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Des mondes de musiques

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NO MADY, en route pour les Trans' ...

Transmusicales, à l'Étage, 9 décembre à 17h10. Kristel Ratri, Bar Le Kenland, 9 décembre 23h.

Par Erwan Larzul

 

Miora Rabarisoa, batteur et Stéphanie Razakatrimo : la voix de NO Mady . Antananarivo 2017 photo DR

Dans les années 90, le Label Bleu d'Amiens avait mis en lumière la richesse de la scène musicale malgache (Jaojoby, Régis Gizavo, D'Gary, Rajery, Vaovy). Depuis quelques années, propulsés par le Festival Libertalia (Antananarivo) et les Transmusicales, un nouveau coup de projecteur est donné sur les musiciens de l'Île Rouge, avec l'émergence de groupes de musiques urbaines issus de la capitale. En 2015, ce sont les Dizzy Brains (1), et leur punk rock sans concession qui ont ouvert le ban de cette nouvelle vague de reconnaissance. Dans leur sillage, la chanteuse-bassiste Kristel Ratri (2) a livré cet automne, en amont de son premier album mixé par Jean Lamoot, au MaMA Festival, des prestations remarquées et se produira aux Bars en Trans le 9 décembre. Alignement parfait, le même jour, pour cette 39ème édition, c'est au tour de No Mady et son groove 'électroïque' de débarquer sur la scène des Trans.

Fin octobre, la capitale malgache, toujours aussi embouteillée, entre dans la saison des pluies. Ciel chargé, le contexte aussi : l'épidémie de peste occupe encore la une des journaux tandis que des tensions politiques se font jour avec les élections présidentielles prévues au printemps. Nous avons rendez-vous dans un café du centre-ville, d'où nous parviennent le tohu-bohu des voitures qui s'enfoncent dans le tunnel enfumé d'Anosy.

Le premier clip du trio, intitulé 'Sex' (3), a été mis en ligne la veille. Musique et vidéo, par leur parti pris hardcore et le caractère très explicite des paroles, tranchent nettement avec les productions tropicales survitaminées et le R'n'B auto-tuné qui saturent les médias malgaches. Stéphanie Razakaratrimo, chanteuse et guitariste est déjà là, la jeune femme de 29 ans affiche un sourire timide et des manières douces, Miora, le batteur, nous rejoint

Née à Antananarivo, Stéphanie a suivi toute sa scolarité dans une école confessionnelle avant de s'orienter vers les sciences naturelles — et mène actuellement une thèse de doctorat sur le milan des chauves-souris, un rapace crépusculaire de l'Ouest de l'Île. Son parcours musical a débuté, enfant, par des cours de piano puis, se tournant vers la guitare, elle développe à l'adolescence une sensibilité rock, mâtiné d'influences étrangères (Nirvana, Cranberries, Oasis) et de rock local. Il existe en effet, essentiellement concentrée dans la capitale, une scène rock et hard-rock malgache (4) qui fédère un public restreint d'étudiants et de rockers plus âgés. Au début des années 2000, on voit aussi émerger de nouvelles formations, comme Ambondrona (5), dont les ballades, à la croisée du hard-rock et de la pop, trouvent un succès générationnel ou, plus confidentiel, Dillie, groupe féminin fondé par les filles de Bayard (le gérant d'un studio rock) qui a aussi marqué Stéphanie : « Parce qu'ici, pour une femme, il faut du courage pour oser, aller au bout de ses idées et les accomplir. » D'autres groupes féminins (Oceana, Sasamaso,Iary), figures d'une certaine émancipation enfonceront le clou : « L'idée, c'était : se démarquer des standards et faire ce que tu veux faire. »

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  5. (4)  Parmi les groupes de référence de cette période, on peut citer Apost, Mage 4, Kiaka, Iraimbilanja, Tselatra. Le portail du

    rock, hard rock et métal malagasy www.hardrockmg.com offre un panorama très complet de la production malgache.

