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Des mondes de musiques

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Terry Riley – Erwan Keravec

IN C / 20 Sonneurs

Etienne Bours

On est en droit de penser qu’on a tout dit et tout écrit sur les musiciens et chanteurs bretons. Leurs talents, leurs répertoires, leurs audaces, leurs originalités, leurs créativités… du plus ancré dans la tradition au plus éloigné mais toujours avec cette « touche bretonne ».

 

Cela fait un bout de temps qu’Erwan Keravec nous emmène sur des chemins de traverse avec sa cornemuse et ses divers comparses. S’il nous a souvent surpris, il nous réserve cette fois une nouvelle surprise de taille puisqu’il nous invite à redécouvrir une pièce de Terry Riley. Le musicien californien (né en 1935) avait composé IN C en 1964. Il composa bien d’autres œuvres que l’on appelait volontiers musique répétitive à l’époque et qui est plus souvent estampillé musique minimaliste aujourd’hui.

Fin des années 60 il fut le premier du genre à me fasciner ; j’aimais me laisser emporter dans ses musiques cycliques, longues pièces hypnotiques qui nous faisaient dériver loin du quotidien et à des lieues du rock, du blues, du folk ou du jazz qu’on écoutait massivement à l’époque. Riley fut le premier du genre à entrer dans ma discothèque, avant Philip Glass et Steve Reich. Et le revoici joué par vingt sonneurs répartis entre dix cornemuses et dix bombardes – certains instruments ayant été créés pour l’occasion (bombarde baryton en sol par exemple). Il faut savoir que l’œuvre est constituée de 53 patterns ou phrases musicales que les musiciens répètent librement avant de passer au suivant en veillant « à n’être ni trop en retard ni trop en avance sur les autres » comme le conseillait Riley lui-même. Ces patterns sont scindés en deux parties, l’une en do et l’autre en sol, d’où la nécessité d’avoir adapté certains instruments. Le reste s’écoute ; au diable les explications.

Les vingt musiciens sont en cercle et la musique tourne et tourne et tourne encore, pulsations sans fin, souffles enchainés, vibrations en rebonds – c’est un troupeau de sons qui se répondent, qui se suivent, qui s’enlacent, qui se superposent et s’entrecroisent comme s’ils tissaient une trame qui vous enveloppe chaleureusement si vous acceptez de vous laisser prendre. Riley expliquait que cette composition lui était venue comme une simple idée. On se demande si certaines écoutes de musiques traditionnelles l’avaient influencé parce qu’on y retrouve parfois des manières de faire et des sons qui rappellent certains orchestres de trompes africains (je pense notamment au peuple Tonga du Zimbabwé). Peu importe de toute façon puisque Keravec et ses comparses réussissent à faire revivre cette pièce avec un orchestre qui fait évidemment penser au bagad tout en prenant toutes les distances qui s’imposent pour sonner comme cette musique minimaliste le requiert. Un disque étonnant ; j’ai envie de dire jouissif dans sa démarche répétitive. Intemporel, bienvenu, hors du temps, loin des modes…

Buda Musique https://www.budamusique.com