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Des mondes de musiques

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Ma première rencontre avec Émile Vacher

Paris 1974.

Philippe Krümm

Je dois à Marcel Azzola - Immigré italien « Première génération », accordéoniste hors norme, légende de la musique, devenue de son vivant une expression populaire passée dans le vocabulaire français, le fameux « Chauffe Marcel ! »- Le fait d’avoir découvert l’œuvre d’Émile Vacher.

 

Marcel Azzola avec l'accordéon de Médard Ferrero - Photo Vicky Michaud

Pour revenir à cette incroyable expression elle est née lors de la séance mythique de l’enregistrement de Vesoul. Ce jour de septembre 1968 au studio de l’avenue Hoche à Paris, en deux prises, Marcel Azzola bouleversa les codes de l’accompagnement. Jacques Brel senti bien que son accordéoniste envoyait une musique révolutionnaire. « Chauffe ! Chauffe ! Marcel » l’expression allait passer à la postérité et l’accordéon rentrait brillement dans le 21 siècle. Jacques Brel voulu même nommer le Morceau « Azzola/Vesoul)

 

« Et d’ailleurs j’ai horreur

De tous les flonflons

De la valse musette

Et de l’accordéon… »

 

Marcel Azzola fut celui qui me réconcilia avec l’accordéon chromatique, le musette et la variété, simplement parce que c’est un musicien d’exception, un homme de passion, un gentleman : « Toi qui aime le diatonique tu dois forcement apprécier Émile Vacher ? ». Me dit il un jour de 1974. Et bien non ! Je ne connaissais pas cet Émile Vacher. Et pourquoi devais je aimer un musicien plus qu’un autre et particulièrement celui là ?

« Parce qu’il joue de l’accordéon diatonique. Enfin, il a un modèle particulier, un mixte »  « Et ou peux t’on l’entendre ? » « Oh ! Il est décédé en 69 mais il a enregistré de nombreux 78t ». Merci Monsieur Azzola je ne vous serai jamais assez reconnaissant pour m’avoir glissé ce nom à l’oreille.

Carte d'identité D'Émile Vacher - Collection Privée

Je ne savais strictement rien sur Émile Vacher mais quelque chose me disait que ce musicien allait changer beaucoup dans ma perception des musiques populaires. Alors, sans trainer, Quelques heures plus tard, je suis chez un marchand de disques d’occasion aux puces de St Ouen. Je recueille deux 78 tours d’Émile Vacher dans un état et un prix honorable. (4 faces : (1925) Odéon SP1412 La Montmartroise - SP1413 Plaisance-Fox et (1930) Odéon KL 3908 238.240 La java des p’tits pas – KL 3909 238.240 Mado.

Petit format du Maitre. Collection privée

Je retourne expressément à la maison. Je sors immédiatement le phonographe offert par mon grand père, (Henri Al, ancien clown professionnel reconverti comme dessinateur industriel à la Ratp) outil indispensable pour passer des rondelles si lourdes et si fragiles et surtout avec une vitesse de rotation jamais égalée, que les platines, sauf exception, même avant l’avènement du CD ne savaient plus faire chanter.

Après un petit nettoyage des deux galettes. Là, assis sur le parquet je me suis transporté dans les années 20 à Paris dans un bal musette. Voyage dans le temps devant un disque. Œuvre d’une technique révolutionnaire pour l’époque. Tout au long de mes voyages j’ai toujours recherché ces vieux enregistrements et si possible les premiers, ceux d’avant 1930. Les « premières cires », comme aiment à les appeler les passionnés, en référence aux cylindres les ayant précédés. Avec ces disques aussi fragiles que du verre, que de découvertes ! Avec ce son direct, on a vraiment l’impression d’être au contact des musiciens.

Ils sont enregistrés par de gens qui parfois se déplaçaient avec un incroyable matériel pour opérer ces gravures « in situ »… Des merveilles. Pour les amateurs déjà les étiquettes font rêver et voyager. Ecouter ces disques est un moment privilégié. On n’écoute pas un 78 tours comme on clic pour un faire sonner Itune  sur son Ipod.

L’écoute des vieilles galettes sera toujours pour moi une cérémonie. La cérémonie du 78T, dont le déroulement à ses codes. Il y a un ordre précis à respecter pour que le plaisir soit complet.

En voici une des recettes:

Prendre son phonographe.

Le placer au bon endroit dans un lieu confortable et acoustiquement intéressant – S’il ne l’est déjà –

Ouvrir le couvercle protecteur de la platine.

Mettre une aiguille neuve sur la tête de lecture. Une bonne lecture et le respect du disque exigent une aiguille neuve pour chaque face écoutée.

Poser le disque sur le plateau après l’avoir amoureusement caressé avec un doux linge.

