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Des mondes de musiques

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L’autoharpe

Dominique Maroutian

Née au 19 ème siècle en Europe, l’autoharpe fait partie de ces instruments qui vont croître et multiplier aux Etats-Unis .

Là, elle va s’épanouir, se transformer et prendre une place importante dans la musique traditionnelle. Mais d’où vient ce curieux instrument qui tient autant de la cithare que de la boîte à couture ? Un petit historique s’impose.

L’instrument est un des derniers descendants de la très grande famille des cithares. Les cithares sont très répandues sur la planète. Il en existe en Europe, en Afrique, en Asie, en Amérique. Elles se répartissent en plusieurs branches : monocorde ou à cordes multiples, sur bâton, sur radeau de bambou, sur caisse de bois,.. elles peuvent avoir des cordes en fibre végétale, en boyau, en nylon, en métal, ..

Les techniques de jeu sont également très variées. La plupart du temps, les cordes sont pincées mais peuvent aussi être frappées (cymbalum, hammered dulcimer). Les cithares sont conçues pour être jouées « à plat » sur une table ou sur le sol. Autre distinction, les cordes peuvent être jouées à vide ou sur une touche ou dans une combinaison à vide et frettées. Typiquement, pour les cithares à vide, on peut citer le koto japonais ou le kanoun du moyen orient, la technique de jeu va s’apparenter à celle d’une harpe jouée à plat. Dans ces deux exemples, on a en plus des systèmes de chevalets mobiles ou de pression sur les cordes qui permettent de moduler le son vers les quarts et huitièmes de tons !


Avec l’ajout de séries de cordes formant un accord, le style va évoluer vers une polyphonie : mélodie /accompagnement (en bourdons ou en accords).


 

Puis on a ajouté une touche simple comme sur l’épinette des Vosges ou le dulcimer ou, plus complexe, sur la cithare autrichienne ou d’Ukraine.

 

Dulcimer


Cithare autrichienne ou diabolik teknik !!


Bien, mais et l’autoharpe on y vient ou pas ? Eh bien oui, on y arrive. Si l’on excepte les dulcimers et les épinettes, les cithares polycordes ont un point commun : leur extraordinaire complexité. Le koto et le kanoun avec leurs multiples cordes, leurs chevalets mobiles, la cithare simple avec accords, et surtout la cithare autrichienne demandent une dextérité redoutable que seul un travail patient et intense permet d’obtenir. Paradoxalement c’est certainement ce qui a donné l’idée de créer l’autoharpe. Comment simplifier cette cithare si complexe, si difficile ? Une gageure ! C’est le défi qu’ont relevé plusieurs luthiers autrichiens et allemands. Après quelques balbutiements et essais, c’est un Allemand dénommé Karl August Gütter qui invente l’autoharpe qui va s’appeler Volkszither ou cithare populaire.

 

L’instrument a la forme d’un trapèze comme la cithare simple à accords. Ce ne sont plus les doigts qui choisissent ou étouffent les cordes mais un système de lames munies de feutre (comme celui qu’on trouve sur les marteaux d’un piano). On appuie sur un bouton et les feutres bloquent les cordes n’appartenant pas à l’accord. En relâchant le bouton, la barre rappelée par des ressorts libère les cordes étouffées. Trois accords majeurs et une vingtaine de cordes équipent les tout premiers instruments. Ironie ou cruauté de l’histoire, on a souvent attribué à un autre l’invention de l’instrument : Charles F. Zimmerman, un autre Allemand émigré aux Etats-Unis !! L’instrument dont il a déposé le brevet ne ressemble que de façon lointaine à celui de Gütter. Il y a eu beaucoup de spéculations sur les différents brevets déposés pour l’instrument. Les concurrences et rivalités furent nombreuses alors que se développaient en Europe et aux Etats-Unis les ventes sur catalogue.

C’est bien l’instrument imaginé par KA Gütter qui est à l’origine de tous les autoharpes que nous connaissons aujourd’hui. Cet inventeur oublié partage le sort de Charles Cros, qui a réalisé le premier phonographe, invention attribuée abusivement à Edison !!

Puis les versions vont se succéder trois, six, douze accords jusqu ‘aux 12, 15 et 21 accords des autoharpes modernes. Les cordes vont également se multiplier sans jamais atteindre cependant les quelques quarante cinq cordes des cithares autrichiennes.

 

Autoharp Dolgeno

Maman et son autoharpe

Premiers « virtuoses » :

Stoneman

 

 

Kilby Snow

Dans les années 20 du siècle dernier, Pope Stoneman enregistre les premiers morceaux où il joue la mélodie en variant les accords. L’instrument est posé sur les genoux et on joue la mélodie en grattant les cordes de la main droite avec un plectre.

C’est également la technique qu’utilisera Kilby Snow, un garagiste gaucher au style très personnel et excellent chanteur.

