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Des mondes de musiques

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The Cup of Tea Céilí Band

François Saddi

Voilà quelques années qu’ils arpentent, avec leur calleuse, les terres d’Ile de France.

 

On a pu les voir récemment à Paris, Méréville, La Norville ou à Ris-Orangis, et tout dernièrement au Magic Mirrors de Lieusaint dans le cadre du mini festival celte organisé tous les ans en janvier par l’Espace Prévert Scène du Monde de Savigny le Temple (77). Faisons plus ample connaissance avec ce groupe de musiciens amateurs passionnés qui se dédient à la danse à l’occasion d’un entretien avec 2 de ses membres fondateurs, Frank Brunel et Vincent Picard.      

Tout d’abord, qu’est-ce qu’un Céilí Band ?

Frank : Céilí, c’est un mot irlandais qui veut dire en gaélique "fête, festivité" et qui regroupe dans tout ça la danse, le bal. Donc en fait, un Céilí Band est un orchestre traditionnel de bal à la façon irlandaise, c'est-à-dire un groupe de musiciens non professionnels qui jouent sur leurs temps libres. La plupart des grands musiciens irlandais ont, en dehors des concerts, tout au long de leur vie joué aussi au sein de divers Céilí Bands. On peut citer par exemple Mickaël Tubridy le flûtiste qui a fait partie des Chieftains et aussi en même temps du Castle Céilí Band.

Vincent : Moi j’ai lu quelque part que Céilí voudrait dire "une bonne soirée". Si on veut faire un parallèle, ce serait le "Fais dodo" en Louisiane, les soirées ou l’on danse, où les Cajuns se rencontrent et sont ensembles.

Et vous, pourquoi vous appelez-vous le Cup of Tea Céilí Band ?

Vincent : Il a bien fallu, pour trouver un nom à notre groupe, faire un choix. En Irlande, les Céilí Bands prennent souvent le nom de la ville d’où ils proviennent comme le Tulla Céilí Band, le Kilfenora Céilí Band… ou le Castle Céilí Band. Nous, on s’est dit qu’on n’allait pas s’appeler l’Essonne Céilí Band ou l’Arpajon Céilí Band. Donc, on a choisi le titre d’un morceau très connu et beaucoup joué en Irlande, et on a choisi le "Cup of Tea", un Reel qui est un vrai tub là-bas. En plus, on s’est dit que ce serait compris par tout le monde !

Comment s’est constitué votre groupe, des origines à aujourd’hui ?

Frank : La formation actuelle existe depuis l’automne 2010. Nous sommes en quelque sorte le "transfuge" d’un Céilí Band plus ancien dont tu as peut-être entendu parler, le Rolling Notes Céilí Band qui avait été monté à l’initiative de Gilles Poutoux. Avant, au siècle dernier, il y a eu le Paris Céilí Band dont j’ai aussi fait partie avec Gilles et bien d’autres.

Vincent : Voilà, en fait, 5 d’entre nous étaient avant membres du Rolling Notes Céilí Band.

Quelle est l’instrumentation classique dans les Céili Band ? Et pour ce qui est du votre?

Frank : Il y a bien souvent pour la rythmique un piano et une batterie, et après, ce sont les instruments joués en Irlande, le violon, la flûte, le banjo. Il peut y avoir aussi du pipe, du concertina, de l’accordéon bien entendu. En fait tous les instruments mais ça tourne souvent autour de l’accordéon, du violon et de la flûte. Notre formation, c’est Vincent Picard au violon, Sylvain Barrat au banjo et au violon, Mathieu Cochan au chant et à l’harmonica (c’est peu répandu mais il y en a quelques un de très bon en Irlande), et moi à la flûte et un peu au concertina. Ensuite, il y a la section rythmique avec Julien Cochan au piano et Rémi Barrat à la contrebasse.  

Quelques mots maintenant sur votre choix de répertoire et sur votre 1er disque ?

