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Des mondes de musiques

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Mikaël Yaouank « un homme de la mer »

Djiboudjep la renaissance du chant de travail de la marine à voile

Gérard Viel

 

 

Des yeux lumineux, brillants comme ceux de « sa mer », un sourire chaleureux, charmeur, parfois coquin mais jamais vulgaire, une voix burinée au houblon, forte et chaleureuse qui ne laissait personne indifférent. Un cœur rempli d’amitié, fait pour les rencontres humaines et artistiques et une vie consacrée essentiellement au répertoire (trop souvent galvaudé) des chansons de maritimes. Ce n’est qu’un petit résumé de notre ami Mikaël Yaouank, la voix de l’emblématique du groupe « Djiboudjep » qui a rejoint Michel Tonnerre et Patrick Le Garrec au « paradis des musiciens » en juin dernier.

Patrick Le Garrec, Mikaël Yaouank, Philippe Berthonneau

Notre rencontre remonte au début des années 1980 dans le département de la Manche pour le festival « Folk des Couplets à Equeurdreville » ! Entourés des meilleurs groupes folks de cette époque : Claude Besson, Francine Reeves et les Maudits Français, Patrick et Serge Desaunay, La Chiffonnie Musique, La Confrérie des Fous, Marc Perronne et Les Lendemains qui Dansent, Vermenton Plage, Roger Siffer, et New Celest la joyeuse équipe de l’époque :  Mikaël Yaouank, Patrick Le Garrec, Etienne Grandjean, et l’écossais (ancien membre de Battlefield band) Jamie McMenemy, a offert aux festivaliers endormis en cet après-midi de printemps un concert qui restera gravé dans ma mémoire. Arrivés en retard pour des raisons de problèmes de voiture, les 4 lascars n’ont pas pris le temps de faire une « balance » ! Dès leur entrée sur scène (devant près de 2000 spectateurs), la voix magique et rauque de Mikaël a touché le cœur les festivaliers médusés par cette force et cette chaleur qu’il dégageait avec la chanson « Ceux qu’ont nommé les bancs ». L’humanité qui se dégageait de ces 4 artistes a embarqué le public dans un voyage au-delà des mers. A la fin du concert tout le monde avait des yeux d’embruns, avec des cœurs ouverts sur le monde, à la recherche d’une fille de fortune ! ….

 Etienne Grandjean, Mikaël Yaouank, Jamie McMenemy, Patrick Le Garrec (Presse de la Manche Mai 1981)

Les années ont passé et j’ai souvent retrouvé Mikaël et Djiboudjep en concert en Normandie : à St Vaast La Hougue, A Caen, au cabaret chanson « Le Dulcimer » de Videcosville, à Cherbourg, Valognes, Villers Sur Mer, Quinéville, et également en Allemagne, a chaque fois la magie s’installait et ils emmenaient le public pour un voyage en chansons maritimes qui rendait hommage aux hommes de la mer et leur dur labeur quotidien. Ma rencontre avec Mikaël a marqué ma vie, je n’oublierais jamais les longues discussions autour d’une table « à refaire le monde ». Sans lui le patrimoine musical de la marine à voile serait resté au niveau folklorique ou chansons de fin de fête ! Mikaël Yaouank et Djiboudjep ont su redonner à ce répertoire oublié une nouvelle vie, avec des arrangements contemporains en les resituant dans leur contexte des chants de travail.

Il avait une telle conviction quand il chantait, que j’ai toujours eu le sentiment que chaque chanson était sa dernière, tellement sa voix, son corps et son âme étaient totalement concentrée. Ce « petit homme » au grand cœur ouvert sur le monde était un homme convictions et de combats personnels, militant de la « première heure du FLB », j’ai beaucoup appris à ses côtés l’importance de l’engagement et de défendre ses idées. C’était un passionné de la vie et des gens, il n’avait pas de frontière et toujours prêt à défendre une cause sociale ou culturelle. Mikaël faisait l’amour à la vie et m’a transmis sa passion de la vie « les raisonnables dureront seul les fous auront vécu » (Auteur      Sébastien-Roch Nicolas Dit Nicolas de Chamfort).

 

Philippe Berthonneau, Mikaël Yaouank, Patrick Le Garrec / Villers Sur Mer 1993.

