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Des mondes de musiques

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Marcel Messervier (1934-2024) entre au Musée.

Philippe Krümm

Il était une fois une photographe, passionnée de musiques, et de l’histoire de son pays. Bien que son instrument soit la guitare, elle n’ignorait pas l’accordéon. C’est donc à elle que le magazine français « Accordéon et accordéonistes » demanda une importante série de portraits des joueurs et des fabricants d’accordéons québécois afin de réaliser un hors-série sur l’histoire de l’accordéon dans la belle province.

Toujours difficile de faire un choix dans tous les artistes rencontrés mais il est certain que Marcel Messervier musicien et facteur d’accordéons à Montmagny fut un de ses préférés.

 

La vitrine "accordéons" du musée à Paris

 

Vicky Michaud et Marcel Messervier - Photo :PK

Il faut dire qu’elle est belle l’histoire de Marcel Messervier formidable musicien traditionnel, tellement passionné par le petit accordéon et ses sapins (registres sur le dessus de l’instrument) qu’il en fit son métier devenant au fil des ans un des plus importants fabricants d’accordéon dans l’histoire de la musique populaire Québecoise. (CLIC : Interview Marcel Messervier 1994)

 

Le musée fait peau neuve

« Le musée de la Musique de la Philharmonie de Paris est un musée situé à Paris inauguré en 1997. Héritier de la collection du Conservatoire national supérieur de musique de Paris, le musée possède l’une des plus belles collections d’instruments au monde, du Moyen Âge à nos jours, rassemblant au sein de la Philharmonie une collection de plus de 8 000 instruments et objets d’art. Près de 1 000 en sont présentés dans l’espace d’exposition permanente, permettant de relater l'histoire de la musique occidentale du XVIe siècle à nos jours et de donner un aperçu des principales cultures musicales de par le monde ».

« S’inspirant de la poétique du « Tout-monde » de l’écrivain et philosophe martiniquais Édouard Glissant, le redéploiement des collections du Musée de la musique décloisonne les patrimoines européens et non-européens, au profit d’une exploration des dialogues qu’ils ont historiquement entretenus.

Lors de l’ouverture du nouveau Musée de la musique en 1997, dernière pierre d’une Cité de la musique pensée par François Mitterrand et Jack Lang comme le « Beaubourg de la musique », la collection d’instruments de musique d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques était majoritairement restée en réserve. En 2009, un premier réaménagement avait inclus dans le parcours une section dédiée, intitulée « Musiques du monde ».

« Alexandre Girard-Muscagorry, conservateur du patrimoine en charge de ces collections au Musée depuis 2019, a été la pierre angulaire de ce projet. En 2023, il fut le commissaire de l’exposition Fela Anikulapo-Kuti. Rébellion afrobeat, et il a fait paraître, en 2024, un ouvrage intitulé La kora de Victor Schœlcher. L’empire d’un instrument ouest-africain (éditions de la Philharmonie), qui présente une partie de ses recherches sur l’histoire de ces collections. À travers la pluralisation des récits sur des objets, en partie acquis dans le contexte des empires coloniaux européens. »

Vitrine généraliste du musée de la philarmonie à Paris

Le conservateur du patrimoine et la directrice du musée avaient un grand projet : « La refonte du parcours propose une nouvelle approche de l’écoute, de la perception et de la compréhension de musiques longtemps définies de manière subordonnée par rapport au modèle européen. Autrement dit, il s’agit « d’en finir avec les musiques du monde », pour mieux penser la dimension constitutivement historique, sociale, politique et connectée des instruments. » Dans ce grand réaménagement il était prévu un « espace accordéons et instruments de musique à anche libre ».

 

Y aurait-il la place pour des instruments fabriqués par des artisans dans différentes cultures populaires ? Une question fut posée : « Et si un accordéon québécois entrait dans les collections du musée ? » L’idée fut acceptée par Alexandre Girard-Muscagorry.

Alexandre Girard-Muscagorry - Photo DR

Il fallait trouver le bon instrument.

C’est là que Vicky Michaud, la photographe, entre en jeu. C’est dans l’échoppe de la famille Vesina à Montmagny, facteurs des accordéons Mélodie, que l’objet musical parfait fut trouvé : un accordéon de Marcel Messervier des années 70.

Famille Vezina la mère, le père et Vicky la fille

Il est beau le Messervier à Paris !!

La transaction se fit entre Vicky Michaud et Vicky Vezina, après quelques longueurs administratives comme l’on dit pudiquement, le petit Messervier traversa l’atlantique et entra dans les collections du musée parisien. Lors de l’inauguration de l’évolution du musée le 14 mai 2025, Le Marcel Messervier était bien en évidence dans la vitrine des accordéons. Sa fiche précisant qu’il avait appartenu au musicien M. Lemelien et qu’il fut acheté à la boutique de la famille Vézina en 2025.

Vicky Vézina dans l'atelier de Montmagny - Photo Vicky Michaud

Je ne sais pas ce qu’aurait pensée Marcel Messervier en voyant un de ses accordéons dans la capitale française, mais je crois qu’il aurait été émue et fier de cette reconnaissance.

 Marcel Messervier dans son atelier - Photo Vicky Michaud

Un  accordéon de Marcel Messervier dans les collections du musée instrumental de Paris : CLIC

Un nouveau parcours au musée : CLIC