Aller au contenu
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies notamment pour réaliser des statistiques de visites afin d’optimiser la fonctionnalité du site.
Des mondes de musiques

 En lisant avec gourmandise les articles de 5planètes.com, vous pouvez écouter Canal Breizh, en cliquant sur le logo.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Philippe de Sousa

Les cordes du fado

François Saddi

Personnalité incontournable et indispensable du Fado de Paris, ce guitariste accompagne à la guitare portugaise de nombreux artistes français et portugais comme Tânia Raquel Caetano, Mónica Cunha, Lúcia Araújo, Joaquim Campos, Sousa Santos, Paulo Manuel, Misia, Vicente da Camara, Liana, Nuno de Aguiar, etc...

Avec Tania Raquel Caetano © D. Rito

Rare au CD sous son propre nom, il a participé à plusieurs dizaines de CD, avec des artistes de Fado ou d’horizons différents avec, pour n’en citer que quelques uns : Bevinda, le Quarteto Cedrón, Lulendo, Alima Hamel, Dani Selva, Dan Inger, Mala-Junta…Il mène divers projets en solo, en duo ou en quartet avec divers musiciens et a sorti cette année un CD de ses compositions accompagné de fidèles compagnons de route. C’est l’occasion d’un petit entretien afin d’en savoir un peu plus sur ce musicien dont la discrétion n’a d’égale que la grande qualité de son jeu !

Quelques mots tout d’abord sur ton parcours d’apprentissage de la musique, la guitare classique pour commencer, puis d’autres instruments ?

Ma grand-mère était pianiste, mon premier contact avec un instrument de musique était ce grand clavier avec lequel je pouvais produire des sons. Plus tard, vers 15 ans j'ai commencé la guitare. Comme beaucoup de jeunes à cette époque, je jouais du rock ce qui m'a amené vers le blues puis le jazz. J'avais une petite guitare classique que j'avais pu m'acheter en vendant des tee-shirts que je dessinais pour me faire de l'argent de poche. Après le bac je suis entré à la faculté de musicologie à Paris VIII (St Denis) et j'ai commencé à jouer avec des amis, dans des groupes, à faire beaucoup de rencontres et à gagner mes premiers cachets. Petit à petit c'est devenu mon activité professionnelle.

Et la guitare portugaise ?

La guitare portugaise est venue plus tard. Arrivé en France vers l'age de 10 ans, j'ai passé mon enfance au Portugal. À Paris je n'avais pas forcement de contact avec la communauté portugaise. Un des premiers groupes avec lequel j'ai joué assez longtemps était Mala-Junta, avec des amis argentins on jouait un Tango "ré-arrangé". Petit à petit je me suis rendu compte que le Tango était musicalement vraiment très proche du Fado et plus je jouais plus j'avais envie de revenir à mes racines portugaises. Un jour j'ai acheté une petite guitare portugaise de débutant à Lisbonne sans vraiment savoir si j'allais en jouer. L'année suivante j'ai fait la rencontre de Carlos Gonçalves qui a été l'accompagnateur d'Amália Rodrigues et qui est devenu mon professeur. Dés lors j'ai retrouvé cette culture que j'avais gardé en moi et commencé à jouer le Fado naturellement sans me poser de questions de style.

Avec Lucia Araujo © D. Rito

Tu accompagnes divers artistes du milieu du Fado de Paris mais aussi des fadistes étrangers se produisant en France…

Oui, au début ça n'a pas été facile de trouver le milieu du Fado à Paris. Sans beaucoup de contacts portugais, pas d'internet, c'était un milieu assez fermé. J'ai fini par trouver et je n'en suis pas sorti… J'accompagne les chanteuses et chanteurs qui sont en France, mais aussi quelques fadistes qui viennent du Portugal et d'autres qui sont à l'étranger où il n'y a pas beaucoup de guitaristes portugais. Il faut dire que Paris est la ville où il y a le plus de Fado en dehors du Portugal.

Quelques mots sur les grands artistes passés ou actuels, je pense bien sûr à Amália Rodrigues, mais aussi à Misia, Katia Guerrero, Cristina Branco… ou Madredeus.

Amália Rodrigues a été la diva et est encore aujourd'hui LA référence pour beaucoup de chanteuses et le Fado en général. C'est impossible pour une chanteuse de ne pas avoir un thème d'Amália dans son répertoire. Elle a été la première chanteuse à faire des tournées internationales à grande échelle, elle a fait connaître le Fado hors du Portugal. Puis, en dehors de sa capacité vocale, elle a apporté beaucoup de modifications dans l'interprétation du Fado et bien sûr contribué à son évolution. Il ne faut pas oublier que, bien qu'on ne puisse pas ne pas aimé Amália, à son époque il y avait aussi d'autres chanteuses et chanteurs moins connus internationalement qui étaient et sont toujours très appréciés par les connaisseurs.