 

Un peu d’histoire :

Tout a commencé en 1970 à Lorient par la rencontre humaine entre Mikaël et Michel Tonnerre, et c’est dans la mythique taverne « Ti Beudeff » sur l’île de Groix que Djiboudjep se produit et prend racine. Le nom du groupe est mot d’argot « le p’tit bout de Joseph » donné a un mousse. Michel Tonnerre artiste emblématique du répertoire maritime sera à l’origine du renouvellement du chant de marin et des chansons qui feront l’image de marque de Djiboudjep. Ses compositions comme le célèbre « Quinze marins » très et trop souvent repris par de nombreux groupes sont considérés comme faisant partie du répertoire trad !!! et de nombreuses autres incontournables réadaptées et trop souvent sans la mention de l’auteur compositeur. Michel Tonnerre avait une plume et une âme 100% maritime qui laissait penser que ses chansons avaient été écrites dans le passé.

Djiboudjep sera souvent copié, mais jamais égalé, car leur force, leur talent, leur convivialité et leur sincérité seront leur image de marque qu’attendait le public. Quand Mikaël faisait vibrer ses cordes vocales on ressentait une émotion si forte qu’il ne faisait qu’un avec le public et magnifiquement soutenu par ses différents partenaires de scène. Djiboudjep se produira sur toutes les scènes petites et grandes des festivals folk, maritimes, culturelles et tous les pubs de l’hexagone et au-delà des frontières de la Bretagne : Québec, Allemagne, Suisse, Belgique, Sicile, Espagne, Hollande, Guyane, etc. Sans oublier le Festival Interceltique de Lorient ou le groupe s’y est produit 49 fois ! Djiboudjep sera le meilleur représentant du chant de la marine à voile ; il a su renouveler le genre tout en respectant les travailleurs de la mer et en leur rendant hommage. En quarante années de route, le groupe a enregistré plus de dix albums qui sont incontournables pour tous les passionnés du patrimoine musical maritime.

En 2010 Djiboudjep participe à la Fête de l'Huma Bretagne. Le groupe se préparait à fêter ses 50 ans, Étienne Grandjean et Pierrick Lemou avaient à nouveau rejoint l'équipage et Djiboudjep s'était produit au plus grand fest-noz de Bretagne pour le festival Yaouank en novembre 2019 devant 2.000 danseurs.

Djiboudjep au festival Ar Yaouank en Novembre 2019

A l'occasion de la 50ème édition du Festival Interceltique de Lorient 2020, la fête devait être belle à l'occasion d'un concert « rétrospectif. Malheureusement, le départ de Mikaël Yaouank ne permettra pas de réaliser ce beau projet. Peut-être 2021 ??

 

Les équipages de Djiboudjep :

Autour de Mikaël Yaouank et de Patrick Le Garrec, les deux piliers du groupe, d'autres musiciens ont participé au Djiboudjep :

Philippe Berthonneau au violon (1975 à 1979 puis de 1990 à 2008), Gérard Bono au banjo (1975 à 1979)

Jamie McMenemy au bouzouki (1979 à 1981)

Étienne Grandjean à l'accordéon diatonique (de 1980 à 1985)11

Pierrick Lemou au violon et à la basse (1981 à 1985),

Gilles Beuzet à l'accordéon chromatique (de 1985 à 1989)

Dik Banovich à la guitare (2010-2013).

Le dernier équipage de Djiboudjep était composé de Nicolas Le Rallic et Guillaume Yaouank (le neveu de Mika).

 

 

Etienne Grandjean, Patrick Le Garrec, Mikaël Yaouank, Pierrick Lemou

Alain Pennec (bombarde et flûte) participe à l'enregistrement du premier 33 tours et le guitariste Serge Danet, leader du groupe Soldat Louis, participe à l'enregistrement de deux albums (33 tours Arfolk et CD en 1994).

 En mai 2007, Djiboudjep organise deux concerts exceptionnels à Larmor-Plage pour fêter leur "37ème escale". Michel Tonnerre, Etienne Grandjean et Pierrick Lemou rejoignent le groupe pour l'occasion et sont entourés d'autres musiciens invités : Franck Yhuel, Patrick Goyat et Sylvère Morisson... De nombreux amis sont sur scène dont Gérard Bono, Alain Beudeff. Un DVD et un CD sont enregistrés pour l'occasion.