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Des mondes de musiques

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Le trio Tarare

Une musique à danser lumineuse, et inventive !

Gérard Viel

Rencontre avec trio Tarare, qui a sorti un album  le 22 Septembre 2017,  composé de jeunes musiciens bretons et normands, qui ont véritable projet artistique basé à 100% autour d’instruments acoustiques et de compostions. Cette joyeuse équipe nous offre une musique a danser raffinée, dynamique et avec un souci du respect des danseurs. Le trio Tarare, est un groupe en devenir, qui sait ou il va, et qui est devenu en quelques années une référence dans le domaine du fest-noz.

 

 

Comment est né le trio Tarare ?

Nicolas : Le trio Tarare est né assez simplement de la rencontre entre les musiciens de deux formations musicales dont faisait partie Nicolas, « les BreizhIliens », groupe de fest-noz des Côtes d'Armor dans lequel jouait Manon, et « Les Round'baleurs », groupe de bal folk de Normandie dans lequel jouait également Lucie. De fait, nous avons été amenés à jouer ensemble régulièrement en session de musique irlandaise et dans les différents festivals de musique traditionnelle. Chacun des compositions en réserve que nous ne souhaitions pas forcément jouer avec les formations existantes et avons commencé à travailler ensemble...et les premiers souffles du trio Tarare sont nés !

Que veut dire le nom de votre trio ? Et le titre de votre album « Ventouere » ?

Nicolas :Exercice toujours difficile que celui de trouver un nom de groupe qui plaise à tous les membres du groupe et qui ait un sens pour tous... Pour cela nous avons été bien aidés par Marcel, le père de Manon et Nicolas, qui est agriculteur. Il nous fit remarquer que nous étions trois instruments à vent et nous proposa le nom d'un vieil outil agricole servant au nettoyage des grains de blés après les battages et dont le fonctionnement est basé sur un système de ventilation. Pour anecdote, il nous proposa d'abord le mot « ventouere », qui est le mot utilisé à Saint-Alban (22) en langue Gallèse. Il nous appris ensuite le mot français : Tarare. On a finalement opté pour le nom « Trio Tarare » qui sonnait mieux et envoyait plus de steak ! En souvenir de l'anecdote, nous avons tout naturellement décidé d'appeler l'album « Ventouere ».

Comment s’est faite l’éduction musicale des membres du trio ?

Manon : J’ai commencé l’accordéon à 6 ans. L’association La Bouèze à Fréhel m’a alors fait aimer l’instrument et découvrir les musiques traditionnelles de haute Bretagne, en cours collectif « à l’oreille ». J’ai ensuite travaillé en autodidacte d’autres répertoires traditionnels, en faisant des stages, en jouant en fest-noz, en voyageant, notamment en Irlande où j’ai passé 6 mois dans le cadre de mes études.

Nicolas : Pour ma part, j'ai commencé à danser au cercle celtique « Fleur D'Aulne » de St Alban à l'âge de 8 ans, et ce pendant 15 années. En parallèle, j'ai commencé la bombarde à 11 ans toujours au sein du Cercle Celtique avec Stéphane Mahé. Il m'a enseigné la musique bretonne, et m'a surtout transmis sa passion pour les musiques traditionnelles en général en me faisant écouter des groupes tels que Barzaz, Altan, Bratsch, Kathryn Tickell, c'est avec lui que j'ai vécu mon premier « Saint-Chartier » en 1999...Pris par le virus, j'ai alors continué à explorer ces musiques avec curiosité aux travers de stages de musiques, de festivals et de voyages.

Lucie : L'éducation musicale pour moi c'est aussi la variété de styles de musiques qu'on peut écouter, qui nous ont nourris musicalement et donc qui ont aussi une influence sur notre manière de jouer et de ressentir la musique. On a tous une relation privilégiée avec l'Irlande par exemple, et en ce qui me concerne, c'est vraiment les musiques du Pérou et de Scandinavie, et le jazz qui ont marqué mes jeunes années de musicienne. Il y a aussi la relation à la danse qui est très importante : on est tous les trois arrivés à la musique par la danse et j'ai du mal à m'imaginer jouer et composer autrement que pour la danse.

Comment pourriez-vous définir la musique de Tarare ?

Manon : Une évasion de l’esprit ! La plupart des musiques de Ventouère sont des compositions. Nous nous efforçons, dans la mise en valeur de nos thèmes, de respecter le terroir d’origine de chaque danse : une fois le rythme posé, l’harmonie avec les danseurs se crée : nous pouvons alors les emmener voyager dans notre imaginaire !

Lucie : On est un tarare en mouvement ! J'aime bien aussi l'idée d'une musique fusionnelle, parce que parfois je sens que nos trois instruments n'en font plus qu'un, on aime en effet jouer sur les unissons tout en se laissant quand même la parole. Comme l'outil agricole, chacun d'entre nous est un rouage de la machine à faire danser.

Comment travaillez vous les compositions de votre répertoire, ainsi que les arrangements ?

Manon : Dans la plupart des cas, l’un d’entre nous propose un morceau puis nous le travaillons ensemble : en le répétant, des modulations et improvisations viennent progressivement, celles qui nous plaisent deviennent des « arrangements ».

Nicolas : Le thème de base est apporté par l'un d'entre nous. Au départ, on a donc un gros tas de glaise au milieu de la salle de répétition et chacun apporte ses idées pour façonner celui-ci au fur et à mesure des répétitions afin d'aboutir à une sculpture qui nous plaise et nous ressemble!

Vous n’avez pas peur de passer pour « trop académique » avec votre choix : accordéon, clarinette et flûte traversière?

