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Des mondes de musiques

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MICHEL REGNIIER

Envie de P'tit Bal !

Géard Viel

Rencontre avec une association normande ( St Vaast-la-Hougue ) « Envie de P’tit Bal » passionnée des contredanses anglaises

 

Comment la danse est entrée dans ta vie ?

Ma passion pour la danse n’a jamais cessé́, jeune je voulais danser mais difficile dans les années 70 de s’inscrire à un cours de danse, mon désir était de faire de la danse contemporaine mais à Saint-Lô (Manche), la chose était fort difficile et l’époque ne s’y prêtait pas non plus. La rencontre d’un musicien fut le point de départ de mon entrée dans la danse. Étudiant en médecine à Caen, il jouait de l’accordéon diatonique sur les bases du 33 tours « Gabriel valse » que nous connaissons tous, du moins les danseurs de ma génération. A l’intérieur de la pochette il y avait un livret de danses que nous essayions de déchiffrer sans modèles vivants sous nos yeux. Autant dire que tout cela était fort approximatif, « YouTube » n’était pas là pour nous donner les pistes d’une réalité́ que j’ai découvert les années suivantes. Je me sentais réellement motivé pour explorer les danses traditionnelles.

En 1978, mon armée fut le temps où commença ma première expérience de danseur. Inscrit à « La Ronde de Chartes » je suivais chaque semaine les cours de cette association. J’y trouvais là une pédagogue exceptionnelle qui m’a appris à valser d’une manière rigoureuse, quelle efficacité́ après quelques mois ! Je lui en suis vraiment reconnaissant car la valse est pour moi la danse indispensable pour aborder d’autre types de chorégraphies. C’est du moins mon point de vue, cela m’aura aidé́ à appréhender des mouvements plus complexes, en particulier les pivots. Une chose encore et elle a son importance car elle est liée à mon enfance. Ma grand-mère Jeanne était du Chatelet, patrie de Gaston Guillemain et me chantait des petits extraits de bourrées berrichonnes, sa sœur me mimait ces bourrées ! Ce n’était pas une danseuse. Inconsciemment il est certain qu’elle a façonné́ mon esprit et m’a préparé́ sans le savoir à devenir danseur.

 Quelle formation de danseur et de pédagogue as-tu suivie ?

Comme je le disais plus haut, mon adhésion à « La Ronde de Chartres » fut un premier pas dans mon apprentissage de danseur. Je m’aperçois alors que la présence d’un expert est indispensable pour progresser dans la bonne direction. Concernant la danse, je ne crois guère à la formation en autodidacte. Que de perte de temps lorsque nous ne passons pas par des professionnels de la pédagogie ! Il n’y a pas que le pas mais le style, l’allure, le beau geste. Je suis arrivé́ à Paris pour mon premier travail et là je suis allé́ naturellement au « Bourdon », folk-club en vogue dans ces année-là̀.

Je me suis inscrit aux week-ends organisés par cette association. J’ai donc fait la rencontre de Marie Odile Chantran accompagnée de Marc Peronne, d’Yvon Guilcher. J’y trouvais là une réelle pédagogie de la danse mais aussi une rigueur dans la façon de se déplacer, de bouger en écoutant la musique et de ce qu’elle nous renvoie comme information. Je découvre à leur contact la Contredanse Anglaise et la Contredanse Ecossaise, je suis devenu accro des deux je dois bien l’avouer. De là de nombreux stages avec Naïk Raviart et les danseurs de l’ADP. Mes étés furent l’occasion de me perfectionner durant une semaine complète tout d’abord à Annecy à la MJC des Marquisats sur trois années de suite, Morlaix mais aussi Voiron avec l’équipe de l’ADP. J’aurais aimé́ remercier André Dufresne, qui m’a beaucoup appris je dois le dire. Il avait un style, une manière de danser remarquable, un vrai grand danseur cet homme-là̀ ! Lui m’a fait aimer Les Grandes Poteries.

