sylvain Barou

Puis on y vit, tant qu’à parler d’une certaine celtitude, un certain Ronan Le Bars, plus certain que jamais dans son répertoire, sa dextérité et le choix de ses comparses : Nicolas Quemener, Pierre Stephan, Julien Stevenin et Aymeric Le Martelot. Sans commentaires, ils savent d’où ils viennent, ils savent où ils vont et nous pouvons les suivre, d’autant que Ronan Le Bars ne se fait pas avare de commentaires sur l’origine des titres joués. On notera aussi une sacrée soirée en hommage à l’émission « Le monde est un village » programmée et présentée sur les ondes nationales de la RTBF depuis vingt par Didier Mélon. En deux concerts d’une heure et demie, on vit défiler sur scène une quinzaine de musiciens des scènes trad, folk ou jazz du petit pays de Tintin. Et l’on s’est dit, sans tomber dans un chauvinisme béat (à la parisienne ?), que nous avons une sacrée chance d’avoir en Belgique tant de bons musiciens.

Didier Mélon, Emmanuelle Greindl, Sarah Pire

La cerise sur le gâteau de ce concert anniversaire fut sans conteste un magnifique dialogue entre l’oud de Tristan Driessens, les percussions de Robbe Kieckens, le saz d’Emre Gültekin, la voix de la chanteuse Baul Malabika Brahma, les sax ou flûtes de Manu Hermia et, invité surprise, le duduk de Sylvain Barou – lequel a rencontré les autres pour la première fois le jour même. Les uns et les autres échangeant sans la moindre prétention, dans une écoute parfaite et dans un plaisir manifestement partagé sur des chemins musicaux explorés en harmonie. Le public suivait en silence, voire en extase discrète. Que ces quelques exemples vous suffisent pour dire à quel point ce festival est un rendez-vous important dans la petite Wallonie. D’autant plus important qu’on ne peut dire que cette manifestation jouisse d’un grand soutien : les subventions ne sont pas à la hauteur de l’événement, loin de là, et la presse quotidienne n’y comprend manifestement pas grand chose. On préfère évidemment parler des festivals mastodontes qui rassemblent des dizaines de milliers de festivaliers. Qu’à cela ne tienne, vous savez maintenant que faire dans la deuxième quinzaine du mois d’août 2020.

Sylvain Barou, Robbe Kieckens, Tristan Driessens

Photos de Jean Luc Goffinet