Manon : La plupart des groupes de fest-noz à succès des 10 dernières années comportent une base rythmique forte : guitares, basses, batteries, cajon, et sont aujourd’hui très appréciés par le public. Nous cherchons à séduire l’oreille de nos danseurs différemment. D’une part nous leur proposons de ressentir le rythme d’une autre manière, au travers d’une mélodie fortement mise en valeur et dont les temps sont habilement marqués. D’autre part, l’accompagnement d’un morceau n’est pas systématiquement délégué à l’accordéoniste : les deuxièmes/troisièmes voix flûtes et clarinette permettent de proposer au public une approche originale de l’harmonisation de morceaux d’inspiration traditionnelle.

Lucie : Moi je ne sais pas trop ce que ça veut dire « académique »... Mais ce que je trouve intéressant dans notre trio, c'est que nous avons deux instruments chromatiques, la clarinette et la flûte, et un instrument diatonique, l'accordéon en sol/do. Ça soulève parfois quelques débats notamment pour des tonalités comme le Fa# mineur où l'accordéon n'a pas les basses. Surtout au tout début où Manon jouait sur un 2 rangs 6 basses. Cela aurait pu conditionner le son du trio mais nous avons j fait le choix de ne pas transposer ou d'adapter les mélodies à l'instrument mais l'inverse. D'où un jeu sur les nuances avec la clarinette et la flûte qui comme le dit Manon s'occupent parfois de l'harmonie et de la rythmique pendant que l'accordéon s'occupe de la mélodie.

Nicolas : Je suis dans le même cas que Lucie, je ne sais pas ce que veut dire « académique ». L'instrumentarium peut donner une vague idée de la couleur de la musique qui sera produite par le groupe mais cela ne fait pas tout. L'enjeu pour les musiciens est alors de surprendre les danseurs !

Quel regard portez vous sur le « nouveau fest-noz » avec l’arrivée des « machines », des cuivres, ou autres instruments contemporains ?

Manon : D’un bon œil bien sûr ! La plus grande force des traditions bretonnes est leur capacité d’évolution et d’adaptation. L’important est d’avoir l’expérience suffisante pour distinguer la limite entre l’ornementation et la déformation.

Lucie : Je ne sais pas pourquoi on parle de « nouveau fest-noz ». La musique traditionnelle évolue et vit dans son époque. Donc elle se nourrit de tout ce qui se fait autour ! Parler de « nouveau », ça crée une opposition avec un « avant » dont on sait pas trop à quoi il fait référence. Les musiques « traditionnelles», c'est un mouvement, qui se transmet, se transforme surtout. Et c'est cela qui est intéressant. En ce qui me concerne, je suis dans une phase où j'aime aller à l'essentiel, deux mélodistes et zou ! ça danse. Ce qui m'inquiète un peu parfois, c'est plutôt l'uniformisation des sonorités, j'ai l'impression parfois que l'on oublie (moi la première à une époque) que la musique acoustique sans chichi ni tralala, c'est beau aussi et ça peut nous transporter très loin.

Nicolas :Ah, Ah !!! Alors, je joue de la clarinette dite « contemporaine », équipée d'un système boehm qui existe depuis 1839 dans le cadre de fêtes « Revivalistes » («  Fest Noz » cf Wikipedia) qui existent depuis les années 1950 et ou l'on me met souvent sous le nez des transducteurs électroacoustiques inventés par Emile Berliner en 1877...Bref, tout évolue avec son temps et la technologie apporte de nouvelles possibilités aux musiciens et tant mieux ! Je n'aime pas les choses figées donc je trouve plutôt bien que l'on essaie de créer de nouveaux sons à partir du moment ou cela ne s'uniformise pas. Pour ce qui est de ma pratique musicale personnelle, je cherche de plus en plus à « musiquer » léger et en formule tout terrain. Du coup, pas de câbles, d'ampli ni de machine mais cela ne n’empêche pas d'écouter et d'apprécier ceux qui les manipulent avec adresse !

Quel est votre sentiment sur les musiques trad. et leur avenir en France ?

Manon : Sans aucune hésitation : elles ont un bel avenir devant elles !

Lucie : Tant qu'il y a des musiciens pour jouer ces musiques, je ne suis pas inquiète pour leur avenir ! Je suis vraiment contente par exemple qu'une Fédération des Musiques Traditionnelles ait enfin vu le jour en Normandie l'année dernière ! Parce qu'au delà de l'ancrage à un territoire, c'est évidemment tout un état d'esprit et un mode de vie qui est véhiculé par ces musiques : le partage, le travail de l'oreille et de l'écoute, la relation à la danse et donc au corps, un certain éloge de la lenteur et de la simplicité aussi. Mais le défi que nous devons relever maintenant, c'est de faire vivre ces musiques et ces danses dans un contexte économique très violent qui nous met en danger matériellement et culturellement. A nous musiciens de ne pas oublier pourquoi on joue cette musique, à nous organisateurs de nous souvenir que nous avons un rôle dans la diffusion et la transmission de ces musiques, à nous danseurs et auditeurs de continuer à fréquenter les bals et fest-noz, concerts, salles de spectacles, festivals... À nous tous de rester curieux, les yeux et les oreilles grande ouvertes.

Nicolas : Elles ont un grand avenir, a nous de le créer en évitant soigneusement de les mettre sous verre ou dans les armoires avec des boules à mites!

L'album Ventouere est sorti sur le label Ride On Music et avec une distribtuion chez Coop Breizh

 

Le trio Tarare est composé de :

Manon Gicquel  à l'accordéon diatonique

Nicolas Gicquel à la clarinette

Lucie Périer à la flûte traversière

 

Contatc : triotarare@gmail.com

Site web : https://tararetrio.jimdo.com/

Lien vidéo : https://youtu.be/6E5rcXcHCQ8