Remonter le ressort à l’aide de la manivelle.

Lancer le dit plateau et… Quand il a atteint la bonne vitesse… poser délicatement la forte tête de lecture au début du sillon… Musique !

Les musiciens sont là, avec toutes leurs harmoniques. Les bruits parasites, quels bruits parasites ? Une passion je vous dis. On les oublie. Ils font même partie de l’histoire.

On est avec des musiciens de Paris ou du bout du monde. A cette époque pour eux aussi enregistrer un disque était comme une cérémonie. Un moment rare et important. Ils gravaient leurs musiques en une prise, tous ensemble. Pouvaient ils imaginer que 100 ans plus tard il y aurait des amateurs pour les écouter avec respect et passion.

Ce jour là, la platine tourna et Emile Vacher joua Mado, que pour moi.

Me voilà béat devant un disque 78 tours qui tourne. L’aiguille entreprenant un vertigineux voyage dans l’unique sillon, riche de promesses musicales et c’est Émile qui joue.

Emile Vacher, lui le précurseur il envoie une valse musette, Mado, un hommage à sa femme.

(Je ne savais pas encore qui était Mado…Ce sera quelques années plus tard une de mes grandes rencontres. Ma troisième grand-mère.) Il en est le compositeur. Il est le créateur du genre musette c’est écrit sur certaines étiquettes bleues au centre du disque.

Partout à travers le monde là où il y aura de l’accordéon, il y aura du musette. La musique populaire parisienne a suivi les routes de l’accordéon et est connu dans le monde entier, comme le tango qui a traversé les mers pour revenir sur l’ancien continent et à Paris dans les années 1920.

Le répertoire de l’accordéon circule au grès des voyages des musiciens et des réseaux de distribution des disques et des accordéons.

Les accordéonistes se reconnaissent, et admirent le style de l’autre. Styles qui peuvent au premier abord être difficiles à comprendre pour un « étranger ». Il y a très souvent un respect, une écoute de l’autre, une envie de découvrir, de comprendre comment dans un autre pays, un musicien, peut jouer un répertoire si différent avec le même instrument. Quand la rencontre et les échanges musicaux ont lieu avec l’accordéon, ces moments peuvent être magiques et intemporels. Découvrir que l’instrument sur lequel vous avez jeté votre dévolu a écrit de très beaux moments de son histoire dans la ville ou vous vivez et que vous ne le saviez pas, car oui il y a la musique officielle et celle de grande consommation qui occultent les autres. ( Je sais c’est trivial). Emile Vacher qui le connaît ? Il est pourtant un personnage important dans l’histoire de la musique française.

Il est tout simplement le créateur du genre musette. Le maitre de la valse, l’inventeur de la java. Un brillant interprète connu par des accordéonistes dans le monde entier. Partout sur les cinq continents même dans les endroits les plus isolés, les accordéonistes, sachant que je venais de Paris, me parlèrent de musette, de valse et très souvent d’Émile Vacher.

Chez nous il est un inconnu. Il est quand même incroyable que Paris ne lui a jamais rendu le moindre hommage. Pas un lieu, pas une rue ne porte le nom de l’homme qui inventa le musette ! Un des courant musical le plus joué dans le monde.

Michel Esbelin et daniel Denecheau accompagnent les musiciennes japonaises de "La zone" sur la tombe d'Émile Vacher.

Sa tombe quasiment abandonnée, au cimetière du Kremlin Bicêtre est dorénavant entretenue avec dévotion par un groupe de musiciennes japonaises de Sapporo ayant comme nom de scène « la Zone », qui à chaque passage en France vient entretenir avec humilité la sépulture du génie oublié.

L’accordéon est une grande famille ? Je pense réellement que cet instrument a quelque chose de plus : il est expressif, il respire tout contre le corps de chaque musicien - Il est particulier, avec une image forte ce qui fait qu’il est souvent détesté par les élites, le monde de la musique dite classique - Mais ce rejet resserre encore plus les liens entre les accordéonistes du monde entier. Aujourd’hui la chanson, le rock, le jazz se sont goulument emparés de l’instrument à soufflet et la musique classique et contemporaine l’apprivoise lentement. Depuis 2000 le CNSMD (Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse) de Paris à maintenant une classe d’accordéon.

 

Emile Vacher en pleine gloire - Collection Privée

A suivre…

Tout cela pour vous dire que durant toute l’année 2019 je vous raconterai la vie de ce géant de la musique. sur 5planetes dans la rubrique Paris-Musette

 

Des accordéonistes n'ont pas oublié Émile Vacher. Marc Perrone est de ceux là. Il y a quelques années, il signa une belle valse en mémoire du maitre du musette.