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Des mondes de musiques

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Paimpol, 2 août 2019

Textes et photos : François Bensignor envoyé très spécial ...

En ce début de festival, voiles et pavois chatoient dans le soleil.

La foule est bien au rendez-vous, se massant sur les quais autour des chanteurs, grandes et petites bandes, fanfares et batucadas. On s’arrête volontiers écouter les beaux chants de Kanerien Trozoul. Les vieux amis de Trebeurden, garçons et filles, sont rompus à l’exercice du chant de marin, qu’ils pratiquent depuis 1991.

Kanarien Trozoul

Au fond du port, les Irlandais de Hooks & Crookes font sonner leurs voix mâles d’un accent bien frappé. Pendant que les Hollandais de Onstuimig Schuim entraînent leur public aux mouvements du travail. Sur la scène Pempoul, les Hollandais de Sheepsfolk enchantent l’assistance avec leur répertoire d’équipage mêlant néerlandais, anglais et français.

 

Hooks & Crookes -Irlande

 

Onstyimig Schuim -Pays Bas

Et puis, ce sont les femmes qui l’emportent. D’abord l’après-midi, avec Les Margaux, trois chanteuses québécoises venues des Iles de la Madeleine, aux harmonies vocales proprement envoûtantes. Puis, sur une autre scène, à l’autre bout du port, Ann O’aro. Elle balance son créole d’une voix pleine d’assurance, mais jamais convenue. Poétique et maloya, son concert est pulsé par les cadences frappées d’un rouler et la gouaille jazzy d’un trombone expression libre.

 

Ann O’aro

On s’arrête avec elle pour quelques échanges de mots.

« Sur scène, je me sens libre de prendre des risques… Jusque dans nos tonalités parfois. Nous avons fait le choix d’une formule radicale : trombone, percussion, voix. Le trombone fait le lien avec la percussion, parce qu’il est aussi percussif, mais par le souffle, il rejoint la voix. Ce qui redonne une dimension organique à la musique, qui évoque la danse, même si on n’a pas l’air de bouger. »

« J’aime qu’il y ait des espaces où ça respire, où l’on cherche quelque chose qui plane… Ça m’éloigne de ce qui est sombre. C’est ma manière de pouvoir le chanter, de le transmettre et de laisser la liberté à l’autre de saisir le fond de ce qui est dit, ou bien la mélodie, qui peut être très douce, pour pouvoir respirer. »

« Mon combat se trouve dans le fait de dire. Laisser l’espace aux gens de faire le pas, s’ils le souhaitent, pour essayer de comprendre ce dont je parle, ou pas. Parfois, je parle frontalement de l’inceste [que j’ai subi], parce qu’il est important qu’un état des lieux soit fait sur ce problème qui ronge encore pas mal de sociétés. Ça ne vient pas de nulle part, c’est le fait de rapports humains biaisés, de rapports de pouvoir, de colonisation / décolonisation… »

Ann O’aro a beaucoup à dire, des choses qui sont tues, mais dont il faut parler. Gardons cependant nous de réduire son art à ce seul combat. Elle est juste au début d’une aventure personnelle et collective pleine de promesses, qui pourrait bien l’emmener très loin.

 

Peter Solo leader de Vaudou Game

Mais il est temps de traverser le port, car c’est l’heure de danser. Rejoignons d’abord l’irrésistible Vaudou Game. Le groupe mené par le Togolais Peter Solo à la plastique impeccable. Son sourire engageant s’adresse à tous les membres d’un public rapidement conquis par l’implacable pulsion de son afro-funk cuivré. Vaudou Game, c’est l’énergie du vaudou transposée dans l’ambiance vintage des dancings africains des années ‘70. Avec ses cinq acolytes, Peter Solo remet au carré le son parfois bancal des vieux vinyles africains. C’est aujourd’hui et aucun corps ne résiste à l’appel de la danse lancé du haut de la scène par le chanteur habité. À la fin du concert, les cris pour le rappel ont du mal à s’éteindre.

 

Les Frères Morvan - Photo Anne Launois

 

Les Fréres Morvan en Fest noz

Le parquet est parfaitement chauffé pour le festnoz qui enchaîne, avec les frère Morvan, toujours bon pied bon œil. Ils passent le relai aux Filles à Marier (FAM), trio de voix fraîches, qui laisse les formidables Jean Baron et Christian Anneix enchaîner leurs andro et autres laridé avec la maestria qu’on leur connaît. Les sons fluets du couple bombarde-biniou koz s’élèvent dans l’air frais de la nuit, porté par le martellement sourd des pieds sur le parquet. La douce transe monte lentement où chaque individu se fond dans le grand corps de la danse. Sur lui veille la voute de la nuit piquée de mille étoiles.