Frank : Notre 1er CD date de 2012. A l’exception d’un titre (une de mes compositions), tous les morceaux sont traditionnels. Ce sont des airs de danse, donc des Reels, des Jigs, des Barndances, des Hornpipes, des Polkas, des Slides, des valses… Que des airs de danses qui sont joués dans les sessions et dans les Céilí. Pour ce qui est des arrangements, ce qui nous a influencé au niveau de nos suites d’airs, du répertoire et du style c’est surtout le Tulla Céilí Band et quelques enregistrements de divers groupes de musiciens. En fait on joue sur 2 tableaux, la danse de Céilí bien sûr, mais nous faisons aussi des concerts pour lesquels ce sont des suites différentes avec des arrangements. On s’apparente alors plus à ce qu’ont fait les Chieftains dans les années 70/80. On peut passer d’un Slow Air à une Jig puis à un Reel… avec des tempi et des ambiances différentes, alternant les tutti avec des solos, des duos, des trios ; Pour les concerts, on essaye de varier les couleurs. Pour ce qui est de notre disque, on retrouve ces deux facettes. On a d’ailleurs inclus à la fin du CD le "Plain Set" au complet avec de longs enchaînements de morceaux sur lesquels les gens peuvent danser.

Vincent : En fait, il existe nominativement des sets avec des enchaînements de danses. On a choisi le "Plain Set" (il enchaîne 5 suites de Reels et une suite de Jigs) qui commence par le Reel nommé "Cup of Tea" et que l’on a bien cadré sur le plan des mesures pour coller aux danses. Pour le CD, il y a donc 6 suites dans une version plus concertante avec des arrangements privilégiant diverses couleurs alors que pour les suites de danses, on les joue tous à l’unisson, on démarre tous ensemble et là, c’est le tempo et le swing qui comptent, pour que les danseurs se sentent soutenus pour danser !

Pour résumer, notre CD est formé de 3 parties : d’une part 6 suites arrangées plutôt "concert", de l’autre, 6 suites plutôt "Céilí" avec en invité Mickaël Tubridy à la flûte, et enfin le "Plain Set" dans lequel participe "Cajoune" Catherine Girard au Washboard, soit 18 suites en tout.

Quelles sont les musiciens et les formations qui vous ont influencés ?

Vincent : Elles viennent essentiellement du Tulla Céilí Band qui lui-même a été fondé à l’origine par les violonistes P. Joe Hayes et Paddy Canny dans la région de Feakle et Tulla, à l’est du comté de Clare. Ensuite, Martin Hayes a pris la succession de son père. Ce sont les 3 ou 4 albums de ce Céilí Band et ceux des musiciens annexes de cette formation, comme par exemple celui de Paddy Canny qui est vraiment superbe… En fait, on joue surtout des morceaux issus du comté de Clare, sauf les Polkas et les Slides qui, elles, viennent du Kerry.

Revenons un peu sur les tempi que vous adoptez lors des bals…?

Vincent : Donc, priorité à la danse puisque nous sommes un Céilí Band c'est-à-dire un ensemble dédié à la danse. On ne joue peut-être pas aussi rapidement que les Céilí Bands en Irlande puisqu’on n’a pas forcément affaire à un public de danseurs confirmés comme là-bas. On est donc généralement 5 à 10 points (au métronome) en dessous de la "bonne" vitesse : à 108/110 au lieu de 120 pour les Reels par exemple. Pour les Jigs par contre, on les fait honnêtement autour de 120 battements par minute, de même que les Polkas et les Slides. En fait, c’est surtout pour les Reels que l’on joue plus lentement car sinon, la rapidité est souvent au détriment du swing. C’est un choix, aussi bien pour écouter que pour danser, on est un peu en dessous de ce qui se fait en Irlande.

Frank : Oui, c’est un choix délibéré ! On a développé ça avec Gilles Poutoux. C’était son optique, elle nous convenait tout à fait et on continué. Aujourd’hui, celui qui reprend le flambeau de garant des tempi, c’est Sylvain qui a plus travaillé avec Gilles. Il garde cette discipline, cette rigueur : il essaye de maintenir l’orchestre dans cette optique et de nous faire travailler le swing, le contre temps, le phrasé, les enchainements, toutes ces choses là pour ne pas jouer de façon linéaire… Voilà ! Pour faire une belle musique, il faut ralentir le tempo, ça nous donne plus de souplesse et de confort pour exprimer tout ça. Et puis on joue aussi moins vite à la demande de nos calleuses.

