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Des mondes de musiques

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Passeport pour l’ailleurs

Musiques d’ailleurs ?

 Etienne Bours

Le directeur et programmateur d’un festival belge longtemps considéré comme festival de musiques du monde dit, aujourd’hui, qu’ils programment des musiques d’ailleurs.

Ça me titille tellement que j’ai tendance à y revenir encore et encore parce que je ne comprends pas. Le gars a créé un gros festival (Esperanzah !) et mène bien sa barque, il fait la programmation qu’il veut et en a bien le droit évidemment. Mais à partir du moment où le presse relaie ses réflexions et son discours sur les musiques qui les concerne, j’ai également bien le droit de me poser des questions.

Les musiques du monde ou musiques traditionnelles semblent ne pas, ou ne plus, faire partie de leurs préoccupations. Soit. Mais que signifie cette appellation « musiques d’ailleurs » ?

Le gros avantage d’ailleurs c’est que ce n’est pas ici. Exit donc les musiques d’ici, place à celles qui ne sont pas d’ici puisqu’elles sont d’ailleurs. Mais, car il y a toujours un mais : en Belgique, un festival qui touche des subventions venant de la culture doit, en contrepartie, programmer des artistes vivant au pays. Voilà donc des artistes d’ici qui jouent de la musique d’ailleurs. Mais ces artistes d’ici sont-ils vraiment des gens d’ici qui jouent des musiques pas d’ici ou sont-ils des artistes d’ailleurs venus vivre ici pour diverses raisons et jouant les musiques de l’ailleurs dont ils viennent ?

Et où commence cet ailleurs ? Et où finit-il ; pour autant que l’ailleurs finisse chaque fois que commence un ici ? Chaque ici étant l’ailleurs des autres et vice-versa. Les autres d’ici n’ayant sans doute pas la même valeur que les autres d’ailleurs, pourrait-on dès lors croire. La richesse est ailleurs alors (à ne pas confondre avec my tailor is rich)… C’est quoi ce concept ?

Vous jouez quoi là ? D’où viennent vos musiques, sont-elles locales, régionales, proches, lointaines, de proximité, étrangères, distantes, éloignées… ? Si elles sont d’ici, passez votre chemin. Si elles sont d’ailleurs, elles sont susceptibles de nous intéresser. Vous dites jouer une musique d’ailleurs mais vous la jouez peut-être à la manière d’ici et puis ces musiciens de nos grandes villes qui sont venus de loin, d’ailleurs forcément, ne sont-ils pas en train de jouer des musiques d’ici ou de jouer comme ici pour un public d’ici des musiques de là ? Pouvez-vous nous montrer votre certificat garantissant que votre musique n’est pas d’ici ?

Mais que va-t-on faire de tous ces musiciens qui s’en viennent ici, fuyant leurs ailleurs dont ils ne renient pas pour autant les expressions musicales ? Il va falloir créer des réserves ou autres centre fermés pour parquer ceux d’ailleurs afin qu’ils ne se mélangent pas à ceux d’ici, il faudra surveiller les transfuges, sanctionner les échanges et emprunts, réprimer les tricheurs. Que penser d’un Occidental qui joue de la musique ottomane sur oud ou de la musique afghane sur rubab, n’est-il pas un de ces profiteurs qui tentent de se faire une place dans l’ailleurs invité là où l’ici ne l’est guère ? Et que penser d’un Sénégalais qui se tire ailleurs pour aller chanter en s’accompagnant à la guitare une musique somme toute assez proche de ce qu’on chante ici ?

Une chose est de trier les musiques entre celles d’ici et celles d’ailleurs ; une autre sera d’en faire autant avec les musiciens. Pas facile, je vous le dis. D’ailleurs (tiens !), je n’y comprends rien ; j’espérais que ces musiques se passaient bien de frontières ; alors pourquoi en créer de nouvelles ici et maintenant ?

Etienne Bours, railleur à ses heures.