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Des mondes de musiques

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Ethnotest

Suivez-moi, génome !

Epistemologix

Plus on remonte dans le passé et plus on s’interroge sur nos ancêtres.

Voilà des gens qui parlaient couramment l’indoeuropéen, faisaient flèche de tout bois, dessinaient des BD dans les grottes et dépeçaient des animaux pour se faire des costumes régionaux. Des gens pas véganes du tout (c’était le bon vieux temps), à qui il arrivait de se cuisiner le prisonnier de guerre ou le marginal peu intégrable, prouesse culinaire qu’ils célébraient ensuite dans des mélopées en chant alterné, dont ils ne nous ont malheureusement laissé nulle notation écrite. Car ils étaient de tradition orale. A part ça, nos ancêtres taillaient des silex, histoire de proposer des objets d’artisanat local à des touristes encore peu nombreux, mais déjà friands d’exotisme.

Leurs répertoires de danses nous demeurent mal connus, mais on sait qu’ils supposaient la station verticale. Et qu’ils incluaient forcément des mixers, condition sine qua non pour que Cro-Magnon ait pu se croiser avec Neandertal et l’enlacer pour un swing – enlacement dont notre ADN continue de témoigner à hauteur de un à cinq pour cent.

Mais pour Neandertal, cette étreinte fut le chant du swing : c’est Cro-Magnon qui devint porteur de la tradition vivante. On s’explique mal la disparition de Neandertal. Pourtant, elle paraît facile à comprendre : on sait que ce sont surtout les mâles Cro-Magnon qui se tapaient les femelles Neandertal. Pas l’inverse. Alors forcément, du jour où la fornication n’a plus été autorisée que dans le mariage, la femme souvent a pris le nom de son mari. Ce qui explique finalement la disparition de Neandertal : il a changé de nom et s’appelle désormais Cro-Magnon.

Qui veut connaitre et comprendre tout ça, est tributaire de la recherche. Donc des fouilles. On y récupère des objets, qu’on range dans des musées. Mais le musée, c’est pas la vie. Alors pour retrouver le vivant des défunts, on examine leur ADN. Ces recherches nous ont beaucoup appris. On a découvert que l’homme venait d’Afrique. Et que donc, il ne parlait pas forcément l’indoeuropéen. On ignore si cet Africain- là était blanc, noir, jaune ou rouge, mais on s’en fiche, vu que son évolution s’inscrit dans une tradition. Or une tradition, par définition, ça change tout le temps. Sinon, c’est le musée. Du coup, voilà notre Africain qui débarque en Chine (où l’on pouvait encore arriver à pieds) et là, toc, d’un seul coup d’un seul, ses orbites circulaires deviennent rectangulaires et ses incisives se fendent sur la face arrière, dis-donc ! Et à une époque qu’on peine à dater – un dimanche de Pentecôte, vraisemblablement – chacun de ces Africains se met à parler une langue différente et d’origine distincte ; du bambara et du peuhl, de l’indoeuropéen et du finno-ougrien, du basque et des langues à tons (car les demi-tons sont d’introduction plus récente : Chromatique supérieur).

De telles découvertes donnent lieu à un déferlement de travaux scientifiques, dont chacun réfute le précédent, du fait que toute recherche suppose critique et débat. Et ces travaux à leur tour atteignent le grand public, à travers des ouvrages de vulgarisation dont le plus célèbre reste Salut, les Coppens !

Or voilà que, patatras ! un savant suédois, s’exprimant dans un idiome d’origine indoeuropéenne, nous révèle que l’ADN relevé sur les ossements de Neandertal ou Cro-Magnon, c’est en fait l’ADN des chercheurs. Parce qu’il n’est pas possible de manipuler un squelette sans y déposer l’ADN du manipulant. Même en prenant des gants. De sorte que ce que nous imputons au passé, c’est notre présent à nous. C’est donc à force de retrouver notre ADN sur des os déterrés en Afrique qu’on en vient à conclure sue l’homme vient d’Afrique. Vous me direz que Neandertal n’a pas l’ADN africain. Et que pourtant ils étaient de la même espèce, puisqu’ils ont fauté ensemble et ont eu une descendance. Donc toute l’espèce humaine ne vient pas d’Afrique. C’est ennuyeux. Ça nous casse des pères noëls.

Mais face aux apories de la tradition, tout revivalisme est habile à réadapter constamment son discours sans le remettre en cause. L’enjeu, c’est de dire toujours la même chose, mais autrement. En changeant des mots. Un peu comme l’UNR, qui devint successivement l’UDR, puis le RPR, puis les Républicains. Alors que sous l’étiquette, le vin a toujours le même goût Et là où un Front devient Rassemblement, n’y voyez nulle mutation : l’hyracotherium ne se mue pas en equus pour autant. C’est toujours la même bête. Et elle a toujours le même discours. Idem pour folklorique, qui devient folk, puis trad, puis world ou ethnique. Même piquette, là encore. Alors vous comprenez, le briolage, la danse pour faire l’aire neuve, le kan ha diskan, le dérélo, les chants à hisser, c’est nous, on a toujours connu ça, on peut vous l’expliquer et vous y initier. Simplement, vu que toute tradition évolue, on a renoncé au labour et aux bœufs, au battage au fléau, aux moutons et à Terre Neuve, pour remplacer tout ça par des podiums, des gymnases, des parquets sous chapiteaux et internet. Quant au squelette de grand papa, il sert de porte manteau à nos jeans, stade ultime de l’évolution traditionnelle de tous les costumes régionaux – dont on n’est même pas sûr qu’ils aient jamais existé.

A défaut de remplacer des mots anciens par des nouveaux, le plan B c’est de donner un sens nouveau aux anciens. Exemple : Neandertal. S’il a pu copuler avec Cro-Magnon, c’était au départ parce qu’ils étaient de la même espèce, puisque c’est là le critère de l’espèce : une copulation suivie de descendance. Certes, j’ai connu une dame qui prétendait avoir forniqué avec son berger allemand. Je n’ai pas pensé à lui demander s’ils avaient eu des enfants. Je ne le pense pas. Ça se saurait. Mais Neandertal, on l’a déchu de son statut de sapiens (Cro-Magnon étant sapiens sapiens). On le décrète hominidé, désormais – appellation qu’on continue de refuser au berger allemand. Et du coup, on réfléchit à une nouvelle définition de l’espèce. Suffisait d’y penser.

Suivez ? Je vous ouvre la première enveloppe : quand les tradeux se penchent sur la notion de tradition, ils y retrouvent l’ADN du revivalisme. Avec les conséquences qui en découlent ; et les conclusions qu’il convient d’en tirer.