Un véritable bonheur de découvrir les danses de l’Aubrac avec Josiane Angelvin, quelle énergie ! J’ai découvert la subtilité́ des danses de Gascogne avec Pierre Corbefin sur de nombreux week-end et ateliers en particulier à Gennetines et St. Gervais toutes ces dernières années. Encore merci à Bernard Coclet pour sa formidable organisation des Bals de l’Europe. Mon apprentissage de s’arrêtera jamais car la danse fait partie de ma vie, elle me maintient en vie même. J’aime toujours découvrir de nouveaux horizons, le Sean-nós step irlandais, la danse swing ou Latino. Ma formation de pédagogue s’est forgée à la rencontre de tous ces maitres à danser qui ont su me faire aimer le beau mouvement. Mais aussi des instructeurs exigeants qui avaient également un discours sur ce qu’ils enseignaient. J’aime avant tout transmettre, faire en sorte que le mouvement complexe devienne simple par un enchainement d’étapes. Ma pédagogie s’est affinée par la pratique de l’enseignement. J’ai tenu pendant plusieurs années un atelier à Caen au sein de la Rondes des Milloraines, association créée par Frank Lermier qui nous manque terriblement aujourd’hui.

Quand on se retrouve face à la foule d’un festival comme Dranouter en Belgique il faut que cela fonctionne et on ne le sait jamais à l’avance. Il y aura toujours une certaine angoisse mais rester zen est alors indispensable. Aussi le fait d’avoir abordé́ de nombreuses variétés de danses m’aide incontestablement pour mon enseignement mais aussi pour mes créations, j’en reparlerai peut-être plus loin.

Quelles sont tes références pour l’enseignement de la danse ?

Après avoir gouté́ avec plaisir à un éventail de danses, il s’avère que je reste charmé par la bourrée Berry et bourbonnaise. J’aime la finesse de ces danses. J’aime aussi la subtilité́ des pas et les improvisations de l’on peut créer dessus. Créer de nouvelles bourrées est pour moi un vrai bonheur. La contredanse anglaise pour la beauté́ du geste et du mouvement, la convivialité́ avec le groupe. Les plus simples peuvent nous procurer un immense plaisir. Je serais toujours un fan des danses de couple, valse, mazurka, zweifacher, c’est certain, nous sommes là dans une autre dimension avec la/le partenaire, une sensualité́ aussi, la connexion à l’autre. Rien de neutre dans la danse de couple, encore une fois c’est un ressenti personnel.

Que ressens tu quand tu danses ?

Belle question qui m’a demandé́ de la réflexion. Aussi m’aura-elle amené́ à m’interroger sur le pourquoi d’une telle envie de danser (de cette soif de danser). Dans un premier temps, l’impression d’être réellement moi-même, de briser le temps de la danse les barrières d’un surmoi encombrant. On ne te reconnait pas quand tu enseignes la danse me disait un proche, là c’est un ressenti extérieur sur ma personne. Peut-être suis-je alors quelqu’un d’autre, du moins je m’autorise alors à être quelqu’un d’autre, m’autoriser à être moi. Petit et adolescent j’avais d’énormes problèmes d’allocution ce qui me plaçait hors-jeu dans les cours de récréation et dans la relation avec mes camarades, le banc de touche était mon seul repli. L’envie de danse est venue inconsciemment je pense remplacer les mots, la danse était ma voix si j’ose dire. Muré dans le silence, il me fallait quelque chose pour être reconnu en tant que jeune homme.

A l’époque je n’avais pas conscience que l’antidote pouvait être l’expression du corps. Sur le banc de touche personne ne vous voit jouer, dans la danse je peux jouer avec les autres et être enfin vu. Tout cela est réfléchi après toutes ces années de vie, finalement je n’ai pas choisi d’être danseur, je le suis devenu. Le libre arbitre dans ma passion n’est ici qu’une illusion, elle a bien été guidée là par un déterminisme inconscient.

Contact : regnier.michel@wanadoo.fr