Les nouvelles générations qui sont arrivées dans les années 90, après un grand creux où le Fado était à tord associé au régime de Salazar, ont apporté un nouveau souffle, une nouvelle jeunesse qui est encore présente et en évolution aujourd'hui. Le groupe Madredeus, qui ne se considère pas comme un groupe de Fado, a aussi bien sûr contribué à ce renouveau. Encore aujourd'hui il y a des projets et productions musicales qui découlent de Madredeus.

Avec Christina andrade - Photo DR

Et le Fado de Coimbra, je pense notamment à Fernando Machado Soares, quel rapport avec le Fado ?

Pour les puristes, on devrait dire Chanson de Coimbra (Canção de Coimbra ou Balada de Coimbra) et non pas Fado pour différencier du style de Lisbonne. Étant donné qu'il s'agit de chant accompagné des guitares de fado, on l'appelle communément Fado de Coimbra. C'est un style, principalement chanté par les hommes, qui a pris place dans la ville universitaire de Coimbra et qui s'est développé avec les étudiants. Plus soucieux des traditions, les chanteurs sont souvent habillés d'une cape noire (la cape d'étudiant). Musicalement, le chant est toujours mis plus en avant et les guitares ne se permettent pas autant d'interventions que dans le Fado de Lisbonne où les guitares sont toujours plus "fleuries". Il ne faut pas oublier qu'un des grands maîtres de la guitare portugaise, Carlos Paredes, vient de Coimbra. Pour tous les guitaristes portugais qu'ils soient de Coimbra ou de Lisbonne, c'est un incontournable ! Il ouvert l'approche de cette guitare qui était enfermée dans ces deux traditions. A Paris il n'y a malheureusement pas beaucoup de chanteurs de Coimbra, à ma connaissance il n'en reste qu'un qu'il m'arrive d'accompagner de temps en temps. Mais lorsque je joue un répertoire instrumental sur scène, je joue toujours au moins un ou deux thèmes de Coimbra ou de Carlos Paredes.

Tu mènes aussi en parallèle de nombreux projets, je pense à Sud-Express ou au projet Hydrolyse dans lequel tu sors la guitare portugaise de son utilisation traditionnelle ?

Oui, j'ai toujours eu envie de faire des choses en dehors du circuit de Fado traditionnel. Surtout pour pas rester enfermé dans un milieu où les choses peuvent au bout d'un moment se cristalliser et nuire à l'expression et la création. Sud-Express était l'histoire du train de l'immigration portugaise, où on racontait un voyage Paris Lisbonne en musique (chant, accordéon, guitare portugaise, guitare classique, projections vidéo et bandes sons).

Hydrolyse est un peu différent. Je suis seul avec ma guitare et quelques pédales d'effets avec lesquelles j'essaye de créer une pâte sonore. Ainsi je sors cette guitare de son utilisation traditionnelle. J'avais envie de revenir à quelque chose de plus simple et presque organique. C'est une idée modulable où je peux facilement inviter une voix où un instrument à contribution.

Il y a aussi les collaborations avec des artistes d’horizons différents, en musique bien sûr mais aussi en danse contemporaine ?

Lorsque j'étais en train de "monter" Hydrolyse, Manuela Ribeiro m'a appelé pour participer à une performance avec une danseuse, un dessinateur, une voix et la guitare portugaise. J'ai tout de suite proposé Hydrolyse et c'est comme ça que j'ai commencé ce projet.

Quelques mots maintenant sur "Fado", ton CD d’illustrations sonores ?

Cet Album est en fait un remixage et remasterisation de quelques morceaux qui avaient été enregistrés en 2014 pour Cézame Éditions qui est un éditeur de musiques de films et d'illustrations sonores pour différents supports visuels.

Avec Nuno Estevens à la guitare classique, Philippe Mallard à l'accordéon et Philippe Leiba à la contrebasse. Ce sont des compositions personnelles autour du Fado. Sans être dans la tradition, ces thèmes sont des illustrations sonores du Portugal que je connais et que je partage. Ces morceaux se voulaient sans démonstrations techniques ou de virtuosité, d'une part pour être utilisables comme habillage sonore mais aussi pour laisser l'imagination à chacun de voir de simples tableaux.

Y a-t-il des nouveaux projets à venir ?

Pour l'instant pas grand-chose de nouveau. Ce sera bientôt de nouveaux enregistrements à faire...

Pour des lecteurs soucieux de se constituer une petite discothèque de fado, aurais-tu quelques CD incontournables à côté desquels il serait impossible de passer ?

Les anciens : Alfredo Marceneiro, Fernando Maurício, Amália Rodrigues, Beatriz da Conceição, Argentina Santos, Maria Teresa de Noronha, Maria Fernanda

Les jeunes : Carminho, Mariza, Ana Moura, Gisela João, Camané, António Zambujo, Marco Rodrigues

Les guitares : Armandinho, Carlos Paredes, Pedro Caldeira Cabral (cd Variações), Ricardo Rocha, José Manuel Neto, José Nunes

 

www.philippedesousa.com