Ernest Stoneman va enregistrer de nombreux titres contribuant à la diffusion de l’instrument à l’heure du développement de la radio et du disque.

S’il faut retenir un nom de groupe qui a popularisé l’autoharp c’est bien la Carter Family. Maybelle Carter y tenait la guitare (une grosse Gibson L5) et sa cousine Sarah… l’autoharpe (un six accords) qu’elle tenait sur ses genoux en jouant à droite des feutres sur la partie proche du cordier. Un style qu’elle conservera toute sa vie adoptant même la déclinaison « guitaristique » de l’autoharpe, le guitaro ! Le style de musique de la Carter family convenait très bien à l’instrument, la quasi-totalité des chansons qu’ils interprétaient ne nécessitaient que deux ou trois accords.

 

Plus tard, on va tenir l’instrument contre la joue. Maybelle Carter a enregistré plusieurs titres avec cette technique où on frotte la partie la plus longue des cordes au dessus des barres.

L’instrument a également été utilisé dans les écoles pour initier les enfants à l’harmonie. Il n’était pas rare de solliciter deux enfants pour jouer de l’autoharpe. L’un appuyant sur les touches et l’autre grattant les cordes.

 

Graeme Allwright

Dans les années 70 l’autoharpe va être popularisée en France par Hugues Aufray et Graeme Allwright .
Tout le monde du folk US en joue ou presque.

Bob Dylan et Joan Baez

Même jouée avec une technique correcte l’autoharpe a cependant un petit défaut ; l’effet « scroutch scroutch » produit par les cordes étouffées, ajoutons à cela certaines harmoniques parasites. Pour obtenir un son plus plein et harmonieux on a créé des autoharpes diatoniques. Ces dernières ne jouent qu’en une ou deux tonalités : DO/SOL .. RE/LA . Si l’autoharpe chromatique avec 21 accords peut jouer dans sept tonalités, ses cordes adjacentes sont le plus souvent accordées par demi-tons. Avec la version diatonique plusieurs cordes adjacentes sont à l’unisson do-do ré-ré, sol-sol, etc… On ajoute même des « lock bars » pour étouffer les cordes « étrangères » à la tonalité choisie. Le son est plus riche, plus harmonieux, particulièrement adapté à l’interprétation des airs de danse.

 

La musique irlandaise peut être de la partie :

 

Autre inconvénient de l’instrument (en plus de son long accordage), son volume assez faible qui le condamne aux oubliettes dans des formations orchestrales. L’ajout assez récent d’un micro piezo permet de pallier ce désavantage. Il existe donc des autoharpes avec micro et accordeur intégrés.

Plus sophistiqués encore certains modèles sont conçus pour favoriser les combinaisons de touches mais la simplicité de l’instrument y est quelque peu sacrifiée.

Quels musiciens écouter à l’autoharpe ?

Ils sont légions, il suffit de saisir autoharp dans un moteur de recherche ou sur You Tube et de multiples vidéos seront disponibles. Néanmoins on recommandera l’écoute de Mike Seeger, Kilby Snow, Ernest Stoneman, Maybelle et June Carter, Jo Ann Smith, et si l’on veut entendre une chanteuse française qui fait dans le joli en s’accompagnant à l’autoharpe : Pomme.

Acheter une autoharpe ?

L’autoharpe était très en vogue dans les années 70 à 80, beaucoup de jeunes d’alors, maintenant bien plus âgés, en ont acquis, aussi, bien des instruments de cette époque sont maintenant abandonnés et peuvent être acquis à vil prix sur e-Bay (100 à 150 € frais d’expédition compris). Neufs avec 21 accords il faut compter 5 à 600 €. Pour un instrument de lutherie avec fond et table massifs .. plusieurs milliers d’euros  et presque cinq si on veut une table et un fond… en fibre de carbone ! Soulignons également qu’il n’est pas trop difficile de modifier un autoharp chromatique en diatonique en s’aidant des nombreux didacticiels disponibles sur internet (en anglais).

La marque number one c’est Oscar Schmidt, jadis made in USA et maintenant made in China. Une autre marque, japonaise celle-là, fabriquée en Corée Chromaharp est parfois préférée par certains musiciens, affaire de goût. On en trouve à foison sur e-Bay des deux marques à 12, 15 et 21 accords.

Les spécialistes français mordus, passionnés et compétents .

Deux noms incontournables JP Gripon (il doit posséder une quinzaine de modèles) et Bernard Saintagne qui joue et fabrique des autoharpes.

https://aegc-bluegrass.org/index.php/component/contact/contact/14-bureau-aegc/1?Itemid=101

Mentionnons également Patrik Couton et Frédéric Dubois : https://www.autoharp.fr/

 Pour les passionnés une revue trimestrielle est éditée aux Etats Unis : Autoharp Quaterly.

Enfin on peut également préférer une histoire un peu moins sérieuse concernant la genèse de l’instrument :