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La première version de No Mady est constituée de cinq copines, bientôt rejoints par Matthieu aux claviers. Pourquoi ce nom ? No Mady, (prononcer No Mad') est un peu un mot-valise, « d'abord parce que nous n'avions pas de lieu fixe pour répéter et que nous échangions souvent nos instruments, et puis aussi pour le jeu de mots avec l'anglais : parce qu'on n'est pas si folles que ça... » Les premières compositions se nourrissent de leurs différentes influences et elles intègrent alors cette nouvelle scène rock dont le Pub Ambatonakanga est un temps le lieu de rendez-vous. Des nombreux groupes y donnent des concerts devant un public d'initiés : Loaded gun, One, Indigo, Mushroom fever, Beyond your ritual, Outline, Angaro, on y retrouve aussi les Dizzy Brains.

Depuis leur première scène, en 2010, la formation a évolué, ils sont désormais trois, avec à la basse, Vaniala Andrianasy, l'ancienne soliste du groupe KnockTurn, et Miora Rabarisoa à la batterie, (musicien polyvalent qui a notamment accompagné Zay, Samoela, Mika sy Davis, Miary Lepiera, Moajia, ou encore Joel Rabesolo Trio). La formation trio a désormais pris un tournant électro-rock et grunge, « nous l'avons baptisé électroïque, car il fusionne le son électrique du rock alternatif et l'électro. » explique Stéphanie. A savoir que, si l'on excepte le groupe Njava (qui s'était produit en 2001 aux Transmusicales), la musique électro est un champ à peu près vierge dans la musique malgache. C'est le choix d'un style musical 'dur' volontairement démarqué des standards tropicaux : « Nous voulons créer une vibration, une énergie, une ambiance qui porte à la transe. » commente Miora. Une volonté de secouer et renverser la table que l'on retrouve aussi dans les textes des chansons comme l'explique la chanteuse : « Il y a beaucoup de tabous et de choses non dites dans la société malgache... Nous voulons dénoncer une forme d'hypocrisie culturelle. Notre dernier morceau 'Sex' est un bon exemple... » La question du genre, de l'homosexualité ou des minorités sexuelles est en effet un non-sujet dans une société marquée par les traditions et le fait religieux (majoritairement chrétien). Il n'existe pas, par exemple, de mouvement LGBT fédéré. « Cela peut entraîner une forme de persécution morale et des souffrances individuelles. » « On tacle aussi les fainéants, le gens enfermés dans leur train-train, qui feraient mieux de ne pas se soucier de ce que font les autres... » Outre ses revendications libertaires, la dimension militante du groupe s'exprime aussi sur la question écologique, une problématique à laquelle la jeune doctorante est évidemment sensible. « Là encore, pas de réelle prise de conscience de la société ou des politiques, comme si c'était un problème secondaire, qu'il y avait d'autres priorités, et pourtant... Ce sont principalement des fonds étrangers, via des ONG, qui prennent en charges les projets environnementaux... » déplore-t-elle. « Nous utilisons donc la musique comme vecteur d'énergie, sur des thèmes qui nous tiennent à cœur, pour faire bouger tout ça, complète Miora. C'est un peu le sens de l'album que nous sommes en train d'enregistrer. » « Nous chantons en malgache, en français et en anglais, mais l'important pour nous, c'est de faire comprendre musicalement ce que nous racontons. » conclut Stéphanie.
Les choses se sont en effet précipitées lorsque Jean-Louis Brossard les remarque lors du dernier Festival Libertalia en avril : le groupe avait roulé sa bosse mais pas encore enregistré. Coup de pouce, effet levier, le trio galvanisé prépare avec ardeur son premier album et sa première date hors de l'île.

(Entretemps, un deuxième vidéo-clip, Ravin Dena, charge à destination des dirigeants et détenteurs du pouvoir qui n'assument pas leurs responsabilités, a été mis en ligne

No Mady, Transmusicales, à l'Étage, 9 décembre à 17h10. Kristel Ratri, Bars en Trans, Bar Le Kenland, 9 décembre 23h.