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Des mondes de musiques

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MELAINE FAVENNEC : Les bardes meurent mais leurs œuvres demeurent

Étienne Bours / Gérard Viel / Photos Dominique Le Guichaoua

Des vagues dans la tête, des embruns au fond des yeux 

Souvenirs formidables de ce voyage dans les Côtes-d’Armor au début des années 70. Ce n’était pas la première fois que je voyais la Bretagne, mais c’était la première fois que je l’écoutais. Jour après jour, de petits lieux en grandes salles, de cafés en jardins, nous allions écouter des chants, des histoires, des danses d’une population qui refusait l’assimilation, « l’uniformité du siècle… la vaste supercherie des anonymats » (Xavier Grall : Barde imaginé). Nous n’étions pas en France, nous étions en Bretagne. Et voilà mon tout premier fest-noz animé par Diaouled ar menez. Tout le monde danse et les Wallons que nous sommes deviennent cousins des Bretons. Au violon : un gars avec une tête peu banale, il s’appelle Melaine Favennec, un nom qui sent la bruyère, la gwerz et le varech. Un nom que je n’oublierai jamais puisque très vite je retrouverai son nom sur des vinyles de chansons. C’est que le violon ne pouvait pas lui suffire. Melaine chante, écrit, compose, joue de la guitare, peint, partage les écrits des poètes, traduit les idées des hommes de médecine de ce monde humain qui se perd dans l’inhumanité. Alors, de fil en aiguille,

Photo Dominique LE GUICHAOUA

Je le croiserai ici ou là. Il chantera chez nous au Festival du Temps des Cerises en 1976 dont les protagonistes (Bernard Gillain, Jean-Louis Sbille et Philippe Grombeer) me permettront d’entrer dans l’intimité de Melaine des années plus tard lorsque le chanteur reviendra sur les lieux pour témoigner d’une époque et des évolutions qui suivirent (voir le film « Du temps des cerises à Esperanzah ! L’espérance des lendemains, ce sont nos fêtes » de Bernard Gillain). Je rencontre alors un être humain avenant, ouvert, désireux de partager sa poésie, ses chansons, ses peintures… autant que celles des autres. Melaine et Marie (Le Lez) vivent au cœur du Finistère là où la Bretagne se coiffe d’embruns et de rayons de soleil entremêlés. Leur rendre visite valait tous les voyages de la terre ; on allait loin, on partait vers le passé, on envisageait l’avenir, on partageait le présent autour d’un poisson et d’un vin blanc. On parlait français entre Bretons et Wallons, ramassant les mots qui enjolivaient notre conversation comme on ramasse quelques beaux galets sur une longue plage de la baie d’Audierne. Melaine vient de quitter ce monde après l’avoir chanté de si belle manière qu’on ne pourra jamais l’oublier. Seul ou avec ses comparses Patrick Ewen et Gérard Delahaye, avec qui il avait créé la coopérative Névénoé, avec Clarisse Lavanant, Yvan Cassar, des bagadou, des jazzmen (Texier évidemment), des musiciens et chanteurs bretons de tous bons bords… Melaine a rempli sa vie et les nôtres avec un bonheur incroyable. Le voilà parti rejoindre Max Jabob qu’il chanta si bien, Elan Noir qui l’avait inspiré et puis ses amis Jacques Pellen, Soig Siberil, Erik Marchand, Gabriel Yacoub…
Ils s’en vont mais ne nous laissent pas l’esprit vide.
Etienne Bours

 Melaine Favennec, ce nom a toujours éveillé en moi des rêves d'évasion vers des contrées lointaines, jusqu'au jour où je l'ai croisé. Sa présence à mes côtés a métamorphosé ma journée ; Melaine émanait une sérénité et une force apaisante qui m'ont ouvert à de nouveaux horizons. Son regard éclatant et son sourire malicieux laissaient personne indifférente ; sa voix douce et calme résonnera dans mon esprit chaque fois que je penserai à lui.

Photo Dominique LE GUICHAOUA



Son esprit libre et sincère m’a permis d’avancer dans des univers culturels et artistiques loin des sentiers battus. Dans sa poésie, ses mots allaient à l’essentiel et tout le monde pouvait voyager avec lui. Sa discrétion et son authenticité étaient des forces qui nous transportaient là où le ciel rejoint la mer. Melaine, par son aura naturelle, dégageait la bonté, la tendresse et la quête perpétuelle de la fusion des mots qui s’aiment. Tu as toujours été fidèle à tes valeurs d’humanité et dans la recherche permanente de la fusion des rencontres  humaines et culturelles dans le respect de chacun.
Un grand merci, Melaine, pour l’ensemble de ton œuvre : poésies, chansons, musiques, textes, peintures ; tu resteras à jamais dans ma tête et dans mon âme. Je garde au fond de mon cœur le souvenir des moments partagés et avec des vagues dans la tête et des embruns au fond des yeux

Gérard Viel