Alors justement, qu’en est-il du travail avec vos calleuses ?

Frank : Nous travaillons avec 2 calleuses, Agnès Haack ou Béatrice Fixois, en fonction de leurs disponibilités. Elles ont chacune leur façon de travailler mais l’une comme l’autre sont obligées de s’adapter au niveau des danseurs. Dans certains bals et festivals, il y a un stage l’après-midi et le Céilí le soir, ce qui permet aux danseurs de mettre en pratique ce qu’ils ont appris avec l’une ou avec l’autre. Les moments d’explication nous laissent beaucoup de temps sans jouer. Ce n’est pas comme en Irlande où il n’y a quasiment pas besoin d’expliquer les danses et où ils enchaînent tout de suite les morceaux.

Justement, à propos de ces moments avec la calleuse, vous proposez des danses parfois très complexes qui vous laissent, vous les musiciens dans des attentes parfois assez longues, comment vous arrangez-vous de tout ça ?

Frank : Effectivement, on a parfois des attentes d’une dizaine de minutes ou plus ; mais à ce moment-là en tant que musiciens, nous n’avons pas notre mot à dire puisque nous sommes au service des danseurs. C’est la calleuse qui choisit les danses qu’elle va animer et c’est à nous de nous adapter en choisissant tel ou tel set à jouer pour la danse choisie !

Pendant ce temps d’explication et de décomposition des différentes parties de la danse, nous attendons et nous nous concertons sur les morceaux à jouer, sur les tempi à adopter en fonction des niveaux observés… Rien n’est décidé à l’avance, on doit être réactifs et s’adapter, ce qui suppose d’avoir beaucoup de répertoire "en réserve". Ensuite, quand c’est calé avec les danseurs, on intervient. Parfois même on commence "en live", lentement, pour accompagner les explications. En fait on est totalement à la disposition de la danse ! La calleuse elle-même ne connaît pas à l’avance le niveau des danseurs qu’elle va avoir. Elle doit donc elle aussi s’adapter et choisir sur le moment certaines danses plutôt que d’autres. Nous, on peut préparer des parties concert, des arrangements mais pour le bal, c’est la danse qui décide. On doit être dans les Starking Block afin de pouvoir jouer à la demande le morceau qu’elle veut à la vitesse qu’elle veut et le temps nécessaire au bon déroulement de la danse !

Vincent : Jouer de l’Irlandais, on se dit c’est génial, on va pouvoir jouer tel ou tel set à telle ou telle vitesse et puis, finalement, on serait presque déçu de jouer beaucoup moins vite ! Du coup, mon truc à moi à ce moment là, c’est de me dire que je suis comme en répétition, ça me permet d’être bien, de ne pas me sentir frustré par des tempi très retenus et de me concentrer sur les danseurs.

Vous tournez beaucoup ?

Frank : Pas tant que ça ! On va dire qu’on a sur l’année au maximum un plan par mois, mais que, vu nos vies familiales et professionnelles à côté, c’est déjà pas mal. On a des festivals et des associations assez fidèles qui nous demandent tous les ans, donc on sait qu’on aura déjà au moins 1 ou 2 plans dès la rentrée et puis des stages et des bals ensuite dans tel ou tel lieux…

Et les projets ?

Vincent : Il y a tout d’abord un projet de CD, le premier ayant déjà 7 ans.

La première idée pour ce second Cd serait que chacun d’entre-nous choisisse 3 sets, ce qui, puisque nous sommes 6 ferait, comme pour le 1er disque 18 titres. Il nous faudra alors faire des choix, et pour certains, ce sera plus difficile que pour d’autre mais on se tient à cette idée. L’autre idée que nous avons serait d’enregistrer un disque en public, mais là c’est moins facile tant sur les plans techniques qu’organisationnels…

Frank : Un autre projet dont on parle depuis quelques années, ce serait une belle concrétisation de notre travail que d’aller jouer en Irlande, du côté de Feakle par exemple ou ailleurs. J’y ai eu déjà des invitations. On y a des contacts et on y serait sûrement très bien accueillis. La difficulté principale étant de pouvoir nous libérer tous les 6 en même temps pour une période donnée… Ce serait chouette !